Réponse de Paul St-Pierre Plamondon à la lettre du chef libéral Charles Milliard sur la Constitution québécoise
Hier, le chef du Parti libéral du Québec, Charles Milliard a interpellé les chefs et candidats à la chefferie des formations politiques représentés à l’Assemblée nationale à propos du projet caquiste de Constitution du Québec.
Voici la réponse du député de Camille-Laurin et chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon.
Québec, le 5 mars 2026
Monsieur Charles Milliard, chef du Parti libéral du Québec,
J’ai pris connaissance de votre lettre demandant le retrait du projet de Constitution du Québec porté par la CAQ et bien noté au passage un changement de position important du Parti libéral vis-à-vis cette question. En demandant que tous les partis représentés à l’Assemblée nationale s’entendent, dès le début de la prochaine législature, sur « la mise sur pied d’un processus consultatif menant à la rédaction d’un projet de constitution qui saura faire consensus dans la société civile », vous reconnaissez que l’ordre constitutionnel canadien actuel est insuffisant, voire problématique, sans quoi il n’y a aucune raison de se consacrer à une constitution québécoise.
En effet, en demandant à tous les partis politiques d’en faire une priorité, au point de vouloir trouver un consensus pour que les travaux soient lancés dès le début de la prochaine législature, vous reconnaissez également explicitement que l’avenir constitutionnel du Québec est une « vraie affaire », un vrai enjeu que l’on devrait traiter en priorité. Sur cela, nous sommes d’accord et nous allons nous entendre.
Vous n’êtes pas sans savoir que le Parti Québécois propose déjà de lancer des travaux et une grande consultation, dès le début de la prochaine législature, dans le but d’adopter une constitution provisoire. Nous sommes donc d’accord avec votre proposition. En souhaitant que le Québec se dote de sa propre Constitution, vous faites cependant un aveu d’échec que nous vous demandons de préciser: si la constitution du Canada ne fonctionne pas suffisamment pour le Québec dans le cadre actuel au point de vouloir créer notre propre constitution, quelles défaillances ou absences de pouvoirs seront corrigées par cette nouvelle constitution québécoise ?
Pablo Rodriguez parlait même encore récemment de signer la Constitution canadienne telle qu’elle est présentement. Une constitution qui, je rappelle, nous a été imposée sans notre consentement, dans le déshonneur et la mesquinerie totale. Aujourd’hui, les conséquences du coup de 1982 sont bien réelles et tangibles. Oui, avoir le multiculturalisme comme doctrine d’État a diminué le fait français au rang de minorité parmi tant d’autres et aura permis le démantèlement de nos lois en matière de langue et d’identité au fil des années. Le fédéral a également marginalisé le poids politique, économique et démographique des Québécois dans les dernières années, tout en nous imposant le taux migratoire le plus élevé en occident de sorte à créer une crise du logement historique. Il s’agit sans doute là de « vraies affaires ».
Puisque vous reconnaissez maintenant l’importance du débat constitutionnel et donc la nécessité d’accroître la liberté d’action du Québec dans plusieurs domaines, et dans la perspective de travaux conjoints et transpartisans auxquels vous nous invitez, j’aurais les questions suivantes, pour lesquelles vous n’avez malheureusement pas pu fournir de réponses claires depuis votre arrivée en politique.
- Vous engagez-vous à exiger du gouvernement fédéral de renoncer à contester les lois adoptées démocratiquement par l’Assemblée nationale, notamment la loi 21 sur la laïcité de l’État et la loi 96, et à inscrire le caractère laïque et francophone du Québec dans notre constitution?
- Vous engagez-vous à exiger du fédéral les pleins pouvoirs en immigration et d’inscrire ces nouveaux pouvoirs dans notre constitution? En cas de refus prévisible du fédéral, que comptez-vous faire pour obtenir ces pouvoirs qui ont été refusés au gouvernement de la CAQ?
- Vous engagez-vous à exiger du fédéral les pleins pouvoirs en culture ainsi que le rapatriement des budgets fédéraux et si oui, à inscrire ces pouvoirs dans notre constitution? En cas de refus, que comptez-vous faire pour y arriver?
- Vous engagez-vous à exiger du fédéral la fin du pouvoir de dépenser dans les champs de compétence du Québec et des provinces, lequel viole l’esprit et la lettre de la constitution canadienne? En cas de refus, que comptez-vous faire pour y arriver?
- Vous engagez-vous à appuyer une Constitution du Québec qui contredirait la Constitution canadienne sur certains enjeux, notamment sur le multiculturalisme canadien?
- Vous engagez-vous à aller de l’avant avec une déclaration d’impôt unique ? Qu’allez-vous faire si le fédéral refuse de coopérer?
Robert Bourassa, avec tous ses défauts, ne s’est pas contenté de quémander au fédéral et d’accepter des refus sans ne rien dire. Nous avons eu Meech, puis Charlottetown. Les libéraux de l’époque ont tout essayé pour faire bouger les choses, plusieurs envisageant même la tenue d’un référendum sur la souveraineté en cas de non-entente avec le fédéral. Les 7 dernières années de la CAQ nous ont démontré le cul-de-sac dans lequel nous nous trouvons sur ces questions, alors que la CAQ a essuyé 100% de refus à ses 21 demandes fondamentales. En reconnaissant l’urgence d’agir, vous devez également dire aux Québécois clairement que vous n’accepterez pas le Canada tel qu’il est présentement et auquel servira une constitution du Québec en ce sens.
Notre réponse à ces questions est connue, contrairement à la vôtre. Nous sommes persuadés que le Québec a tout à gagner à choisir la pleine liberté politique. Nous constatons que nous avons trop souvent essayé comme peuple d’obtenir des concessions d’un gouvernement fédéral qui au final, nous impose un recul de notre autonomie, du français, de la laïcité, tout en nous imposant des seuils d’immigration et des gaspillages de fonds publics sans précédent.
À cet égard, les échecs des gouvernements Legault et Couillard dans leurs démarches pour obtenir plus de pouvoir et faire respecter la volonté démocratique des Québécois vis-à-vis ces décisions imposées par le fédéral ne peuvent être ignorés. Le fardeau de la preuve vous appartient : comment allez-vous réussir à obtenir du changement et des pouvoirs dans un pays qui vient tout juste de répondre clairement au gouvernement du Québec à l’effet qu’il n’avait nullement l’intention de nous donner ne serait-ce qu’un début d’autonomie supplémentaire?
Au plaisir de lire vos réponses à ces questions fondamentales,
Paul St-Pierre Plamondon
Chef du 3e groupe d’opposition et député de Camille-Laurin