LA PEUR N’EST PAS UNE STRATÉGIE ÉCONOMIQUE – déclaration du chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon
Christine Fréchette nous annonce aujourd’hui la suspension de sa campagne pour les deux prochains jours dans le but de « préparer les mesures sur les contre-tarifs » canadiens en réponse aux tarifs américains. Pour y voir clair, j’aimerais rappeler certains faits et énoncer certaines demandes pour protéger l’intégrité de notre processus électoral québécois.
1) Les contre-tarifs canadiens ont été annoncés il y a 12 jours et constituent une décision entièrement sous le contrôle canadien:
Les contre-tarifs dollars pour dollars ont été annoncés par Ottawa le 25 août et constituent essentiellement une taxe supplémentaire perçue par Ottawa sur les intrants américains. Le même jour, Christine Fréchette s’est déclarée satisfaite de l’approche du fédéral, malgré qu’elle ait clairement indiqué quelques jours auparavant que l’approche dollar pour dollar allait surtout faire mal aux entreprises québécoises et qu’elle ait demandé à Ottawa de ne pas faire cela. Dans tous les cas, il n’y a rien de nouveau ce matin, ni rien qui ne pouvait pas être discuté avec Ottawa au cours des 12 derniers jours. À moins bien sûr que l’on anticipe que les contre-mesures d’Ottawa ne génèrent encore d’autres tarifs américains, dans quel cas il faut se demander où nous mène ce cycle sans fin de contre-mesures.
2) Christine Fréchette utilise l’épouvantail Trump depuis plusieurs jours dans l’espoir que la population détourne le regard du bilan de la CAQ et des propositions de chaque parti:
Après s’être plainte que l’on ne parle pas assez de Trump et des tarifs, Christine Fréchette s’est même rendue à me comparer à Trump avant-hier, affirmant gratuitement que nous serions des « amis ». Elle a aussi laissé sous-entendre que les négociations canado-américaines avaient été rompues parce qu’on aurait répondu « no way » aux demandes américaines sur l’étiquetage en français au Québec. Or, si on se fie à ce qui a été rapporté par plusieurs sources journalistiques fiables, comme le New York Times, le Toronto Star et The Gazette, les négociations avec les américains n’auraient simplement pas été rompues par une demande de sacrifier les mesures sur le français au Québec. Cette version a été corroborée tant par des sources canadiennes qu’américaines.
Les révélations troublantes du journaliste Nicolas Lachance du JdeM/JdeQ concernant la proximité entre le « think tank » lié à des proches de Mélanie Joly et la campagne de Mme Fréchette via le financement du mouvement Leadership Québec (alias Option Canada 2.0) laissent également plusieurs questions sans réponse quant aux liens entre l’appareil libéral fédéral et l’équipe de la CAQ. Contrairement à Mme Fréchette qui nie toute implication au-delà d’un simple contrat pour organiser deux assemblées publiques (town halls), son équipe a affirmé faire « régulièrement affaire » avec ce groupe anti-souverainiste au financement obscur. Il existe donc une possibilité non-négligeable que l’alliance CAQ-PLC tentera de mobiliser toute l’attention médiatique des prochains jours sur une scénarisation des contre-tarifs qui pourtant, dans leur essence, n’avantageront pas le Québec.
Hier, Christine Fréchette a trouvé un autre moyen de sortir l’épouvantail en affirmant que je prenais les tarifs de Trump comme un « fait divers. » Ajoutez les sacres de Bernard Drainville et toutes les déclarations des candidats caquistes sur le fait qu’il faut parler davantage de Trump, il n’y a aucun doute que la CAQ de Christine Fréchette tente de brandir l’épouvantail Trump pour se soustraire du débat électoral sur son bilan gênant après huit ans au pouvoir et d’un débat sur la qualité des équipes de chaque parti.
3) Le Québec n’a pas besoin de la CAQ pour faire face aux tarifs américains:
De l’avis de plusieurs analystes, le Parti Québécois a la meilleure équipe économique. La prémisse de la campagne Fréchette, à savoir que seule la CAQ peut agir au nom du Québec sur les tarifs, découle simplement du manque de transparence et de l’asymétrie d’information que maintient volontairement la CAQ vis-à-vis des autres partis. Compte tenu de l’absence de consultation et d’information de Québec par le fédéral dans les derniers mois, et de la qualité des équipes en place, il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’à information égale, le Parti Québécois sera le plus à même de bien défendre les intérêts du Québec.
4) Les contre-tarifs canadiens peuvent bel et bien causer plus de tort que de bien au Québec:
Là-dessus, je serai d’accord avec Christine Fréchette et Jean Chrétien. Les contre-tarifs canadiens dollars pour dollars risquent fort de faire mal à l’économie québécoise : des mesures ciblées et spécifiques à des domaines stratégiques de l’économie américaine auraient été beaucoup mieux avisées.
J’aimerais donc formuler deux demandes au nom du Parti Québécois dans la perspective de préserver l’intégrité de notre processus électoral.
Premièrement, dans l’éventualité où, à la suite des contre-tarifs canadiens sur lesquels Ottawa a entièrement le contrôle, la situation demeure essentiellement inchangée du côté américain au cours des prochains jours, nous nous attendons à ce que la campagne suive son cours.
Christine Fréchette sollicite actuellement la confiance des Québécois pour diriger leur prochain gouvernement pendant quatre ans. En l’absence d’un développement nouveau exigeant réellement l’intervention immédiate de la première ministre, je m’attends donc à ce qu’elle préserve l’intégrité de la campagne électorale en répondant aux questions des journalistes, en présentant ses propositions et en défendant le bilan de son gouvernement devant les électeurs.
Deuxièmement, dans l’éventualité où les contre-tarifs canadiens entraineraient une nouvelle riposte des américains avec de nouveaux tarifs, je demande formellement au premier ministre Carney de s’assurer que l’ensemble des chefs de partis représentés au Québec (Mme Fréchette, M. Duhaime, Mme Ghazal, M. Milliard, et moi-même) soient tous tenus informés directement des développements et conviés aux breffages pertinents aux fonctions du prochain gouvernement en poste le 6 octobre, surtout dans l’éventualité où Mme Fréchette suspend sa campagne cette semaine.
D’ici seulement trente jours, le Québec choisira un nouveau gouvernement qui aura la responsabilité de gérer les conséquences économiques de cette guerre commerciale pour les trois prochaines années. Il est donc dans notre intérêt commun que toute équipe appelée à former le prochain gouvernement dispose de l’information nécessaire pour être prête à agir rapidement et intelligemment dès son entrée en fonction.
Dans un dossier aussi important, la continuité de l’État et l’intérêt économique du Québec doivent passer avant les considérations partisanes.
En terminant, j’aimerais rappeler qu’il ne reste que trente jours avant que les Québécoises et les Québécois choisissent leur prochain gouvernement. Dans une période marquée par des défis qui touchent tous les aspects de notre société, notre responsabilité collective est de garder la tête froide, de nous en tenir aux faits et de nous assurer que le Québec sera prêt à agir. Nous avons également la responsabilité de protéger un espace de réflexion et de débat, de sorte que le choix démocratique du Québec du 5 octobre soit libre et éclairé, exempt de toute manœuvre de détournement ou d’ingérence.
– Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois