nouvelles  |  8 Sep 2026

Contre-tarifs canadiens : Déclaration du chef du Parti Québécois, Paul St-Pierre Plamondon

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Mesdames, Messieurs,

Nous obtenons ce matin la confirmation d’une annonce faite il y a treize jours : le gouvernement du Canada a imposé des contre-tarifs « dollar pour dollar » en riposte aux tarifs américains.

Je vous invite ce matin à écouter le cri du cœur de M. Daniel Tremblay, président de Tremcar Inc., qui nous exprime à quel point l’adoption de ces contre-tarifs généralisés, au lieu d’opter pour des contre-tarifs ciblés, fait mal à son entreprise. Je le cite : « Le gouvernement Carney cible mal les contre-mesures tarifaires. Ce ne sont pas les intrants qu’il faut taxer, mais les produits finis fabriqués aux États-Unis puis commercialisés au Canada ». En d’autres mots, il faut viser des secteurs spécifiques qui permettent d’affecter les entreprises américaines.

La situation est cependant très difficile pour plusieurs de nos entrepreneurs qui sont déjà confrontés aux tarifs américains, mais à qui, désormais, on ajoute en plus des contre-tarifs canadiens qui créeront de l’inflation tant sur les intrants que sur le coût de la vie.

C’est bel et bien une réalité que ces contre-tarifs canadiens ont un impact direct sur les coûts de fabrication et, pour tous les consommateurs québécois, sur le coût de la vie. Cette stratégie est en réalité une taxe refilée à notre propre population et nos propres entreprises qui devront payer la facture et assumer l’inflation découlant de cette décision. Nos entreprises qui ont besoin des intrants américains seront lourdement touchées.

Pour cette raison, je l’ai dit et je le répète : je suis en désaccord avec la stratégie du gouvernement du Canada d’appliquer des contre-tarifs dollar pour dollar, car elle nuit de manière directe à l’économie du Québec. Cette approche a été retenue malgré les demandes répétées du gouvernement du Québec de ne pas aller de l’avant avec cette stratégie. Elle va nuire davantage au Québec qu’elle n’aidera d’une quelconque manière, comme ce fut indéniablement le cas lors de la première vague de tarifs.

En clair, l’idée que nous pourrions punir l’économie américaine autant qu’ils nous ont punis, et que cela nous serait bénéfique, ne tient pas la route parce que l’économie américaine est soixante fois plus grosse que la nôtre. Cela signifie que, pour exactement la même quantité de tarifs, l’économie américaine ne connaîtra même pas un soubresaut alors que l’économie québécoise pourrait tomber en récession.

Le milieu des affaires québécois est d’ailleurs unanime ce matin : « On se tire dans le pied, c’est notre propre gouvernement qui nous tire dans le pied. On perdra des centaines de millions de dollars, notamment en construction. » Véronique Proulx, PDG de la fédération des Chambres de commerce du Québec

« Les entreprises n’auront pas le choix d’augmenter leurs prix », nous dit Richard Blanchet, PDG de sous-traitance industrielle Québec.

« On ne veut pas que nos PME payent le prix de la guerre commerciale », FCEI, François Vincent.

« Les contre-tarifs font déjà mal et ces contre-tarifs viendront en ajouter une couche », nous dit Florence-Jean-Jacobs de Desjardins.

Et j’en passe…

Donc si on regarde globalement ce que le gouvernement du Canada et le gouvernement du Québec annoncent ce matin, on n’est pas devant un bouclier, comme l’avance Christine Fréchette, mais bien devant une pression inflationniste supplémentaire sur nos entreprises, et là-dessus les milieux économiques sont unanimes.

Et non, Christine Fréchette ne s’est pas tenue debout pour le Québec. Parce que si c’était le cas, la demande du Québec de ne pas aller dans les tarifs dollar pour dollar généralisés aurait été entendue.  Et nous n’aurions pas passé les quatre dernières semaines à attendre que le fédéral daigne ou non nous informer de ce qui se passe avec nos propres affaires.

Le Canada a donc identifié une longue liste de plus de 700 produits américains, représentant une valeur totale de près de 28 milliards de dollars. Dans cette liste, on retrouve de nombreux produits essentiels pour la vie des Québécois et de nos entreprises, comme le papier et le carton, les produits en plastique, l’acier et les produits métalliques, les outils, l’électronique, l’équipement agricole et plusieurs autres.

Si les Québécois choisissent de nous faire confiance le 5 octobre prochain, dès le jour 1 d’un gouvernement du Parti Québécois, nous agirons.

  1. D’abord, en misant sur des programmes d’aide ponctuels et ciblés aux entreprises des secteurs les plus touchés.

  2. Ensuite, en encourageant fiscalement nos entreprises qui doivent se tourner rapidement vers d’autres marchés en défiscalisant tout nouveau revenu vers de nouveaux marchés d’exportation.

  3. Nous exigerons un changement de stratégie de la part du gouvernement canadien et nous proposerons des contre-tarifs beaucoup plus ciblés et stratégiques, plutôt que dollar pour dollar, qui ne nuisent pas aux entreprises d’ici qui ont déjà suffisamment perdu d’emploi.

  4. Je rendrai également publique la liste de mes demandes au gouvernement canadien et j’impliquerai tous les partis d’opposition dans le processus en agissant avec transparence.

  5. J’adopterai une attitude qui renforce la confiance des Québécois plutôt que leur anxiété.

  6. Je réclamerai des assurances que l’argent récolté par le gouvernement du Canada, avec les contre-tarifs, reviennent au Québec au moins dans la même proportion qu’il est maintenant touché.

Plusieurs des mesures annoncées par la CAQ hier risquent d’aggraver la situation des entreprises québécoises. En ciblant spécifiquement les entreprises américaines pour des pénalités à la hauteur de 25% dans certains appels d’offres, on expose les entreprises québécoises qui font affaire aux États-Unis à un principe qui leur fera très mal : celui de la réciprocité.

À nouveau, la taille de l’économie américaine étant 60 fois plus grande que la nôtre: discriminer les entreprises américaines dans nos appels d’offres n’aura pas d’impact substantiel sur l’économie américaine. La réciprocité de cette même discrimination dans les appels d’offres risque d’avoir un impact beaucoup plus significatif sur nos propres entreprises.

Aujourd’hui, je constate à nouveau que les intérêts du Québec sont, encore une fois, noyés dans des intérêts et des décisions canadiennes pour lesquels nous avons été à peine informés ou consultés. Si les demandes légitimes du Québec avaient été entendues, on le saurait.

Je crains encore davantage que la redistribution de l’argent récolté par les contre-tarifs soit affectée de façon disproportionnée, notamment à l’industrie automobile ontarienne, alors que le Québec est déjà, proportionnellement aux autres régions du monde et aux autres provinces, l’un des endroits les plus touchés par les tarifs américains. Le Québec subit des tarifs cumulés de 12%, alors que des provinces comme la Saskatchewan, le Nouveau-Brunswick ou l’Île du Prince-Édouard sont à moins de 1%. Je vois donc dans cette stratégie canadienne une taxe canadienne déguisée pour les Québécois pour financer une industrie à l’extérieur du Québec.

Je tiens à être clair que notre objectif ici n’est pas de nuire à notre voisin canadien, avec lequel nous souhaitons bien nous entendre, mais tout simplement de défendre les intérêts des entreprises québécoises qui feront les frais de ces mauvais choix.

Je le répète, le gouvernement du Canada sait que le Québec est fort lorsque le Parti Québécois est au pouvoir. Et comme prochain premier ministre, je vais m’assurer de défendre les intérêts de tous les Québécois.

Le coût de la vie est l’un des thèmes importants de cette campagne. Malheureusement, les contre-tarifs dollar pour dollar auront l’impact d’augmenter le coût de la vie au Québec. Est-ce que le fait de taxer davantage des biens déjà très chers va convaincre les États-Unis de changer leur fusil d’épaule?

C’est pourquoi la demande du Québec de faire des contre-tarifs ciblés et spécifiques à certaines industries, plutôt que d’en faire des tarifs généralisés, aurait été la bonne réponse. Je réitère notre appui à toute démarche sincère de Christine Fréchette visant à travailler en ce sens. Les milieux d’affaires et d’industrie québécois n’ont pas été écoutés et un gouvernement du Parti Québécois va s’assurer de les entendre et de les défendre.

Merci

  • Paul St-Pierre Plamondon, chef du Parti Québécois