Lettre ouverte d’Alex Boissonneault : L’immigration, la nation, et le devoir d’intégration
Toutes les sociétés occidentales sont traversées par de profondes réflexions sur l’immigration. Trop souvent, ces débats donnent lieu à des amalgames, à des raccourcis intellectuels et à une démonstration de moralité visant à confisquer le débat.
L’intégration est au cœur de toutes les politiques encadrant le vivre-ensemble renvoyant à des enjeux fondamentaux, comme notre capacité d’accueil, nos valeurs, et la protection de notre langue.
Nous croyons que les dérapages et le ton parfois malsain des débats sur l’immigration découlent d’un flou autour de ce qu’est une « intégration réussie ». Qui doit s’intégrer, comment, et surtout : quelles sont les responsabilités de chacun en matière d’intégration?
Un devoir partagé
Ce qui relevait de l’évidence jusqu’à tout récemment est devenu presque tabou au Québec : le devoir d’intégration n’est pas partagé également. Le nouvel arrivant doit s’adapter à la société d’accueil.
Il n’y a rien d’injuste à le rappeler, car l’immigration est un contrat réciproque de droits et de devoirs. D’un côté, il y a la société d’accueil et de l’autre, la personne qui souhaite s’y joindre.
Le choix de s’installer au Québec constitue le point de départ de cette relation. Or, le Québec n’est pas une page blanche, mais une nation avec un désir légitime de préserver sa spécificité. Il revient au nouvel arrivant d’en prendre acte.
La société d’accueil est en droit d’exiger certains efforts pour faciliter cette adaptation : la maîtrise du français à terme, ainsi que le respect de l’expression publique des valeurs de la majorité historique.
La responsabilité de la société d’accueil
Le contrat ne fonctionne pas à sens unique. Le Québec assume lui aussi des responsabilités en matière d’intégration, notamment en fournissant des outils de francisation, en faisant connaître la culture locale et en offrant un parcours favorisant la création de liens durables avec la population du pays d’adoption.
Cet appel à une approche pragmatique de l’immigration est fondamental et urgent. Il permet de dépolitiser le débat, de clarifier les termes du contrat et d’aborder la question de la capacité d’accueil sans procès d’intention.
L’absence de balises : l’exemple canadien
L’un des grands échecs du multiculturalisme canadien est la confusion complète entre droits, devoirs et responsabilités en matière d’immigration. L’absence de balises claires sur le vivre-ensemble a créé un espace où cohabitent des communautés qui n’ont parfois en commun que les lois.
Le Québec se retrouve ainsi tiraillé entre le post-nationalisme canadien et son enracinement dans une communauté de langue, d’histoire, de culture et de valeurs. Il faut sortir de cette ambiguïté et rappeler ce qui a longtemps guidé notre vivre-ensemble : les immigrants ont le devoir de s’intégrer à la majorité historique.
L’épopée québécoise s’enrichit du bagage des Néo-Québécois, lequel donne toute sa profondeur à notre projet collectif. Ce bagage mérite d’être célébré, sans oublier que la société d’accueil a le droit — et le devoir — de préserver son caractère spécifique.
L’urgence de décider pour nous-mêmes
Soyons clairs : il n’a jamais été question d’exiger de ceux et celles qui souhaitent participer à cette aventure française au nord de l’Amérique qu’ils renoncent à leur identité.
Mais les Québécois ne sont pas nés d’un œuf. L’oublier envenime le débat, nourrit les frustrations et rend l’intégration encore plus confuse.
Au Canada, cette confusion frôle la dysphorie identitaire. Elle est le produit direct de l’enfermement dans le cadre fédéral, où Ottawa s’est érigé en chantre d’un communautarisme assumé, combiné à une immigration largement hors de contrôle, au sein d’un État se proclamant « post-national ».
Les abus de pouvoir du fédéral et son laxisme à nos frontières ont mené au sabotage de notre modèle d’immigration. Un modèle qui fonctionnait pourtant bien.
Seule l’indépendance peut nous sortir de ce véritable cul-de-sac pour le Québec.
- Alex Boissonneault, député d’Arthabaska et porte-parole du Parti Québécois en matière d’Immigration, d’Intégration et de Francisation