Motion pour féliciter Djemila Benhabib : « Mesquinerie et petite politique de la part des libéraux » - Bernard Drainville
vendredi 7 décembre, 2012
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Québec – Le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville, dénonce l’attitude du Parti libéral, qui a refusé de donner aujourd’hui son consentement pour que l’Assemblée nationale puisse débattre d’une motion félicitant l’auteure Djemila Benhabib. Rappelons que celle-ci a reçu, en octobre dernier à Paris, le Prix international de la laïcité 2012. « Mme Benhabib a reçu un prix prestigieux qui rejaillit sur tout le Québec, mais le Parti libéral a préféré, encore une fois, prioriser ses intérêts partisans et a refusé que l’Assemblée nationale la félicite », a déploré le ministre.

Voici le libellé de la motion présentée aujourd’hui par Bernard Drainville et le discours qui devait l’accompagner :

Motion

Que l’Assemblée nationale félicite Mme Djemila Benhabib, lauréate du Prix international de la laïcité 2012.

Discours de M. Drainville

« Monsieur le Président,

Aujourd’hui cette Assemblée tient à rendre hommage à une femme d’exception : Mme Djemila Benhabib. Elle tient également à la féliciter pour le Prix international de la laïcité 2012 qui lui a été décerné par le Comité Laïcité et République, en octobre dernier à Paris.

Mme Benhabib, dans votre discours, au moment de la réception de ce prestigieux prix, vous avez rappelé votre identité complexe.

Il suffit, pour s’en convaincre, de mentionner que vous êtes née en Ukraine, d’une mère chypriote grecque et d’un père algérien, et que vous avez vécu par la suite en Algérie, en France et au Québec.

Cet héritage précieux et métissé, à la fois nord-africain, européen et nord-américain, vous situe d’emblée à la jonction de plusieurs cultures. Il s’enrichit de votre engagement en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes, et en faveur de la laïcité des institutions publiques.

Cet héritage vous permet de jeter un regard à foyers multiples sur les réalités des démocraties occidentales et les défis que leur pose l’intégrisme religieux sous toutes ses formes.

Votre parcours vous autorise aussi à dire des choses que, souvent, bien peu de personnes osent affirmer avec une telle passion dans nos sociétés où règne parfois une certaine forme de rectitude politique.

Vous nous rappelez avec une détermination sans faille, et je reprends ici vos mots, que : "le dialogue n’est rien là où la dignité n’est pas. [….] Lorsqu’on tiendra davantage compte des aspirations des femmes, des laïques, des minorités linguistiques, religieuses et sexuelles, le dialogue deviendra effectif."

Des voix comme la vôtre, il est essentiel d’en entendre pour enrichir le débat public et nous aider à cheminer.

À titre de ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, il m’apparaît nécessaire et souhaitable que, dans une société pluraliste comme la nôtre, nous menions une réflexion plus poussée afin d’évaluer comment la laïcité, cette valeur structurante de la nation québécoise, peut être plus clairement affirmée et reconnue dans notre droit.

Cette valeur officiellement déclarée pourra ainsi être d’autant mieux identifiée et vécue dans notre société.

Monsieur le Président, en terminant, les Québécois et les Québécoises sont fiers que Mme Benhabib ait choisi le Québec en 1997.

Nous sommes aussi fiers qu’elle porte le « beau » nom de Benhabib.

Nous lui redisons notre admiration.

Nous lui redisons notre appui.

Nous lui redisons, surtout, que la promesse silencieuse qu’elle s’est faite à elle-même, de ne jamais abandonner, n’est pas vaine.

Merci Monsieur le Président. »