Discours de Pauline Marois à l'occasion de la clôture du conseil national à Drummondville
dimanche 10 février, 2013
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Voici l'allocution de Pauline Marois, chef du Parti Québécois, prononcée à l'occasion de la clôture du conseil national à Drummondville:

La version prononcée fait foi

« Nous avons bien travaillé en fin de semaine. On s’est donné un plan d’action. Au gouvernement, on va continuer à bâtir un Québec pour tous, à ramener la confiance, la fierté et l’ambition.

« Du côté du Parti Québécois, la tâche principale pour les prochains mois, ce sera de faire la promotion de la souveraineté.

« En adoptant la nouvelle loi sur le financement à 100 dollars, nous nous sommes libérés d’une obligation qui prenait trop de notre temps comme militants. Dorénavant, nous pourrons nous consacrer bien davantage à faire ce qui nous passionne le plus : de l’animation politique. Et nous pourrons consacrer cette énergie et ce temps regagnés à promouvoir la plus belle idée qui soit : la liberté. La liberté politique du Québec : notre indépendance.

« Comme première ministre, je suis très fière de parler de notre projet. Je l’ai fait dès l’assermentation du Conseil des ministres. J’ai aussi parlé de souveraineté à l’occasion du discours d’ouverture de la session. Nicolas Marceau en a parlé lors de la lecture du budget. J’en ai parlé sur trois continents : en Afrique, en Europe et en Amérique.

« C’est ma responsabilité comme première ministre d’un gouvernement souverainiste. C’est la responsabilité des ministres et des députés. C’est la vôtre aussi, vous les militants.

« Et puis, notre parti compte plus de 90 000 membres. Au dernier décompte, c’était plus que tous les autres partis réunis.

« Si chacun d’entre nous parle avec son cœur de notre projet de pays québécois, chacun à sa façon et avec sa réalité, nous allons toucher beaucoup de monde.

« Nous avons parfois été mis sur la défensive depuis le référendum de 95. Mais c’est fini ce temps-là. À compter de maintenant, on passe à l’offensive!

« L’idée de liberté politique, l’idée qu’un peuple se gouverne lui-même : cette idée qui est celle des grandes nations a gardé toute sa force.

« De l’autre côté, et on le voit avec la course au leadership libéral : les fédéralistes n’osent plus formuler aucune demande pour réformer le Canada dans le sens de nos aspirations. Ils n’essaient même plus de nous faire croire qu’ils veulent changer les choses. Il y a là une mutation importante du débat sur notre avenir.

« En 1980, les fédéralistes promettaient du changement. Pour les plus jeunes qui n’ont pas vécu ça : imaginez que le camp fédéraliste allait jusqu’à affirmer qu’un « non » c’était un « oui » au changement…

« Au référendum de 1995, ils promettaient encore de changer le Canada pour répondre aux aspirations du Québec. Aujourd’hui, ils n’ont même plus l’espoir de changer.

« Il n’y a plus que deux choix possibles : le Canada tel qu’il est ou la souveraineté. C’est toute une différence. Ça signifie que demeurer dans le Canada, c’est la garantie que le Québec ne sera jamais pleinement respecté.

« La souveraineté, c’est le contraire : c’est la garantie que nous serons enfin libres de tous nos choix!

« Autrefois, certains leaders fédéralistes défendaient passionnément le Canada. Cette époque est révolue. Il faut nous demander ce qu’il leur reste comme arguments.

« Personne ne croit que le cadre fédéral est avantageux pour l’avenir du français. Pas avec une Constitution qui nous a été imposée et qui a contribué à affaiblir la loi 101.

« Pour la langue, le Canada c’est un risque, tandis que la souveraineté, c’est une garantie!

« Nos adversaires savent que dans le Canada, il ne peut y avoir de véritable citoyenneté québécoise. Pas avec cette idéologie canadienne du multiculturalisme, qui, encore une fois, nous est imposée. Non.

« En matière de citoyenneté, le Canada est un risque pour le Québec, tandis que la souveraineté, c’est une garantie de respect de nos valeurs communes!

« Pour évacuer le débat sur l’avenir du Québec, les fédéralistes nous parlent de chicanes. Ils nous disent que les Québécois ne veulent pas de chicanes. Moi non plus je n’en veux pas de chicanes.

« Mais regardez : on a eu un gouvernement libéral fédéraliste au possible pendant neuf ans et les chicanes avec Ottawa se sont multipliées : registre des armes à feu, loi sur les jeunes contrevenants, transferts en santé.

« Bien sûr, les libéraux ont essayé de faire le moins de bruit possible avec ces désaccords, mais les décisions d’Ottawa nous ont fait mal et dénotent un manque de respect envers le Québec.

« Demeurer dans le Canada, c’est l’assurance pour le Québec d’être perpétuellement confronté à des échecs. La souveraineté, au contraire, c’est le début d’une grande histoire positive pour nous et pour les prochaines générations.

« Est-ce que c’est avantageux pour le Québec que ce soit Ottawa qui mène la politique étrangère en notre nom? Est-ce que vous avez entendu Raymond Bachand, Pierre Moreau ou Philippe Couillard affirmer ça? Bien sûr que non.

« La politique étrangère canadienne est de plus en plus éloignée de nos intérêts et de nos valeurs. En la matière, demeurer dans le Canada, ça signifie que d’autres parleront en notre nom dans le monde, alors que la souveraineté nous garantit une politique étrangère conforme à nos aspirations, à nos intérêts et à nos valeurs.

« Certains ont avancé l’idée que c’était avantageux de demeurer dans un grand ensemble économique. Mais alors, pourquoi le Canada ne s’intègre pas aux États Unis, un très grand ensemble économique?

« La réponse est évidente : c’est parce que les Canadiens veulent prendre leurs propres décisions. C’est parce que les Canadiens chérissent leur souveraineté. Stephen Harper trouve ça très important la souveraineté canadienne.

« J e suis sur la même longueur d’onde : moi aussi je trouve ça très important la souveraineté… La souveraineté québécoise!

« Posons-nous la question : quels sont les arguments de fond de nos adversaires fédéralistes pour convaincre les Québécois de demeurer dans le Canada?

« Certains nous diront : « Oui, mais il y a la péréquation. Sans elle on serait pauvres. » Il n’en n’est rien. Et ça, il va falloir le dire aux Québécois.

« Toutes ces décisions qui ont été prises par Ottawa en faveur de l’Ontario l’ont enrichie. La présence du gouvernement fédéral sur le territoire ontarien qui fournit des dizaines de milliers d’emplois très bien payés.

« La concentration des services financiers et de transport a permis à l’Ontario d’engranger des surplus commerciaux énormes, année après année.

« Quand je parle de ces décisions d’Ottawa, de concentrer le transport aérien à Pearson, à Toronto, tous les Québécois qui voyagent savent de quoi je parle.

« Pour aller vers l’Est, en Europe, combien d’entre nous doivent d’abord voler vers l’Ouest, vers Toronto? Et comment expliquer qu’il n’y ait aucun vol direct de Montréal vers l’Asie?

« Les investissements de plusieurs milliards pour l’industrie de l’auto et le nucléaire ont aussi beaucoup aidé. Malgré tout cet argent, imaginez-vous que l’Ontario touche elle aussi de la péréquation.

« Pourtant, on n’entend jamais personne laisser entendre que les Ontariens ne sont pas bons.

« Si le Québec est bénéficiaire de la péréquation depuis trois décennies, ce n’est pas parce que les Québécois ne sont pas bons. C’est parce qu’à Ottawa, les décisions ne sont pas prises en fonction de nos intérêts.

« Ottawa a accordé un contrat de plus de 20 milliards de dollars pour construire des navires fédéraux en Atlantique. Cet argent versé par Ottawa, il provient aussi de nos poches à nous, les Québécois.

« Je mets au défi le gouvernement fédéral d’investir 20 milliards dans l’électrification de nos transports et je vous garantis que d’ici quelques années le Québec sera trop riche pour recevoir la péréquation!

« Nous devons aussi expliquer qu’en faisant la souveraineté, on va économiser des milliards de dollars en éliminant les doublons bureaucratiques. Soyons concrets. Faisons réaliser aux Québécois qu’avec la souveraineté, on va arrêter de payer pour la royauté, pour le gouverneur général ou pour le Sénat. Et pourquoi on continuerait à financer un autre Parlement qui adopte des lois qui trop souvent vont à l’encontre de nos intérêts?

« Quel est l’avantage du Québec de financer à coups de milliards deux ministères de l’Environnement, deux ministères de la Justice, deux ministères de l’Agriculture, deux ministères de la Citoyenneté, deux ministères de l’Immigration, deux ministères des Finances, deux ministères de l’Industrie, deux ministères des Ressources naturelles, deux ministères de la Sécurité publique et deux ministères des Transports.

« Et en plus, on est obligés de remplir deux déclarations de revenus.

« Si au Québec on cherche à réduire les dépenses de l’État et à réduire la bureaucratie, il n’y a rien de mieux que la souveraineté!

« En éliminant tous ces doublons administratifs, le Québec souverain économisera davantage d’argent que ce qu’il reçoit d’Ottawa. Notre fiscalité sera conforme à nos intérêts et à nos politiques publiques.

« Nous pourrons utiliser notre argent là où sont nos véritables intérêts économiques. Nous pourrons utiliser notre argent là où sont nos priorités sociales, culturelles ou scientifiques.

« La souveraineté, c’est payant, c’est emballant, c’est inspirant.

« Et puis, la raison fondamentale, ça demeure le fait tout simple que nous sommes un peuple. Nous avons une histoire et nous voulons qu’elle se poursuivre. Nous avons une langue bien à nous, que nous aimons. Nous avons nos façons de faire dans tous les domaines. Et nous avons cette créativité, qui fait de plus en plus notre marque de commerce dans le monde.

« Je n’ai rien, moi, contre le Canada, contre les Canadiens. Au contraire, j’aimerais beaucoup vivre en bon voisinage avec le Canada, chacun prenant ses propres décisions. Je suis convaincue qu’un Québec souverain entretiendra de très bonnes relations avec le Canada.

« La souveraineté, c’est une idée positive. Et c’est que nous devons expliquer aux Québécois. Je vais continuer à le faire de mon côté, comme tous nos députés.

« Comme gouvernement, nous préparons le terrain en offrant un gouvernement responsable et intègre aux Québécois.

« D’abord, en ramenant la confiance, en brisant la corruption et en rénovant notre démocratie. La confiance économique et financière ensuite. Les Québécois doivent avoir confiance en notre capacité économique comme peuple.

« Nous avons posé plusieurs gestes majeurs et nous continuons résolument. Nous devons redresser nos finances, parce que c’est notre responsabilité comme gouvernement, mais aussi parce que c’est un acte de liberté.

« Nous devons améliorer nos services publics et répondre aux besoins concrets, quotidiens des Québécois. Et puis nous devons renforcer la fierté des gens envers notre identité, notre culture, notre langue et notre histoire.

« Le parti, de son côté, va consacrer l’essentiel de son énergie à promouvoir la souveraineté. Nous devons envisager l’avenir avec confiance. Vous savez, les choses peuvent changer très rapidement, si on y met du nôtre. Vous avez vu tout ce qu’on a accompli ensemble depuis l’automne dernier.

« Alors, on va retrousser nos manches. On va aller voir le monde et on va leur dire pourquoi on veut un pays.

« Je demande à chacun de vous de renouer avec l’esprit qui animait notre parti à ses débuts. On doit sortir, parler, convaincre. Je demande à chacun de nos ministres de parler de souveraineté et d’expliquer notre projet chaque fois que c’est possible.

« Affirmez simplement que vous pensez qu’il serait temps que le Québec devienne un pays. Je vous demande à vous de parler à votre famille, à vos collègues, à vos amis, aux gens que vous rencontrez.

« Je vous demande de ne laisser personne affirmer que la souveraineté n’est plus pertinente : ce n’est pas vrai!

« Imaginez si des centaines de milliers de personnes se mettent ensemble pour sortir, parler et convaincre les Québécois un à un qu’il est temps qu’on se donne un pays.

« Imaginez ça, un pays francophone en Amérique du Nord.

« Imaginez un pays peuplé de huit millions de femmes, d’hommes et d’enfants qui se gouvernent sur un territoire immense et magnifique.

« Dans ce pays-là, on entend parler le français avec tous les accents. Il est beau ce pays. Il nous attend au bout du chemin.

Alors, continuons! »

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