Allocution du chef de l’opposition officielle, Stéphane Bédard à l’occasion de la visite du Président de la République française, M. François Hollande
mardi 4 novembre, 2014
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C’est un immense honneur pour nous, parlementaires, et pour tous les Québécois, de vous recevoir ici dans l’enceinte de notre Assemblée nationale, l'une des plus anciennes démocraties parlementaires au monde.

Votre présence au Québec, Monsieur le Président, témoigne de la relation directe, privilégiée et fraternelle qu’entretiennent nos deux nations.

Les liens si particuliers qui nous unissent à la France s’expliquent, bien sûr, par cette langue magnifique et riche que nous partageons.

Mais cette proximité franco-québécoise, elle se comprend également par une trajectoire historique qui nous fut commune pendant un certain temps, pendant plus de deux cents ans. Nous portons, depuis, une part de l’autre.

Ces liens si particuliers, nous avons pu en mesurer la soliditéet contribuer à les entretenir avec vous ces deux dernières années.

À cet égard, permettez-moi de vous remercier pour le magnifique accueil que vous avez réservé à la première ministre du Québec Pauline Marois lors de ses visites en sol français, en octobre 2012 ainsi qu’en décembre 2013.

Monsieur le Président, vous avez réaffirmé la position traditionnelle de la France à l’égard du Québec.Vous êtes pour la continuité, aviez-vous dit alors.

Nous saluons votre sensibilité à l'égard du Québec, bien réelle.

Nos nations grandissent et font face à des défis toujours plus grands. Mais nous sommes bien outillés.

À cet égard, je ne peux passer sous silence la magnifique performance de la France, qui a été honorée cette année en recevant non pas un, mais deux prix Nobel.

D’abord, le prix Nobel de littérature, décerné au romancier Patrick Modiano. Il est le 15eauteur français à recevoir cette distinction.

Puis, dans un autre univers, c’est Jean Tirole, professeur de l’École d’Économie de Toulouse, qui s’est vu décerner le prix Nobel d’économie.

Puisque nous sommes dans les honneurs, j’en profite pour rappeler la décision de l’Académie française qui, il n’y a pas encore un an, a fait de Dany Laferrière le premier Québécois à joindre cette prestigieuse institution.

Monsieur le Président, nous vous savons le protecteur de l’Académie; nous sommes heureux et fiers qu’accède ainsi au statut d’Immortel un Québécois venu d’Haïti, un Québécois «métissé serré»–pour utiliser une expression désormais consacrée ici par l’humoriste Boucar Diouf.

Le Québec et la France savent faire alliance, mener des combats côte à côte et triompher. Notre travail a permis de grandes réalisations.

Parlons ici de la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles.

L’année prochaine, nous célébrerons le 10eanniversaire de cette convention. Nous savons que la bataille pour l’exception culturelle n’est pas terminée.

Puisque «perdre des langues, c’est défaire la biodiversité humaine», nous dit notre grand poète Gilles Vigneault, il faut relever le défi du numérique pour que la richesse que nous apporte la pluralité culturelle soit préservée. Le français n’occupe que 3% de l’espace sur le Web, mais demeure quand même l’une des dix premières langues utilisées.

Nous devons agir ensemble pour valoriser la création et la diffusion de contenus numériques francophones.

Il faut trouver les voies pour renforcer la Convention et s’assurer que les accords commerciaux en tiennent compte, comme le tout récent Accord économique et commercial global entre le Canada et l’Union européenne.

Ensemble, de concert avec les États membres de la Francophonie, nous pouvons et nous devons aussi mener la bataille de la promotion du français dans le monde.

À la suite de l’adoption de la Politique intégrée de promotion de la langue française au Sommet de Kinshasa, c’est une responsabilité partagée que nous avons de faire rayonner la langue française sur la scène internationale. La langue de Molière, de Balzac, aussi celle de Miron, de Laferrière, et de tant d’autres, doit se faire entendre fièrement dans tous les forums internationaux.

La puissance du français, sur l’échiquier linguistique mondial, rappelle l’intérêt de faire des affaires en français et de contribuer activement au développement économique du monde.

Selon l’excellent rapport que vous a remis M.Jacques Attali sur la Francophonie en tant que moteur de la croissance durable, «deux pays partageant des liens linguistiques tendent à échanger environ 65% plus que s’ils n’en avaient pas».C’est non négligeable.

Le potentiel économique de la Francophonie est énorme et doit être davantage exploité. Or, selon les projections démographiques, l’avenir de la Francophonie se dessinera sur le continent africain.

C'est au sud que la croissance des locuteurs français se fera. Il va donc de soi que les pays francophones du sud puissent continuer d'occuper des positions toujours plus influentes au sein de l'Organisation internationale de la Francophonie.

L’Afrique, qui a particulièrement besoin de notre solidarité en ce moment, est aussi l'espace économique francophone offrant le plus grand potentiel de prospérité.

Sur le plan économique, la France et le Québec sont déjà des partenaires d’exception.

L'importance des investissements étrangers entre nos deux territoires en témoigne. Et, lorsqu'ils songent au Canada, c’est au Québec que s'installent la très grande majorité des sièges sociaux de filiales françaises.

L'année dernière, les échanges commerciaux de biens entre le Québec et la France se chiffraient à 3,7milliards de dollars, une hausse de presque 4% par rapport à l'année 2012. Cela fait de la France le troisième partenaire économiquedu Québec.

Il nous faut donc continuer sur cette lancée en créant des conditions encore plus propices à la fructification de ces échanges, à la mobilité des capitaux, des entrepreneurs et des étudiants.

L’accord de libre-échange canado-européen doit aussi être l'occasion d'une croissance marquée de nos relations économiques.

Au Québec, la place occupée par les petites et moyennes entreprises est considérable.

Notre filet industriel est très diversifié.

Ces PME fournissent 87% des emplois à notre économie et se projettent maintenant sur la scène mondiale avec beaucoup de succès. Cela doit continuer. Ces entrepreneurs ont besoin de se sentir accompagnés à certains moments cruciaux de leur développement.

En France, d’ailleurs, vous appuyez ces entreprises de diverses façons.

Il faut souligner le modèle de votre banque publique d’investissement, lancée en janvier 2013 à votre initiative, qui a comme mission, notamment, d’accompagner les entreprises tout au longde leur cycle de vie sur le marché national et international.

Je souhaite donc que le succès français etce type d'initiatives, favorisant l’amorçage, le développement et l’internationalisation des entreprises, puissentse poursuivre et nous inspirerdans les décisions que nous aurons à prendre, ici, au Québec.

Sur les chemins de l’avenir, on trouve aussi beaucoup de jeunes chercheurs français et québécois qui ne demandent qu’à utiliser leur savoir au profit de l’innovation et du développement.

Il faut le rappeler, la particularité de la relation France-Québec se définit et se tisse aussi depuis longtemps dans les laboratoires de nos universités respectives.

C’est la France et le Québec qui diplôment le plus grand nombre de doctorants en cotutelle au monde!

Ces doctorants, toujours plus mobiles, encadrés par des maîtres du Québec et de France, sont les maillons de cette société du savoir que nous désirons toujours plus forte et prometteuse.

Cette coopération doit aussi soutenir l’esprit d’innovation qui permettra l’éclosion de jeunes entreprises dynamiques, créatrices d’emplois, et qui projetteront nos économies vers des secteurs de pointe, et respectueux de notre planète. Parce qu’il faut le dire, Monsieur le Président:sous votre quinquennat, les questions environnementales occupent une place de choix.

Si vous et moi sommes plus que favorables au réchauffement continuel des relations France-Québec, nous ne voyons pas d’un bon œil le réchauffement climatique.

À la fin de l’année prochaine, Paris sera l’hôte de la 21eConférence des Nations Unies sur le climat. C’est un évènement important pour la France, et pour l’humanité; vous avez d’ailleurs parlé à juste titre d’une responsabilité historique de la France.

Votre envoyé spécial pour la protection de la planète, Nicolas Hulot, est d'ailleurs venu au Canada et au Québec, récemment, pour ouvrir des chemins de discussion. Nous reconnaissons en lui le porteur d'un des dossiers les plus importants de ce siècle.

Il faut prendre, aux niveaux national et international, les décisions nécessaires pour lutter, par tous les moyens possibles, contre le dérèglement climatique.

Le Québec a marqué son désaccord avec le Canada qui, malheureusement, fut le premier État à se retirer du Protocole de Kyoto en 2011.

L’Assemblée nationale québécoise a voté à l’unanimité afin de réaffirmer son engagement aux efforts entrepris à Kyoto.

Les Québécois sont profondément attachés à la protection de leur environnement.

Vous l’avez sûrement remarqué, notre grand fleuve, celui-là même qu'emprunta Samuel de Champlain en 1608, est source de fierté et de richesse. Ce fleuve Saint-Laurent, qui traverse le temps, notre histoire et notre territoire, est notre ouverture sur le monde. Il nous rappelle chaque jour l’importance de veiller à la protection de la planète.

Nous souhaitons donc une conférence de Paris inspirante.

À cet égard, nous partageons le souhait exprimé par votre gouvernement, à savoir que cette conférence en soit une «d’engagements et non pas de laïus».

La synthèse du rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, publiée dimanche, nous rappelle l’urgence d'une mobilisation immédiate de tous les décideurs, sans quoi les impacts seront irréversibles.

Monsieur le Président, dans ce monde en pleine évolution, où les défis se complexifient, où les repères changent sans crier gare, dans un monde qui ne cesse de se redéfinir, la pérennité de la relation directe et privilégiée entre la France et le Québec prend toute sa valeur.

Monsieur le Président, on le sait, une amitié a toujours besoin d'être entretenue. Rien ne doit jamais être tenu pour acquis de part et d'autre.

Bien que le passé soit souvent garant de l'avenir, il importe de prendre soin de cette relation si particulière.

Votre présence ici aujourd’hui est historique. Elle s’inscrit dans la lignée de celle des grands dirigeants français qui, au présent, ont compris l’avenir.

Les défis du monde exigent que nous puissions enrichir cette alliance qui a su et qui saura longtemps encore, j’en suis convaincu, traverser un océan... et le temps.

Monsieur le Président, je le dis sincèrement: longue vie à cette belle amitié!