Allocution de Pierre Karl Péladeau devant le Congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités
vendredi 25 septembre, 2015
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Le 24 septembre 2015, le chef de l'opposition officielle, Pierre Karl Péladeau, s'est adressé aux participants du Congrès annuel de la Fédération québécoise des municipalités à Québec. Voici ses notes d’allocution.

La version prononcée fait foi.



Je vous remercie de l’invitation. Je suis honoré de m’adresser à des décideurs et à des acteurs incontournables de notre démocratie engagés dans le développement du Québec.

Contrairement à certains membres du gouvernement, nous considérons, au Parti Québécois, que la voix des élus qui siègent dans les hôtels de ville compte tout autant que la voix des députés de l’Assemblée nationale.

Permettez-moi de saluer Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole du Parti Québécois en matière d’affaires municipales et de décentralisation, ainsi que Gaétan Lelièvre, député de Gaspé et porte-parole en matière de développement des régions et de pêcheries, en plus d’être responsable de notre belle région de la Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine.

Au-delà de leur vaste expérience du monde municipal et de leurs réalisations à titre d’anciens ministres, Sylvain et Gaétan sont des passionnés dédiés à l’avancement des régions. Ils ont toujours été et seront toujours à votre écoute et à votre service, comme tous les députés du Parti Québécois.

J’aimerais également saluer les élus de Chaudière-Appalaches qui représentent la région vedette de cette année. Plusieurs raisons justifient ce choix, mais serez-vous surpris si je retiens le dynamisme et l’esprit d’entrepreneuriat qui animent cette région?

Lorsque j’occupais la présidence du conseil de la Fondation de l’entrepreneurship, j’ai eu l’occasion de prononcer une conférence à l’École d’entrepreneurship de Beauce, une très belle réalisation qui rayonne partout au Québec. Félicitations à la famille Dutil, qui en est à l’origine.

La région de la Chaudière-Appalaches est inspirante à bien des égards et j’ai hâte d’échanger avec ses citoyens.

Toujours dans le cadre de ma présidence au conseil de la Fondation, j’ai sillonné le Québec afin de promouvoir l’entrepreneuriat, comme mon père le faisait de son vivant.

Il croyait, tout comme moi, que les Québécois peuvent et doivent réussir en affaires afin de continuer à construire une économie forte, et que nous avons tout intérêt à avoir la mainmise sur nos décisions. C’est ce que je continue de faire.

Certains m’ont reproché d’avoir dépensé trop d’argent durant la campagne à la direction du Parti Québécois. Eh bien, je veux leur dire que j’ai dépensé cet argent pour rencontrer ceux et celles qui habitent nos régions. Ceux et celles qui participent à l’occupation du territoire. Ceux et celles qui construisent le Québec jour après jour.

C’est ainsi que je suis venu à Thetford Mines, à Montmagny, à Lévis et dans Bellechasse, comme à Rouyn, à Alma, à Granby, à Sainte-Julie, à Trois-Rivières, à Baie-Comeau, à Gaspé, à La Pocatière, à Cap-Chat et à Matane, où j’ai eu l’occasion de rencontrer votre collègue d’Amqui, Gaétan Ruest.

J’ai continué à le faire comme chef de l’opposition officielle à Dégelis, à Esprit-Saint, à Havre-Saint-Pierre, à Sainte-Florence, à Dolbeau, et je peux vous dire que je vais continuer parce que j’ai toujours considéré qu’il était important d’aller à la rencontre des gens.

C’est un principe qui m’est cher et que j’ai appliqué très tôt quand j’étais en affaires. Je considère ce principe tout aussi important en politique.

Je crois qu’à titre d’élus, notre premier devoir consiste à écouter les femmes et les hommes qui vivent sur notre vaste territoire.

Et je crois qu’en affaires comme en politique, les décisions ne doivent pas être prises uniquement à partir du siège social, tout comme trop souvent les décisions sont prises à Québec pour le monde municipal.

Il n’y a pas de Québec sans ses régions. J’en ai l’intime conviction. Notre histoire est marquée par la détermination et la force de gens qui ont bâti des villages, puis des régions et qui ont participé à l’édification de cette belle et grande nation qui est la nôtre.

Nous ne devons jamais l’oublier, surtout pas au nom d’une doctrine économique néfaste et déconnectée de la réalité.

Le Parti Québécois a toujours reconnu et continuera de reconnaître l’importance cruciale de l’occupation dynamique du territoire et, du même souffle, que les instances locales et régionales ont besoin d’appuis concrets et d’autonomie pour se développer selon leurs aspirations.

C’était vrai à l’époque de M. Jacques Léonard, qui fut ministre d’État à l’Aménagement ainsi que ministre des Affaires municipales du Parti Québécois, et qui a créé les municipalités régionales de comté. Je discutais avec lui hier et je peux vous affirmer que son intérêt envers le milieu municipal est toujours aussi vif.

La confiance, le respect et la reconnaissance constituent les bases d’une décentralisation visant à construire des collectivités fortes et autonomes.

Aux aléas des changements de gouvernement, d’humeur des ministres ou des saveurs du jour, comme le régime de l’austérité que le gouvernement libéral sert aux Québécois, nous opposerons une approche qui offre stabilité, prévisibilité et protection.

Il faut que les droits des régions soient protégés et j’entends bien discuter avec vous pour déterminer les modalités de cette protection.

J’ai passé plus de 25 ans dans le monde de l’entreprise. Jamais je n’aurais eu du succès si j’avais dû gérer avec des hypothèses de revenus incertaines ou changeantes.

Alors, je suis extrêmement bien placé pour comprendre votre agacement et votre lassitude à concevoir un plan d’affaires et votre budget sans garantie de stabilité, et sans la certitude de pouvoir compter sur les moyens requis pour y arriver.

Il faut mettre fin à cette approche inféodée au bon vouloir du ministre des Affaires municipales ou aux approches doctrinales du président du Conseil du trésor.

Actuellement, le gouvernement libéral va dans la direction opposée et navigue à contre-courant de l’intérêt des régions. Il ne comprend pas que les décisions locales doivent être prises par ceux et celles qui ont la capacité d’apprécier les réels besoins de leurs concitoyens.

Bien sûr, le premier ministre Couillard avait promis autre chose. Mais, avec les libéraux, les paroles s’envolent et les dommages restent :

Réduction de 80 M$ du budget consacré au développement local et régional; Coupes de 130 M$ à La Financière agricole; Coupes en santé et en éducation, alors que ce sont des services essentiels à la vitalité de nos collectivités.

À cet égard, le gouvernement a fait preuve d’un manque de vision sidérant avec l’abolition des conférences régionales des élus, qui soutenaient notamment les organismes de lutte contre le décrochage scolaire. Même absence de vision avec les coupes effectuées au sein des carrefours jeunesse-emploi.

La présence des jeunes en région est l’un des facteurs les plus importants dans la pérennité de nos villages. Qu’adviendra-t-il de nos régions et de nos municipalités si nos jeunes les quittent pour se rendre en ville?

Les CRÉ et les CJE contribuaient à garder nos jeunes en région et à les former pour occuper un emploi. Notre jeunesse a besoin qu’on la soutienne, pas qu’on lui coupe les ailes.

C’est exactement la même situation avec les CLD, qui accompagnaient de futurs entrepreneurs qui, à leur tour, créaient de la richesse et des emplois.

L’austérité prive les régions de ses jeunes talents. Et ces pertes-là, le gouvernement libéral ne pourra jamais les chiffrer. N’en déplaise au président du Conseil du trésor, l’intangible, ça existe.

La liste des compressions serait encore longue. Je suis certain que vous pouvez la compléter ou citer des dommages concrets que ces coupes ont causés chez vous. Visiblement, le premier ministre Couillard veut équilibrer les finances publiques sur le dos des régions. Il ne propose aucun plan de croissance ou de développement, ni de stratégie économique.

Ce matin, je lui posais la question suivante : comment se fait-il qu’après 18 mois au pouvoir, nous n’avons aucune stratégie économique, aucun plan stratégique pour Investissement Québec, notre levier pour notre développement économique?

Je lui ai de nouveau offert ma collaboration pour réunir rapidement les acteurs économiques du Québec autour de la création d’emplois et de richesse. Toujours le même refus catégorique.

Pendant que le gouvernement s’entête, notre économie s’enlise.

Il n’y a pas que le ralentissement économique qui préoccupe la population.

Au cours des derniers mois, j’ai rencontré plusieurs citoyens et élus inquiets des importants projets de transport de matières dangereuses. Alors que les événements récents survenus au Québec nous incitent à une prudence exemplaire, des citoyens se sentent abandonnés, en raison de l’absence de réaction du gouvernement libéral face à la négligence d’Ottawa.

Ma collègue Martine Ouellet, la députée de Vachon, peut également témoigner des inquiétudes de la population et du laisser-aller fédéral à travers sa tournée sur le projet de Chaleur Terminals.

Le gouvernement fédéral a abdiqué depuis longtemps ses responsabilités en matière de transport et son rôle de protéger la population. Ce sont les municipalités qui paient pour ce laxisme.

Les rapports du Bureau du vérificateur général du Canada et du Bureau de la sécurité des transports sont accablants.

En 2009, le Canada comptait un inspecteur pour 14 wagons-citernes de brut. En 2013, c’était un inspecteur pour 4000 wagons. Pourtant, nous envoyons toujours 48 milliards de nos taxes et de nos impôts à Ottawa. De plus, 40 % des inspecteurs ferroviaires n’ont pas suivi la formation requise pour effectuer des vérifications.

Si les projets d’Énergie Est et de Chaleur Terminals se réalisent, des centaines de municipalités verront le risque associé au transport de matières dangereuses monter en flèche. Pourtant, ces projets n’offrent aucune retombée positive pour le Québec. Que des risques pour notre sécurité et notre environnement.

La Colombie-Britannique a dit non. Les États-Unis ont dit non. Pourquoi le Québec devrait-il accepter ce marché de dupes? Parce que nous y sommes contraints et que nous n’avons pas les moyens légaux et constitutionnels pour nous y opposer.

La Loi constitutionnelle et la jurisprudence des tribunaux canadiens, dont les juges sont nommés par Ottawa, sont claires sur cette question.

Comme vous, je souhaite que les compétences du Québec soient respectées, que les milieux disposent de l’information nécessaire pour assurer la sécurité des citoyens. Mais il nous faut davantage et vous savez ce que je crois qu’il nous faut!

L’autorité fédérale permet à d’autres intérêts d’avoir préséance sur les priorités de nos collectivités.

C’est en réalisant l’indépendance que nous pourrons récupérer tous les pouvoirs dont nous avons besoin pour assurer la prospérité de nos régions et protéger nos populations qui vivent près des voies ferrées.

J’aimerais terminer en vous disant que les meilleurs partenariats sont mutuellement profitables.

Malheureusement, le gouvernement garde pour lui les revenus, mais il pellette les coupes dans la cour des régions.

Il s’inspire du gouvernement fédéral, qui avait fait de même à l’endroit du Québec lorsqu’il a décidé de larguer les infrastructures, dont il a toutefois la responsabilité, en vertu de la Constitution.

Ainsi, Gaspé a été obligée de racheter son aéroport, mais sans les moyens financiers qui y étaient associés.

Le quai de Rimouski est abandonné et met en péril le développement économique de la ville.

On abandonne le transport ferroviaire de passagers en Gaspésie, et on réserve une desserte aérienne anecdotique pour la Côte-Nord.

Les promesses rompues, les coupes récurrentes et l’absence de plan économique font mal aux régions autant qu’à la démocratie municipale.

Quoi qu’en dise le gouvernement, une perte de 850 M$ sur 4 ans n’est pas un gain.

En bout de ligne, ce sont toujours les contribuables et les familles de nos régions qui verront leurs services amputés ou encore qui n’auront pas droit à une collectivité riche et en santé.

Bien que certaines mesures concernant les relations de travail apparaissent séduisantes à première vue, je crois qu’il faut les accueillir avec prudence, avec une très grande prudence.

Il serait périlleux de vouloir corriger un déséquilibre par un autre. Cela risque de créer davantage de perturbation, sans régler le problème pour autant, en plus d’ouvrir la porte à une multiplication coûteuse et interminable de recours judiciaires et de conflits larvés.

N’oublions pas que ce sont toujours les citoyens qui paient la note.

Le diable est dans les détails et nous devons nous poser la question suivante, comme plusieurs le font aujourd’hui : avons-nous affaire à un cadeau empoisonné?

Le gouvernement doit fournir des réponses franches et précises. Mais il semble qu’il va attendre jusqu’à l’automne prochain pour le faire. D’ici là, toutes sortes d’inquiétudes légitimes surgiront.

Ce n’est certes pas le climat dans lequel nous devons évoluer pour nous assurer d’un développement économique utile, efficace et harmonieux. C’est à se demander si le gouvernement libéral de Philippe Couillard n’est pas le gouvernement de la chicane.

Messieurs et Mesdames, vous êtes des partenaires incontournables dans la construction du Québec d’aujourd’hui et de demain.

Le gouvernement doit cesser d’avoir cette attitude paternaliste envers le milieu municipal. Je considère plus que légitime le désir d’autonomie des municipalités et j’en conçois aisément les avantages.

Vous pouvez compter sur le Parti Québécois pour travailler à vos côtés. J’ai appris beaucoup en étant à l’écoute des élus municipaux et des citoyens.

Il n’y a pas plus belles richesses que la fierté et le désir de réussir. Et cette fierté et ce désir de réussir, ils se cultivent dans toutes les régions du Québec.

Merci et bon congrès!

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