Allocution de Pauline Marois : « En route vers un pays riche, fier et solidaire »
jeudi 6 février, 2014
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Le 5 février 2014, Pauline Marois s'adressait à des centaines de militants réunis au Musée québécois de la culture populaire de Trois-Rivières à l’occasion du grand rassemblement militant dans le cadre de la tournée exceptionnelle des membres du gouvernement en Mauricie et au Centre-du-Québec. Voici ses notes d'allocution.

Aussi : réagissez sur le blogue du Parti Québécois, au billet de Pauline Marois : « En route vers un pays riche, fier et solidaire » et visionnez le discours de Pauline Marois.


L’allocution prononcée fait foi.



Merci.

Je suis très heureuse de vous retrouver, militants du Parti Québécois.

Depuis notre élection en septembre 2012, on a eu moins le temps de se voir, mais il faut dire qu’au gouvernement, on n’a pas chômé.

Nous sommes en train de tout mettre en place pour donner un élan au Québec. Pour que le Québec soit plus prospère et les Québécois, plus riches.

Nous sommes en train de mettre en place une politique économique vigoureuse, volontaire, qui nous permettra de cueillir les fruits de la relance économique mondiale. Cette politique va permettre de créer 115 000 nouveaux emplois d’ici trois ans.

On utilise tous les moyens de l’État pour soutenir, susciter, encourager la création d’emplois dans toutes les régions. Notre objectif est clair : nous voulons que les Québécois soient plus riches, individuellement et collectivement.

Je peux vous dire une chose : je suis déterminée à y arriver. On va faire du Québec un pays plus riche!

Depuis notre arrivée au pouvoir, nous avons soutenu des projets d’investissement privé totalisant 10 milliards de dollars. Ça veut dire la création ou le maintien de 29 000 emplois.

Et, justement, dans toute notre histoire, jamais il n’y a eu autant de Québécois au travail. Jamais!

On a posé des gestes courageux, attendus depuis longtemps; par exemple, on a sorti le Québec du nucléaire et de l’amiante.

C’était des décisions difficiles et on s’était engagé à compenser en mettant beaucoup d’efforts pour ramener des emplois en Mauricie et au Centre-du-Québec.

On a tenu parole en multipliant les projets.

Ce soir, je suis fière de le dire aux citoyens de la Mauricie : en matière d’investissements et de création d’emplois, on a livré la marchandise!

Nous avons fait ça en reprenant le contrôle des dépenses de l’État pour la première fois en dix ans.

Du côté des revenus, le Québec est dans la même situation que la plupart des États occidentaux, c’est-à-dire confronté à une très faible inflation. Les revenus ne sont pas au rendez-vous.

Malgré ce contexte mondial, François Legault s’obstine à vouloir atteindre le déficit zéro dès maintenant.

Philippe Couillard, lui, a hésité. Il a d’abord suggéré de repousser de quelques années l’atteinte de l’équilibre. Le lendemain, il a changé de position, réclamant le déficit zéro.

Si on écoutait les chefs de l’opposition, il faudrait hausser les taxes ou faire des compressions très douloureuses de près de 2 milliards de dollars. Des compressions, ça veut dire moins d’activité économique, moins d’emplois et, au bout du compte, moins de revenus pour l’État.

Nous avons fait un choix différent. On a choisi d’y aller à fond avec un plan économique ambitieux et audacieux.

  • Une politique industrielle;
  • une politique nationale de la recherche et de l'innovation
  • un plan de développement du commerce extérieur
  • et, surtout, un grand projet d’avenir : la Stratégie québécoise d'électrification des transports!

Nous avions le choix entre l’austérité et la prospérité. Philippe Couillard et François Legault ont choisi l’austérité. Moi, j’ai choisi la prospérité!

Messieurs Legault et Couillard ont déclaré qu’ils étaient prêts à nous précipiter en campagne électorale en votant contre le budget. S’ils ne reculent pas, il reviendra aux électeurs de trancher.

Je fais entièrement confiance aux Québécois.

  • Entre l’austérité et la prospérité, ils vont choisir la prospérité.- Entre les libéraux qui hésitent à se tenir debout et un gouvernement déterminé à défendre les valeurs québécoises avec fierté.- Entre l’hésitation et la détermination, les Québécois vont choisir la détermination!

Il n’y a pas juste à propos de la charte que Philippe Couillard vasouille… Il y a une question fondamentale sur laquelle nous devons être clairs, dès à présent.

Je parle de l’avenir politique du Québec.

Philippe Couillard affirme qu’il veut signer la Constitution d’ici l’anniversaire de la Fédération canadienne, en 2017. Mais il refuse de nous dire à quelles conditions il est prêt à le faire. Est-ce qu’il est prêt à signer la Constitution canadienne sans condition, contrairement à tous ses prédécesseurs, même Jean Charest?

Robert Bourassa avait exigé le minimum : la reconnaissance que le Québec forme une société distincte. Le Canada a refusé de nous reconnaître et Bourassa a refusé de signer.

Philippe Couillard a affirmé l’autre jour que le Québec ne devait pas se distinguer en Amérique du Nord… Il repousse la société distincte de Robert Bourassa. Est-ce que le chef actuel du Parti libéral veut aller en bas de ce minimum? Philippe Couillard doit être clair là-dessus.

Il a un devoir d’honnêteté minimal vis-à-vis des Québécois. Signer cette constitution qui nous a été imposée sans même que les Québécois aient été consultés, ce serait une décision grave, qui engagerait l’avenir de notre nation pour longtemps.

Je pose donc la question à Philippe Couillard : est-ce qu’il s’engage, avant de poser un geste aussi important, à consulter les Québécois en tenant un référendum? Je ne peux pas imaginer qu’il va se lancer en campagne électorale sans nous dire clairement quelles sont ses intentions.

Les libéraux aiment répéter que nous menaçons de tenir un référendum, comme s’il ne fallait surtout pas consulter démocratiquement les citoyens. Moi, je dis que Philippe Couillard menace de ne pas consulter les Québécois. Agir sans demander l’avis de la population, ce serait profondément antidémocratique. Ce serait inacceptable!

Le chef libéral doit cesser de s’esquiver et donner l’heure juste.

De notre côté, nous sommes parfaitement clairs : nous voulons que le Québec devienne un pays!

Nous sommes aussi parfaitement clairs sur notre démarche : la souveraineté ne se fera qu’après la consultation et l’approbation des Québécois au moyen d’un référendum.

Depuis notre élection en septembre 2012, tous ont été à même de constater que la défense de nos intérêts et de nos valeurs a été constructive et ancrée dans le réel.

Loin de chercher la chicane avec Ottawa, nous avons voulu faire avancer nos intérêts. Les chicanes – sur la formation de la main-d’œuvre, les fonds de travailleurs, la commission des valeurs mobilières, l’assurance emploi – ont été provoquées par Ottawa.

Nous avons annoncé notre volonté d’éliminer les chevauchements en santé et dans les affaires municipales pour réduire la bureaucratie, au bénéfice non pas du gouvernement, mais de tout le monde. Pour l’avenir, on va continuer à préparer le Québec à devenir un pays. On va le faire de façon responsable, sans bousculer les Québécois, mais avec beaucoup de détermination.

Le moment viendra où nous serons de nouveau appelés à choisir notre avenir politique. Notre responsabilité consiste à nous renforcer, à nous préparer pour ce moment.

Puis, il faut prendre le temps de réfléchir tous ensemble, comme nation, à notre avenir politique. Tout au long de notre histoire, les Québécois ont été conviés à ce type d’exercice de façon périodique. Il y a eu :

  • la commission Rowell-Sirois en 1940,
  • la commission Tremblay en 1953, - Laurendeau-Dunton en 1963, - Gendron en 1972, - Pépin-Robarts en 1978, - Bélanger-Campeau en 1990
  • et la commission sur l’avenir du Québec en 1995.

Ces réflexions ont toutes été marquantes. C’est normal pour un peuple qui a toujours eu à lutter pour survivre, pour se développer, pour durer.

Nous n’avons pas pris le temps de réfléchir tous ensemble à l’avenir politique de la nation québécoise depuis bientôt 20 ans. Il est temps pour nous de faire un bilan et de réfléchir au chemin parcouru et à la route que nous devons prendre.

M. Couillard voudrait signer la Constitution canadienne et verrouiller le statut du Québec comme simple province. Il voudrait le faire sans nous consulter, sans égards pour notre histoire et sans égards pour l’avenir.

De notre côté, nous voulons que le Québec devienne un pays. Il faut examiner chacune de ces options. Quel statut nous permettra de préserver notre langue sur une période de 10, 20 ou 50 ans? Celui de province canadienne ou celui de pays?

Pour moi, c’est clair : la seule voie qui assure l’avenir du français, c’est celle d’un pays, d’un pays francophone en Amérique!

Est-ce que le statut de province canadienne nous permettra de promouvoir nos valeurs communes, de créer un sentiment d’appartenance, une véritable citoyenneté québécoise? Il me semble que ça plaide en faveur d’un pays québécois.

Est-ce que c’est envisageable pour une province de réduire les chevauchements bureaucratiques, de réformer l’État pour en faire un outil plus efficace, moins coûteux, plus près de nos besoins? Il me semble que d’éliminer tous les doublons bureaucratiques en nous donnant un pays, ça nous permettrait d’avoir un État plus efficace, moins coûteux et plus près des gens.

Est-ce que la législation fédérale correspond à nos intérêts et à nos valeurs? Et, comme province, est-ce réaliste de croire que le Canada pourra répondre à nos aspirations nationales?

Comment le croire, sachant qu’au sein du Parlement fédéral, le poids du Québec diminue sans cesse?

Pour notre développement économique, est-ce que le statut de province du Canada est préférable à celui d’un pays qui a

  • sa propre politique étrangère,
  • sa propre politique commerciale,
  • sa propre fiscalité,
  • sa propre politique industrielle,
  • sa propre réalité économique?

Il me semble, à moi, qu’on n’est jamais si bien servi que par soi même.

Pour s’enrichir, pour aller au bout de notre potentiel, il nous faut toute la force et tous les moyens d’un vrai pays!

Au cours des dernières décennies, on s’est beaucoup posé la question : que serait un Québec souverain? Les adversaires de la souveraineté ont beaucoup insisté sur les risques, en les exagérant grossièrement.

Mais qu’en est-il des risques de demeurer une province canadienne? Comment peut-on se développer quand une autre nation prend les décisions à notre place? Qui nous garantit qu’en demeurant une province canadienne, on va pouvoir continuer à vivre en français, selon nos valeurs? Qu’est-ce qui représente le plus grand risque pour notre avenir, demeurer une province ou devenir un pays?

Il est temps de recommencer à réfléchir soigneusement, à débattre sérieusement de l’avenir de notre nation. C’est ce que nous allons faire.

Je vous l’annonce ce soir : au cours du prochain mandat, nous allons recommencer à réfléchir collectivement.

En reprenant, à notre façon, la démarche choisie par René Lévesque, toute la population sera invitée à prendre la parole.

Dans un prochain mandat, un gouvernement du Parti Québécois va présenter un livre blanc sur l’avenir du Québec!

On ne peut évidemment pas présumer de la direction que les Québécois prendront. Ni du moment où nous serons prêts à faire nos choix. Mais on va proposer une avenue claire.

Et, contrairement à Philippe Couillard, je peux garantir aux Québécois que le choix reposera entre leurs mains : c’est nous qui déciderons de notre avenir et personne d’autre!

Quand nous serons majoritaires, on va me demander si nous allons tenir un référendum sur la souveraineté. Ma réponse demeure la même : il y aura un référendum sur la souveraineté au moment approprié.

J’aimerais que ce soit le plus tôt possible, mais on ne bousculera pas les Québécois.

Nous allons nous préparer en agissant de façon constructive, de façon positive, en renforçant notre société sur tous les plans.

Mais je suis sûre d’une chose : le Québec deviendra un pays. Toute notre histoire nous y conduit!

Pour l’instant, il faut nous préparer à la prochaine bataille. L’opposition menace de nous précipiter en élections à tout moment. Nous devons nous préparer dans chacune des circonscriptions.

Ici, en Mauricie, dans le Centre-du-Québec et partout ailleurs. Les Québécois auront à trancher entre deux façons très différentes de voir notre avenir.

Il y a l’attitude négative de M. Legault, selon laquelle on ne fait jamais rien de bon au Québec. Il y a la démarche hésitante, indécise, mollassonne de M. Couillard. Et il y a la vision de mon gouvernement, positive et déterminée. Très déterminée!

L’opposition veut nous imposer l’austérité; nous choisissons la prospérité.

L’opposition mise sur le chacun-pour-soi; nous choisissons la solidarité.

Pour notre nation, l’opposition nous propose de nous effacer. Nous, on choisit d’assumer nos valeurs et notre identité avec fierté!

Vous nous avez vus aller depuis quelques mois.

On est déterminé à faire du Québec un pays riche.

Un pays fier, uni autour de nos valeurs communes.

Un pays solidaire, où on prend soin de notre monde.

Un pays où on parle français.

Un pays québécois!

Ça ne va pas arriver tout seul. Cette ambition, cette volonté, cette détermination, on doit la partager avec notre famille, nos amis, nos voisins.

On part de loin et on a déjà fait beaucoup de chemin. Il faut continuer à avancer sans faillir.

Moi, je suis déterminée. Je suis déterminée à poursuivre la route jusqu’au bout.

Ça dépend de vous, ça dépend de nous.

Et ça commence ici, ce soir, au cœur du Québec!

Merci.