L’influence toxique de l’hypersexualisation : au-delà des concours « mini-miss »

Suzanne Proulx

Le concours « mini-miss » qui devait se tenir à Laval [le 24 novembre][1] n’a finalement pas eu lieu. Devant l’ampleur du mécontentement de la population du Québec, l’organisme responsable de l’événement, le National Canadian Girl Pageants, a fait marche arrière : c’est par dizaines de milliers que les Québécoises et les Québécois ont signalé que ce type […]

jeudi 16 janvier, 2014
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Le concours « mini-miss » qui devait se tenir à Laval le 24 novembre n’a finalement pas eu lieu. Devant l’ampleur du mécontentement de la population du Québec, l’organisme responsable de l’événement, le National Canadian Girl Pageants, a fait marche arrière : c’est par dizaines de milliers que les Québécoises et les Québécois ont signalé que ce type de concours, qui valorise à outrance l’apparence physique des jeunes filles en les faisant compétitionner sur cet aspect, n’est pas le bienvenu chez nous.

Si l’annulation du gala prévu à Laval marque le désaccord profond de notre société avec l’idée voulant que nos fillettes puissent être présentées comme des objets dont on jugerait la valeur au premier coup d’œil, elle représente aussi l’occasion d’entamer une sérieuse réflexion collective sur la question de l’hypersexualisation. À titre de députée de Sainte-Rose et d’adjointe parlementaire de la ministre responsable de la Condition féminine, je suis particulièrement préoccupée par cette problématique : c’est du développement des femmes de demain dont il est aujourd’hui question.

Un phénomène social envahissant

Même si elle touche de plus en plus les garçons, l’hypersexualisation demeure un phénomène social qui affecte principalement les filles. Que ce soit à la télévision, dans les magazines, dans les publicités ou dans les paroles de chansons, les jeunes filles sont souvent renvoyées à des modèles stéréotypés et largement axés sur le corps. L’apparence physique, la séduction et la sexualité y sont survalorisées, ce qui met une pression indue sur les fillettes et les adolescentes, encore en phase intense de construction identitaire.

Cette hypersexualisation des jeunes filles est loin d’être inoffensive. En 2007, l’Association américaine de psychologie a répertorié pas moins de 350 études qui faisaient état des impacts négatifs de l’hypersexualisation sur l’intimité, la perception de soi, le rapport au corps, la santé physique et les comportements sexuels des jeunes filles. Les résultats de nombreux travaux dressent d’ailleurs un tableau plutôt sombre des effets que peut engendrer ce phénomène.

Sans cesse exposées à des images féminines réductrices et déjantées, les jeunes filles en viennent à croire que leur plus grand atout réside dans leur attrait sexuel : elles sont dès lors susceptibles d’amorcer leur vie sexuelle de manière précoce. L’idée que le corps de la femme est un objet qui peut être exploité s’en trouve renforcée, ce qui contribue notamment à la banalisation de la violence sexuelle. Doit-on alors s’étonner que les données de l’Institut de la statistique du Québec démontrent que 67% des Québécoises ayant eu une relation sexuelle avant l’âge de 14 ans ont déjà été victimes de violence psychologique, physique ou sexuelle?

L’obsession de la minceur

L’hypersexualisation peut également amener les jeunes filles à faire une obsession de la minceur pour atteindre ce qu’elles croient être le « corps parfait » : les régimes draconiens et les troubles alimentaires sont des manifestations déjà bien connues de cet envahissant complexe lié au poids. Il n’est donc pas surprenant que nos adolescentes se disent largement insatisfaites de leur apparence physique et qu’elles soient nombreuses à vouloir la modifier, même lorsqu’elles ont un poids santé.

Nous remarquons en effet aujourd’hui que les jeunes Québécoises souffrent davantage de troubles alimentaires, de dépression et d’anxiété que leurs collègues masculins. Inversement, elles sont proportionnellement moins nombreuses à avoir un niveau élevé d’estime de soi que les garçons du même âge, d’après les résultats de L’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2010-2011.

L’importance d’agir maintenant

De toute évidence, le phénomène d’hypersexualisation est loin d’être anodin. Les conséquences néfastes qu’il entraîne sur la santé physique, psychologique et sexuelle de nos jeunes filles sont multiples. Devant ce constat, il m’apparaît clair que nous ne pouvons pas nous contenter de l’annulation des concours « mini-miss » : il importe de trouver des solutions durables pour contrer le phénomène d’hypersexualisation, dont les galas de beauté ne sont qu’une manifestation.

En tant qu’adjointe parlementaire de la ministre responsable de la Condition féminine, j’entends mettre l’épaule à la roue. D’ailleurs, je travaille actuellement à l’organisation d’une journée de réflexion qui se déroulera en présence de la ministre Agnès Maltais à Laval, le 30 janvier prochain. Cet événement, qui réunira nombre d’acteurs locaux ainsi que des conférencières chevronnées, servira à entamer une profonde réflexion collective sur l’hypersexualisation. En nous posant les bonnes questions et en examinant la problématique sous toutes ses coutures, je suis convaincue que nous pourrons dégager des conclusions qui jetteront les bases de gestes concrets pour contrer l’hypersexualisation.

Ultimement, ce que je souhaite, c’est que les jeunes Québécoises soient mieux outillées pour résister à la pression que leur imposent les modèles féminins réducteurs. Gardons en tête que les femmes représentent la moitié de notre population : notre avenir collectif dépend donc largement du développement actuel de nos jeunes filles. C’est la société québécoise toute entière qui bénéficiera de leur épanouissement si nous parvenons à limiter l’influence toxique de l’hypersexualisation sur leur quête d’identité personnelle.

Suzanne Proulx, députée de Sainte-Rose
Adjointe parlementaire de la ministre responsable de la Condition féminine

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