Le Parti Québécois à travers quatre générations : Ève-Mary Thaï Thi Lac

Ève-Mary Thaï Thi Lac

Militante du Parti Québécois dans Saint-Hyacinthe

mercredi 16 mai, 2018
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Je suis née au Vietnam et j’ai été adoptée au Québec dans les années 1970. Mon père a été candidat à une investiture du Parti Québécois en 1970. Le soir de la défaite référendaire en 1980, mes parents ont versé une larme. C’était une période politique intense et même comme jeune fille, j’ai été vraiment marquée. Il faut dire que j’ai été élevée dans un famille très politisée. D’ailleurs mes parents sont du village de Saint-Pie en Montérégie, d’où viennent les trois générations de premiers ministres Johnson!

Mon militantisme à moi a commencé au cégep par ce que j’appellerais le «pouvoir de la publicité». J’ai croisé dans un couloir une affiche publicitaire qui présentait l’image d’une grosse arachide avec écrit: « vos peanuts, on en veut pas! » Curieuse, je me suis rendue au local de l’association étudiante pour en savoir plus. C’est là que j’ai appris qu’il s’agissait d’une campagne dans le cadre du référendum de Charlottetown pour inciter les étudiants à rejeter l’offre de réforme constitutionnelle. Au Québec on trouvait que l’offre des gouvernements n’en donnait pas assez aux Québécois tandis que le reste du Canada la refusait aussi parce qu’il trouvait qu’on en demandait déjà trop! Ce constat là m’a amenée à donner du temps pour la campagne et j’ai alors pu commencer à fréquenter les militants du Bloc Québécois puis du Parti Québécois.

Dans les années 1990, il y avait une effervescence en terme d’événements politiques majeurs et de consultation de la population. Presque à chaque année il y avait soit une élection au Québec, soit une élection fédérale, une campagne référendaire ou encore une course à la chefferie. C’était très stimulant pour les militants, car ça nous tenait en alerte et mobilisés! De nos jours, avec la fin du bipartisme et l’arrivée de toutes les nouvelles technologies qui favorisent l’information en continu il faut être constamment prêts et attentifs.

Au coeur de mon implication j’accorde beaucoup d’importance aux discussions que j’ai avec nos concitoyens issus de la diversité. Tout au long de mon parcours et encore aujourd’hui, j’ai voulu faire réaliser aux gens qui, comme moi, sont nés à l’extérieur du Québec, que l’indépendance est un projet qui les inclut eux-aussi. Cela devrait toucher encore davantage les néo-Québécois issus de pays qui ont vécu le colonialisme. Le désir de liberté et d’autonomie, qui a poussé tant de nations partout dans le monde à prendre en main leur destinée, il vaut pour le Québec aussi.

Avant d’être élue à la vice-présidence de l’exécutif national, avant-même de présenter ma propre candidature, je souhaitais qu’il y ait une plus grande présence de membres des communautés culturelles. J’ai été très flattée, par la suite, qu’on m’approche pour me suggérer de me présenter. Une des raisons qui m’a poussée à le faire est une cause qui me tient à coeur, soit la promotion des enjeux agricoles au Québec. Venant d’un milieu très agricole, je tenais à amener cette couleur au sein de l’exécutif national du parti qui est, rappelons-le, le plus grand défenseur de la souveraineté alimentaire du Québec! Pouvoir ajouter ma contribution à cette équipe formidable et énergique, élue en 2017 lors du congrès national, me motive grandement. Surtout avec toutes les femmes de calibre qui y œuvrent. On peut penser à l’audace du tandem Lisée-Hivon, mais aussi à la belle énergie d’une jeune mère comme Gabrielle Lemieux, sans oublier le courage de Diane Lamarre qui tient tête au Ministre Barrette.
Elles sont nombreuses à donner l’exemple, à continuer d’ouvrir la voie pour les femmes en politique.

J’ai toujours cru que le pire ennemi du Parti Québécois n’était pas un autre parti politique. Notre pire ennemi, celui qui a causé notre défaite en bonne partie, c’est l’absentéisme électoral! À force de militer, non seulement dans un parti politique, mais à travers plusieurs organismes de la société civile, j’ai réalisé qu’il existe une façon de contrer ce cynisme. Ça passe par nous, les membres qui sont sur le terrain : il s’agit de parler aux gens non seulement au sein de nos cercles souverainistes, mais partout dans nos réseaux, qu’ils soient professionnels ou familiaux. Ne pas parler avec comme objectif premier de convaincre les gens de voter pour nous ou de nous donner de l’argent, mais plutôt de discuter de leur histoire, de leurs intérêts, de leurs causes. En faisant ça, bien souvent, ces personnes que nous rencontrons et pour qui nous portons un intérêt se joindront d’elles-mêmes à notre mouvement.

Par exemple, Gabrielle Lemieux, la présidente du Parti Québécois, porte son implication non seulement dans les milieux politiques mais même à travers son milieu professionnel du domaine de la santé. Aussi, dans l’exécutif de la circonscription de Saint-Hyacinthe, où je milite, nous avons une gestionnaire de bibliothèque, un agriculteur et des gens de plusieurs domaines qui nous permettent d’avoir une perspective très concrète de la réalité de nos concitoyens. C’est en élargissant notre vision du militantisme qu’on peut, humblement, tenter de faire reculer le cynisme.

Un autre élément qui a évolué depuis l’époque où mes parents s’impliquaient en politique est la répartition entre les hommes et les femmes. Il reste encore beaucoup de travail à faire de ce côté, mais de nos jours les hommes prennent plus les responsabilités parentales qu’auparavant ce qui facilite l’engagement politique des femmes. D’un autre côté, on vient de connaître trois années d’austérité qui ont touché durement et directement les femmes, contribuant à diminuer l’envie de plusieurs de se lancer dans l’arène politique.

La génération « X » à laquelle j’appartiens semble particulièrement désillusionnée. L’austérité libérale a touché directement les parents et les travailleurs de cette génération. Les services de l’État ont été affectés et les gens le remarquent, ils ont l’impression que le secteur public n’est pas efficace qu’il n’est pas réellement à leur service. Ces gens-là sont déçus des milieux politiques et ne croient bien souvent plus au militantisme dans un parti. Il est de notre responsabilité, au Parti Québécois de leur redonner un État fort au service des gens. C’est d’ailleurs bien au coeur de notre programme. Qu’il s’agisse du retour du tarif unique en CPE, du gel du salaire des médecins ou de la gratuité du matériel scolaire, ce sont toutes des mesures progressistes qui remettent de l’argent dans les poches des familles de ma génération. Ce n’est pas en baissant les impôts qu’on va améliorer nos services publics et qu’on va améliorer l’efficacité de l’État!

Au final, on a beau parler de notre volonté de changer les choses, d’améliorer les conditions de vie de nos concitoyens ou de lutter contre les inégalités, un fait demeure. Tant que le Québec ne sera pas un État indépendant, nous ne disposerons pas de tous les moyens pour prendre soin de notre monde et pour que la seule société de langue française en Amérique du Nord atteigne son plein potentiel. C’est pour ça que, comme les milliers d’autres militants souverainistes partout au Québec, je retourne jour après jour sur le terrain pour faire avancer notre beau projet. C’est ce qu’il faut se dire sans arrêt : c’est à nous de jouer!

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