Allocution à la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, le mardi 28 août 2012

Pauline Marois

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mercredi 29 août, 2012
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Nous sommes à huit jours d’un vote crucial qui mettra en place une nouvelle équipe à la tête du gouvernement. Pour Montréal et pour toutes les régions du Québec, ce vote sera déterminant.

Je considère qu’une personne qui aspire à devenir premier ministre doit aller à la rencontre des Québécois partout où ils sont. Dans cette campagne, j’aurai visité toutes les régions du Québec. C’est donc tout naturel pour moi d’être ici aujourd’hui pour vous exposer ma vision de l’avenir économique du Québec et de la région de Montréal. Je suis très heureuse d’avoir cette occasion.

Merci de m’accueillir.

Je vais d’abord vous parler de finances publiques. J’ai été ministre des Finances et aussi présidente du Conseil du trésor. Après mon budget de 2001, il s’est créé plus d’emplois en un an au Québec que dans tout le dernier mandat du gouvernement libéral. Le taux d’emploi a atteint le taux record de 69 %. J’ai réduit les impôts et j’ai réussi à faire un paiement de 500 millions de dollars sur la dette. J’ai la ferme intention de continuer dans cette voie responsable et rigoureuse.

Cela veut dire réduire l’endettement du Québec en effectuant des paiements sur la dette et en réduisant le niveau des emprunts de l’État. Cela veut aussi dire que nous allons contrôler nos dépenses.

Globalement, notre objectif consiste à limiter la croissance des dépenses de l’État à 2,4 %. Cela veut dire qu’on va gérer de façon très serrée pour atteindre l’équilibre budgétaire. C’est un objectif très exigeant, mais j’en ai vu d’autres. Par exemple, le déficit zéro auquel j’ai participé dans le gouvernement de Lucien Bouchard.

À l’époque, les dépenses ont subi une croissance négative. Je me suis fait beaucoup reprocher le déficit zéro depuis 15 ans, mais je n’ai jamais renié ces décisions qui ont demandé beaucoup de courage.

M. Legault, qui répète ce mot à toutes les deux phrases, ne manque jamais une occasion de renier le déficit zéro du gouvernement Bouchard. Cette attitude manque cruellement de courage. Pour François Legault, le courage c’est un mot, un slogan. Pour moi, c’est une réalité.

Voilà pour les dépenses : une croissance limitée à 2,4 % par année.

En matière de revenus, il y aura deux changements. Un nouveau régime de redevances minières inspiré de ce qui se fait dans plusieurs pays, comme l’Australie. Ce nouveau régime prévoit une redevance minimum liée à la valeur du minerai extrait et un impôt sur les profits excédentaires. La valeur des redevances accompagnera donc le prix du minerai sur les marchés mondiaux.

L’autre changement, c’est d’abolir la taxe santé en déplaçant les sources de revenus. On va demander aux contribuables qui gagnent 130 000 dollars et plus de faire un effort supplémentaire. On ne parle pas ici du revenu familial mais bien individuel.

Je signale que ce nouveau palier d’imposition restera moins élevé que celui d’Ottawa et à ce que je sache, personne n’accuse Stephen Harper de s’attaquer aux riches.

Les gains en capital seront imposés à hauteur de 75 % au lieu de 50 %. Je ne m’en suis jamais cachée et je vous le redis très ouvertement. On va nous le reprocher dans certains milieux, mais il n’y a pas de cachette.

Du côté de M. Legault, je vous montrerai un peu plus tard qu’il a bien des petits secrets inavouables et pas juste des études... J’ai fait le choix d’aider les familles de la classe moyenne et je veux gouverner avec un sens aigu de la justice fiscale.

En ce qui a trait à la fiscalité des entreprises, nous allons revenir à la philosophie qui a si bien servi Montréal et le Québec sous le gouvernement du Parti Québécois. Dans les années 90, nous avons déployé une stratégie claire en soutenant des secteurs de pointe avec des investissements importants et des emplois payants : l’aéronautique, le multimédia, l’électronique et les sciences de la vie.

On l’a fait en particulier avec des mesures fiscales qui ont très bien fonctionné. Nous allons revenir avec cette vision des choses. En résumé, un gouvernement du Parti Québécois va garder un contrôle serré des dépenses publiques pour conserver un budget équilibré et n’augmentera pas le fardeau fiscal des entreprises. Maintenant, je vais vous surprendre. Alors que je surveillais la CAQ dans le rétroviseur de droite, figurez-vous que je me suis fait dépasser à gauche...

D’abord, M. Legault prévoit des dépenses supplémentaires de 3,6 milliards de dollars par année à terme. C’est presque quatre fois plus de dépenses que nous. Plus étonnant, M. Legault veut faire passer l’inclusion des gains en capital de 50 à 100 %. Je sais que c’est difficile à croire, mais vous pourrez vérifier à la page 4 de son cadre financier.

La totalité des dépenses fiscales de 416 millions liées aux gains en capital est soustraite. C’est une ponction deux fois plus importante que la nôtre. Ce matin, ils ont tenté de se justifier en disant que c’était 75 % comme le Parti Québécois, mais qu’ils allaient aussi imposer davantage les gains en capital des entreprises... Première nouvelle pour moi et sans doute pour toutes les entreprises québécoises.

M. Legault doit clarifier les choses aujourd’hui et nous dire où exactement il a l’intention de prendre ces 416 millions : dans la poche des particuliers ou dans celle des PME? Ce qu’on sait, c’est que la CAQ veut abolir les mesures fiscales pour les secteurs de pointe :

• 760 millions en recherche et développement; • 233 millions pour le développement des affaires électroniques; • 113 millions pour le multimédia.

Tous ces crédits d’impôt qui ont fait le succès économique de Montréal, la CAQ veut les faire disparaître.

Pour les PME, c’est encore pire. M. Legault voudrait abolir le taux réduit d’imposition. On parle de 468 millions de dollars en fardeau supplémentaire pour nos petites et moyennes entreprises. En tout, c’est 2 milliards en crédits d’impôt aux entreprises que la CAQ veut éliminer. Il veut prendre cet argent et le confier à Investissement Québec qui le distribuerait ensuite de façon discrétionnaire, au cas par cas.

J’ai rencontré des centaines de chefs d’entreprise et jamais je ne vous ai entendus me faire une telle demande. Au contraire, vous demandez le climat d’affaires le plus compétitif possible sans avoir à défendre vos projets d’investissement au cas par cas, sans être à la merci de décisions arbitraires.

Nous sommes donc devant deux visions complètement opposées de la gestion des finances publiques et de la fiscalité des entreprises. M. Legault multiplie les promesses et les dépenses et il considère qu’il sait mieux que les dirigeants d’entreprise ou les entrepreneurs ce qui est bon pour eux.

Je crois au contraire que l’État doit travailler avec les gens d’affaires et les entrepreneurs pour maximiser les politiques fiscales et vous aider à enrichir durablement le Québec.

Voilà pour les finances publiques et la fiscalité.

L’économie maintenant. Dans cette campagne, il y a un immense éléphant dans la pièce. C’est notre déficit commercial de 25 milliards de dollars par année. Tous les autres partis font comme s’il n’existait pas. Pourtant, on parle de 66 millions de dollars par jour qui sortent de chez nous pour créer des emplois et de la richesse à l’étranger.

Cela représente une proportion énorme de plus de 7 % de notre PIB. On parle souvent du déficit commercial des États-Unis qui en inquiète plus d’un. À 3,5 % du PIB, il est deux fois moins important que le nôtre. C’est à mon sens le plus grand de nos défis économiques. Nous devons absolument réduire ce déficit et viser à l’éliminer. C’est la condition sine qua non de notre enrichissement.

Comment faire?

Nous proposons d’y arriver de diverses façons :

• en soutenant les secteurs de pointe qui exportent ce qui est produit ici; • par l’indépendance énergétique; • en investissant dans les transports en commun; • avec une politique de souveraineté alimentaire; • en gardant chez nous nos fleurons et leurs sièges sociaux; • en soutenant nos PME; • en misant sur la recherche et le développement.

Je reviendrai sur les secteurs de pointe, mais disons d’abord que le soutien le plus puissant de l’État c’est justement les crédits d’impôt de 2 milliards que la CAQ veut faire disparaître.

Il ne faut surtout pas faire ça, un gouvernement du Parti Québécois va les garder.

L’indépendance énergétique, maintenant. L’an dernier nous avons importé du pétrole brut pour une valeur de 12 milliards de dollars. C’est presque la moitié de notre déficit commercial. Nous devons remplacer ces importations de pétrole par des sources d’énergie produite chez nous.

Ça prendra du temps, mais on doit le faire. Nous avons beaucoup d’hydro-électricité, nous avons de l’énergie éolienne, solaire, la biomasse et un potentiel pétrolier. Nous avons les sources d’énergie et il s’agit de voir comment nous pourrons les substituer au pétrole importé.

Un gouvernement du Parti Québécois va donc adopter une nouvelle stratégie énergétique. On peut imaginer les résultats si par exemple nos importations étaient diminuées de moitié sur la base de l’année 2011 : il y aurait eu une injection de 6 milliards de dollars dans notre économie. C’est énorme.

Une des façons d’y arriver consiste à miser sur nos forces. Le transport en commun en est une. Nous fabriquons des autobus, des voitures de train et tous nos investissements dans le transport en commun se font chez nous.

Un bon système de transport permet d’accroître la productivité des personnes et le mouvement des marchandises. Cela accroît notre attractivité aussi.

Comme je l’ai mentionné, un gouvernement du Parti Québécois va remettre de l’ordre et des priorités dans les travaux d’infrastructures. Nous pourrons utiliser une partie des immobilisations déjà inscrites au budget pour investir davantage dans le transport collectif.

Voilà une belle façon de nous enrichir.

Je veux également qu’un gouvernement du Parti Québécois adopte une politique de souveraineté alimentaire. En 25 ans, la proportion des aliments consommés issus du Québec a chuté de 45 %.

En 1985, les quatre cinquièmes des aliments consommés par les Québécois provenaient du Québec. Aujourd’hui, c’est seulement le tiers. Il faut changer ça. Si chaque consommateur du Québec achetait 30 dollars de plus d’aliments d’ici par année, les ventes gonfleraient de 1 milliard de dollars en cinq ans. À 90 dollars par année, ce serait 3 milliards de dollars de plus qui demeureraient chez nous pour créer de la richesse ici.

Si j’étais Jean Charest ce serait plus simple : je dirais aux Québécois de rajouter 50 cents par jour...

Je me suis aussi engagée à ce que la Caisse de dépôt et placement crée un fonds stratégique de 10 milliards pour garder nos entreprises et nos sièges sociaux chez nous. On a encore quelques exemples récents de nos fleurons qui risquent de disparaître.

Rona par exemple fait l’objet d’une offre d’achat hostile. Ce serait à mon avis très dommageable de perdre le contrôle de cette entreprise, de perdre un siège social et de mettre en péril les ventes des fournisseurs québécois de Rona. Si acheter Rona est bon pour les Américains, pourquoi ce ne serait pas bon pour le Québec?

Tous les pays du monde prennent des mesures pour garder le contrôle de leurs entreprises stratégiques. Même le très conservateur gouvernement de Stephen Harper a bloqué la transaction impliquant PotashCorp en Saskatchewan. Le gouvernement fédéral a pu le faire en opposant son veto, tout simplement.

Le Québec pourrait en faire autant s’il était un pays souverain. Ce serait beaucoup plus facile, mais ce n’est pas une raison pour rester les bras croisés. Je veux bien que le Québec se lance à la conquête du monde et joue le jeu du libre-échange. On est capable de tirer notre épingle du jeu. On l’a prouvé, mais ne soyons pas naïfs et prenons les moyens pour jouer à armes égales, soyons vigilants.

On ne voudrait pas, par exemple, perdre un de nos fleurons parce qu’un membre de la direction déciderait de vendre son bloc d’actions sans le dire à ses associés...

M. Leblanc parle souvent des 16 grands sièges sociaux perdus à Montréal depuis 10 ans. Pour freiner cet exode, nous proposons de revoir la Loi sur les sociétés par actions pour faire deux choses : préciser le rôle des administrateurs et dans un deuxième temps renforcer leur pouvoir.

Les administrateurs doivent évidemment agir dans l’intérêt des actionnaires, mais considérer aussi les intérêts plus larges de l’entreprise, comme ses employés et ses fournisseurs. Nous voulons renforcer le rôle des administrateurs pour rendre beaucoup plus difficiles les offres d’achat hostiles, comme cela se fait dans plusieurs États américains qui font davantage respecter les décisions des conseils d’administration, par exemple en Pennsylvanie.

Si nous voulons garder le contrôle de notre économie, on doit s’en donner les moyens. C’est ce que nous allons faire!

Le fonds stratégique aura aussi pour mandat de soutenir des secteurs vitaux pour notre avenir économique. Je veux développer une nouvelle filière industrielle porteuse d’avenir : celle des transports propres. On a tous les éléments au Québec et dans la région de Montréal : l’énergie propre, la fabrication de matériel de transport, la technologie et notre grande capacité d’innovation.

Il ne faut pas délaisser les secteurs qui connaissent des difficultés et qui demeurent névralgiques.

Malgré les mauvaises nouvelles des derniers mois, le Québec demeure un pôle important de la recherche dans le domaine des sciences de la vie. Il est hors de question que le Québec perde pied dans ce secteur de notre économie. Alors que se poursuivent les négociations de libre-échange avec l’Europe, le gouvernement fédéral doit en être bien conscient.

Pour nous, le secteur des sciences de la vie continuera d’être très important, d’autant plus que nous pourrons miser sur deux hôpitaux universitaires à la fine pointe de la technologie. Ça nous aura coûté assez cher, arrangeons-nous pour que ce soit rentable!

Il y a nos fleurons, nos PME et nos entrepreneurs. J’ai annoncé qu’un gouvernement du Parti Québécois allait créer la Banque de développement économique du Québec. Il ne s’agit pas d’ajouter un organisme de plus. C’est le contraire : nous allons diminuer leur nombre en créant un guichet unique de tous nos services d’investissements et de soutien aux PME.

Nous allons aussi demander au gouvernement fédéral de nous céder les budgets de développement économique spécifiques au Québec pour offrir un guichet véritablement unique. Vous le savez, les PME c’est très important dans l’économie québécoise, d’autant que nos fleurons de demain sont les PME d’aujourd’hui.

Même chose pour nos entrepreneurs. On va leur offrir un guichet unique et rajouter du capital patient aux mesures de soutien fiscal qui existent déjà.

Voilà donc l’essentiel de notre programme économique :

• réduire puis éliminer le déficit commercial qui menace notre économie; • investissements accrus dans les transports en commun; • politique de souveraineté alimentaire; • garder nos fleurons et nos sièges sociaux chez nous; • soutenir nos PME et nos entrepreneurs; • miser sur la recherche et le développement.

Il y a là une véritable vision à long terme pour enrichir le Québec et Montréal durablement.

Dernier élément de notre programme qui n’est pas d’abord de nature économique, mais qui y participe : la culture. Nous avons prévu donner un bon coup de main au secteur culturel par diverses mesures. Par exemple, un soutien financier accru pour les tournées à l’étranger qui permettent à nos artistes, et du même coup au Québec et à Montréal, de rayonner dans le monde. Nous appuierons aussi davantage le Conseil des arts et des lettres, ainsi que la SODEC. Nous mènerons à terme tous les projets culturels déjà inscrits dans le cadre budgétaire du gouvernement.

La culture, c’est très important pour la nation québécoise et aussi pour notre économie, notre rayonnement et notre fierté. On parle quand même de 97 000 emplois et des retombées de 12 milliards de dollars. C’est très important pour Montréal. Tout le secteur pourra compter sur notre appui sans faille.

Les propositions économiques de la CAQ sont différentes. Je n’ai jamais entendu M. Legault parler du déficit commercial, ce qui m’inquiète.

En matière de transports en commun, il a décidé d’agir contre le consensus qui a été patiemment forgé dans toute la région de Montréal. Tout le monde s’entend sur le plan de transport mais lui, il veut tout refaire à sa tête. Il veut aussi rejouer dans les structures de gouvernance à Montréal.

Notre façon de voir les choses est complètement à l’opposé. Moi, je veux travailler avec les gens, pas contre eux.

Le Plan de transport de Montréal, on va le mettre en œuvre. Au lieu de multiplier les crises, on va aller chercher des résultats rapides et concrets pour Montréal!

Un gouvernement du Parti Québécois va créer un comité ministériel et il y aura un ministre responsable de Montréal. Je prends un engagement devant vous aujourd’hui : nous, Montréal, on va s’en occuper.

En conclusion vous me permettrez de revenir sur les élections qui auront lieu dans huit jours. Ces élections sont très importantes.

Dans huit jours ce sera à nous, ce sera à vous de choisir. M. Charest dirige un vieux gouvernement fatigué et usé. M. Legault veut mettre le trouble absolument partout et multiplier les crises.

Moi, je veux ramener la paix, remettre de l’ordre et obtenir des résultats pour les Québécois. Je veux que Montréal soit une vitrine internationale pour le Québec. Je veux que le français soit vu comme un atout, la culture comme une grande force.

Je pense à des entreprises comme Moment Factory qui nous rendent fiers. Je pense aux avions que nous construisons, aux médicaments que nous inventons, aux jeux vidéo que nous concevons et que nous exportons dans le monde entier.

Ce que je veux pour le Québec et pour Montréal, c’est nous affirmer, nous entraider et nous enrichir.

Je souhaite que Montréal redevienne la métropole d’un pays riche, libre et indépendant. Merci.

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