Accord Canada-UE - Les fromagers québécois doivent être pleinement compensés
mardi 13 juin, 2017
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Québec – Accompagnés de représentants de l’Association des fromagers artisans du Québec, le chef de l’opposition officielle, Jean-François Lisée, le porte-parole en matière d’agriculture et d’alimentation, André Villeneuve, le porte-parole en matière de relations internationales, Stéphane Bergeron, et le porte-parole en matière d’économie, Alain Therrien, ont annoncé qu’ils déposeront un amendement, aujourd’hui, lors du débat sur l’Accord économique et commercial global (AECG) entre le Canada et l’Union européenne (UE). Cet amendement vise à reporter de 6 mois l’approbation de l’Accord par l’Assemblée nationale, le temps, pour le gouvernement fédéral, de remplir son engagement de compenser pleinement les producteurs et fromagers québécois.

EN BREF

  • L’opposition officielle tend la main au gouvernement libéral et propose de donner au moins 6 mois à nos fromagers pour négocier la pleine compensation promise avec le fédéral; elle déposera un amendement en ce sens.
  • L’opposition officielle est en faveur de l’AECG, mais pas de son approbation naïve.
  • L’impact pour toute l’industrie est estimé à 1,5 G$; une compensation de 350 M$ sur 5 ans est insuffisante.

« Il est important de le répéter : nous sommes convaincus que l’AECG va profiter à nos PME exportatrices partout au Québec. Nous ne sommes toutefois pas pour l’approbation naïve. Dans la négociation, le gouvernement canadien a favorisé l’Ouest et fait payer le Québec. Le gouvernement du Parti Québécois avait obtenu la garantie formelle du gouvernement Harper que les producteurs recevraient une pleine compensation. Nous demandons au gouvernement Trudeau de remplir cet engagement; il doit en venir à une entente avec les fromagers sur la compensation financière et les contingents d’importation. Sur ces enjeux, comme sur plusieurs autres, le gouvernement fédéral n’est pas sensible à la réalité du Québec. De son côté, le gouvernement de Philippe Couillard n’est ni craint ni respecté à Ottawa. Il ne fait qu’exprimer sa déception. Son seul levier est de suspendre son accord jusqu’à ce qu’Ottawa répare ses dégâts », a indiqué Jean-François Lisée.

« Nous sommes fiers de nos fromages fins, qui représentent 60 % de toute la production canadienne. Le Québec est donc le plus touché; pour nos fromagers, nous parlons d’une perte estimée à 1,5 G$. La compensation proposée, 350 M$, est insuffisante. Par ailleurs, nous n’avons toujours pas les détails quant à la distribution de cette somme. Rien ne garantit que les joueurs industriels n’auront pas la part du lion, ne laissant que des miettes aux fromagers artisans. Or, nous devons mettre tout en œuvre afin de soutenir cet important secteur économique », a ajouté André Villeneuve.

Rappelons qu’en vertu de cette entente, 17 700 tonnes supplémentaires de fromages fins européens entreront au Canada, une concession représentant environ 4 % du marché. « L’accès au marché européen constitue évidemment une bonne chose pour nos entreprises exportatrices, mais à quel prix! Les Européens ont déjà droit aux deux tiers des 20 400 tonnes de fromage importé annuellement. Cette quantité additionnelle viendra couper directement les parts de marché des producteurs locaux, qui sont principalement Québécois. L’option d’octroyer les contingents d’importation aux producteurs plutôt qu’à des tiers ou aux détaillants permettrait d’atténuer l’impact des 17 700 tonnes supplémentaires. Au lieu de cannibaliser le marché, les revenus de l’importation pourraient être utilisés pour réinvestir dans l’industrie fromagère québécoise, notamment dans la promotion ou la recherche, par exemple », a illustré Stéphane Bergeron. 

« On estime que les fromagers du Québec perdront 150 M$ par année; une compensation de 100 M$ sur 4 ans est donc nettement insuffisante. Nous avons encore du temps : nous pouvons toujours demander au fédéral de bonifier la compensation. Et nous pouvons, surtout, insister auprès du gouvernement du Québec afin qu’il réagisse fortement et appuie les producteurs d’ici. Six mois, c’est un délai raisonnable; nous sommes en faveur de l’AECG mais, si le gouvernement libéral persiste à nous demander de l’approuver aujourd’hui, nous allons nous abstenir », a conclu Alain Therrien.