Communiqué 
-  10 novembre 2013

Notes pour une allocution de la chef du Parti Québécois, Pauline Marois, à l'occasion de la clôture du conseil national du Parti Québécois

La version prononcée fait foi.

Quelle belle fin de semaine nous avons eue!

Deux jours pendant lesquels je vous ai vus comme je vous connais, militants du Parti Québécois.

Je vous ai vus studieux, animés de cette curiosité qui vous caractérise. Je vous ai vus désireux d’en apprendre davantage, d’échanger sur vos idées. Je vous ai vus passionnés. Cette passion, c’est la passion du Québec!

Oui, nous avons la passion du Québec. Nous l’aimons tellement, ce territoire immense, nous aimons tellement les gens qui y vivent, que nous caressons pour eux un très grand rêve. Nous voulons que le Québec soit un pays libre et indépendant!

René Lévesque disait qu’on verrait bientôt un nouveau pays apparaître sur la carte.

De fait, si le Québec était un pays, il serait le 18e plus grand du monde. Il serait toujours doté d’un territoire riche en ressources et d’une population parmi les plus scolarisées et les plus créatives du monde.

Il y a onze jours, le 30 octobre dernier, c’était le 18e anniversaire du référendum de 1995. Dix-huit ans depuis que les Québécois auraient pu se dire Oui.

Vous l’avez vu hier avec la présentation de Marcel Leblanc. Le Québec a encore plus les moyens de devenir un pays aujourd’hui qu’en 1995.

  • Le poids de notre dette est moins élevé.
  • Notre cote de crédit s’est améliorée.
  • Notre solde budgétaire également.
  • Les Québécois sont individuellement plus riches.
  • La pauvreté a reculé aussi.
  • Jamais le Québec n’a compté aussi peu de familles sans emploi ou vivant de l’aide sociale.

Bref, nous sommes collectivement plus riches.

Et vous avez sans doute remarqué que la majeure partie de ces avancées sont survenues sous un gouvernement du Parti Québécois.

C’est ça, renforcer le Québec pour en faire un pays!

Si le Québec était un pays, il serait au 19e rang de l’OCDE au chapitre du produit intérieur brut par habitant. C’est un niveau comparable au Royaume-Uni, à la France ou au Japon.

Nous serions 9es quant à la proportion de notre population qui occupe un emploi.

Écoutez, il n’y a pas que moi qui le dis. Jean Charest l’a aussi reconnu à Paris, en 2006 : le Québec a les moyens de devenir souverain!

Moi, je vais plus loin. Je suis convaincue que le Québec aurait pas mal plus de moyens s’il était indépendant.

Vous êtes sans doute nombreux ici à avoir lu l’ouvrage « Un gouvernement de trop », de Stéphane Gobeil. Dans son livre, il présente une analyse minutieuse des comptes publics du Canada, pour vérifier si le Québec en a pour son argent dans la fédération. Sa réponse, c’est que ça nous coûte pas mal cher, de rester dans le Canada.

Rester dans le Canada, ça veut dire continuer à financer un État qui dépense plus chez notre voisin et principal concurrent que dans toutes les autres provinces réunies. En effet, c’est en Ontario que le gouvernement fédéral concentre ses ministères, ses agences et ses centres de recherche. Autant d’organisations qui dépensent en salaires, en biens et en services.

Quand Ottawa investit 10 milliards pour l’industrie de l’auto, il y a 2 milliards qui viennent du Québec. Quand Ottawa donne des contrats de 25 milliards pour la construction de navires à Halifax, 5 milliards viennent de chez nous.

Moi, je dis qu’on serait mieux de garder nos impôts au Québec et de faire nos propres choix, selon nos priorités!

J’entends parfois des gens dire que c’est risqué de faire la souveraineté. Moi, je pense que c’est de rester dans le Canada qui est risqué. C’est risqué d’être soumis aux décisions d’Ottawa. C’est risqué de demeurer dans un pays qui évolue dans une direction opposée à la nôtre.

Ce n’est pas seulement une question d’argent. C’est une question de valeurs. Les exemples sont nombreux.

  • Est-ce qu’on veut laisser Ottawa envoyer nos jeunes en prison?
  • Est-ce qu’on veut les laisser détruire les données du registre des armes à feu, alors que Stéphane Bergeron a recueilli un consensus pour en établir un au Québec?
  • Est-ce que vous pensez qu’on est mieux représenté dans les grandes conférences internationales sur le climat par des conservateurs ou par Yves-François Blanchet?

J’entends parfois des gens dire que les souverainistes parlent trop de constitution et ne s’occupent pas assez d’économie. Vous voulez que je vous en parle, de l’économie? Vous voulez que je vous parle de la volonté du fédéral de créer une commission des valeurs mobilières? Vous voulez que je vous parle de l’effet de leurs décisions dans le dossier de l’assurance-emploi sur l’économie de nos régions?

Quand le gouvernement fédéral se réapproprie la formation de la main-d’œuvre, ça concerne l’économie. Quand le fédéral se traîne les pieds pour remplacer le pont Champlain, principal accès à notre métropole, ça concerne l’économie.

Quand on parle de constitution, on parle d’économie!

La liberté du Québec, c’est une autre chose qui dérange le gouvernement fédéral. De quel droit se mêle-t-il de nos propres choix? Il se permet même une action judiciaire qui vise à nier le droit de la nation québécoise à disposer de son avenir.

Pourtant, tout le monde s’entend là-dessus, au Québec. La démocratie, c’est 50 % + 1!!!

J’aimerais que tous les chefs de parti du Québec se montrent aussi solidaires lorsque vient le temps de défendre nos valeurs.

  • Quand Justin Trudeau, le chef du grand frère fédéral du Parti libéral du Québec, promet de contester la charte, Philippe Couillard appuie.
  • Quand le Parti conservateur, le grand frère fédéral de la CAQ, propose la même chose, François Legault se cache.
  • Quand le NPD, le grand frère fédéral de Québec solidaire, se joint au mouvement, Françoise David s’abstient.

À l’Assemblée nationale, il n’y a que le Parti Québécois qui défend les intérêts du Québec!

Oui, on va défendre le Québec.

Avec Alexandre Cloutier, votre ministre des Affaires intergouvernementales et de la Gouvernance souverainiste, nous sommes à l’offensive. Nous agissons sur tous les fronts.

Plus tôt cette année, nous avons créé la Commission nationale d’examen sur l’assurance-emploi.

Nous n’hésitons pas non plus, lorsque ça sert nos intérêts mutuels, à nous concerter avec les autres provinces, comme nous l’avons fait en matière de sécurité des transports et dans le dossier de la main-d’œuvre.

On a vu également que Stephen Harper a choisi de nommer à la Cour suprême un juge de la Cour fédérale, plutôt qu’un juge provenant des cours du Québec.

Nous allons utiliser tous les recours que nous avons pour défendre nos prérogatives.

On talonne le gouvernement fédéral pour qu’il s’active dans le dossier du pont Champlain.

C’est le pont le plus fréquenté au Canada et il a été négligé trop longtemps par Ottawa.

Nous allons continuer d’exiger qu’il soit aménagé pour recevoir notre système de transport léger sur rail, une solution innovatrice de mobilité électrique.

Et, surtout, nous refusons que le fédéral fasse payer au Québec le prix de sa propre inaction. Ottawa doit se montrer équitable envers les Québécois.

Nous n’accepterons pas que le fédéral nous impose un péage sur le nouveau pont!

Vous voyez, les conflits entre Ottawa et Québec, ils sont très nombreux et nous coûtent cher. Pas seulement en argent, en énergie aussi.

Depuis la confédération, combien de temps avons-nous perdu en rondes constitutionnelles, en rencontres fédérales-provinciales, en réunions de fonctionnaires?

Mes amis, le jour où il n’y aura plus de conflits entre le Canada et le Québec, on risque de ne pas le voir de notre vivant. Sauf si on fait le choix qui s’impose. Si on choisit d’en finir avec la chicane et de nous tourner vers l’avenir.

J’ai toujours eu la conviction que les nations québécoise et canadienne s’entendraient mieux si elles étaient deux pays amis plutôt que deux gouvernements rivaux.

La seule solution aux conflits Québec-Ottawa, c’est de choisir de se donner un pays!

C’est notre vision, au Parti Québécois. C’est le projet qui fonde notre engagement politique.

Je suis tout à fait consciente qu’il nous reste du travail à faire pour convaincre nos concitoyens de faire le choix de la souveraineté. Nous y travaillons tous les jours.

Mais il y a une autre chose dont je suis certaine. C’est qu’il y a beaucoup plus de gens au Québec qui se reconnaissent dans notre projet souverainiste que dans le fédéralisme inconditionnel de Philippe Couillard!

Philippe Couillard a adopté la stratégie constitutionnelle de Jean Charest. Une stratégie qui assure que le Québec ne se fasse jamais répondre non, à aucune de ses demandes. Cette stratégie est simple : ça consiste à ne jamais rien demander!

C’est le fédéralisme passif. C’est le fédéralisme de la renonciation.

Quand le fédéral s’en prend aux fonds de travailleurs, Philippe Couillard se tait. Sur la réforme du Sénat, il se cache. Il se dit même d’accord avec l’idée de laisser la perception de nos impôts au fédéral, en autant que ce soit Québec qui gère le formulaire.

C’est d’une mollesse… D’une mollesse radicale!

Nous, notre seule loyauté, elle est connue. Elle va au peuple du Québec.

Le projet que nous lui offrons, c’est de

  • cesser d’être une province pas comme les autres pour devenir un pays comme les autres;
  • de rompre avec la monarchie pour définir nos propres institutions;
  • d’en finir avec le multiculturalisme et de choisir le « mieuxvivre-ensemble ».

Oui, mes amis, c’est la route sur laquelle nous marchons. Celle de l’audace.

Nous avons les moyens de le faire.

Nous pouvons faire tout ça, à une condition. Celle de nous dire Oui!

C’est à ça que nous nous consacrons, chaque jour, au gouvernement.

Quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons dû réparer le Québec. Maintenant, nous renforçons le Québec pour donner confiance aux Québécois. Nous nous donnons les moyens de nos ambitions.

Avec votre travail, avec celui de toute l’équipe du gouvernement du Parti Québécois, nous y arriverons. Au prochain rendez-vous électoral, nous serons majoritaires!

Et, à ce moment-là, nous le verrons enfin apparaître, le pays du Québec.

Ce pays, ce sera le nôtre.

Un pays plus libre. Un pays plus accueillant. Un pays plus fier. Un pays indépendant.

Je vous remercie!