Nouvelle 
-  7 juin 2014

Dernier discours de Pauline Marois en tant que chef du Parti Québécois (notes d'allocution)

Voici le dernier discours prononcé par Pauline Marois en tant que chef du Parti Québécois.

Allocution prononcée à l'occasion de la conférence nationale des présidentes et présidents à Drummondville.


La version prononcée fait foi.

Chères militantes, Chers militants,

Moi aussi, je suis bien contente de vous retrouver!

Depuis quelques semaines, vous vous en doutez, j’ai pris le temps de me consacrer à ce qu’il y a de plus important dans chacune de nos vies : passer du temps avec nos proches, en famille; discuter avec nos enfants; s'amuser avec nos petits-enfants, pour ceux qui ont le bonheur d'être grands-parents.

Ça fait du bien à l’âme et ça nous rappelle pourquoi nous voulons changer le monde. Pourquoi nous voulons bâtir un pays qui permettra à tous ceux qu'on aime de s’épanouir, d'être maîtres de leur destinée.

Je ne vous le cache pas, j’ai vraiment apprécié ce moment de recul. Il m’était essentiel. Je m'étais promis de faire une transition ordonnée, je me devais de laisser les choses se tasser.

C'est aujourd'hui que je quitte la direction du Parti Québécois.

Je vous le dis tout de suite, je ne serai pas un beau-père. Je serai attentive, bien sûr, toujours disponible, à l'écoute, mais discrète. C'est à votre tour, maintenant.

Aujourd’hui, je veux d’abord vous rendre un hommage sincère. Sans votre engagement constant, sans votre ferveur, votre militantisme, sans votre générosité, jamais le Parti Québécois n’aurait pu faire tout ce qu'il a accompli jusqu'ici. Vous êtes l’âme d’un grand parti, le cœur d’une institution dont vous pouvez être fiers.

Imaginez ce que serait le Québec sans le Parti Québécois. Notre culture, notre langue, notre territoire, notre économie, nos famille : dans tous les domaines, nous avons permis au Québec de progresser.

Au fil de notre histoire, nous avons agi avec force et fermeté pour renforcer le Québec, pour lui permettre d’avancer. Et vous savez ce qui a motivé le Parti Québécois à en faire autant, depuis sa fondation?

C'est que nous partageons une certaine idée du Québec, cette conviction que nous formons un beau et grand peuple. C'est ce qui nous a poussés à avoir des idées aussi ambitieuses. La conviction que le Québec a tout ce qu'il faut pour être un pays!

Il nous reste encore tant à faire... Mes chers amis, le Québec a besoin du Parti Québécois, j'en ai la conviction. Et le Parti Québécois, il a besoin de vous. Il a besoin de chacune de ses militantes, de chacun de ses militants!

En vous voyant toujours aussi engagés et mobilisés aujourd'hui, je sais que nous sommes du bon côté de l’histoire. Je le sais quand je repense à tous les candidats que nous avons recrutés pour la campagne électorale. Quand je vois la fougue, la force et l'expérience de notre équipe parlementaire, dirigée avec brio par Stéphane Bédard. Il y a, dans ce parti, tous les talents et toute la détermination nécessaires pour vaincre, pour gagner, pour persévérer.

Oui, nous sommes du bon côté de l'histoire, quand je vois Martine et Léo. Quand je vois que deux grands leaders d'une mobilisation sans précédent sont avec nous et qu'ils partagent nos rêves!

Ils sont encore là. Ils nous rappellent qu'il y a deux ans, au printemps, la jeunesse du Québec a clairement exprimé sa volonté de construire une société à son image.

Les politiciens d'aujourd'hui n'ont pas le droit de bloquer les avenues de l'avenir, de fermer les chemins de leur liberté... Ce n'est pas à nous de choisir ce que feront les jeunes demain. Ce n'est pas aux firmes de sondages, ce n'est pas aux chroniqueurs ou aux éditorialistes de mettre des mots dans la bouche des jeunes, de les classer par catégories. L'avenir du Québec, ce sera aux jeunes de décider ce qu'il sera!

En ce qui nous concerne, nous sommes des souverainistes. Et, oui, le succès de notre option dépend en bonne partie de notre capacité à convaincre la jeunesse de la choisir. Si nous voulons atteindre notre but, si nous voulons l’atteindre dans le respect du peuple québécois et des générations que nous voulons mobiliser, il nous faudra entendre leurs préoccupations.

Avec vous, j'ai si souvent scandé « on veut un pays ». C'est ça, notre idéal. L’idéal des jeunes, c'est plutôt de vivre dans un pays idéal.

Pour être compris, pour être entendus, il faudra démontrer que les valeurs qui nous sont chères constituent la réponse aux préoccupations des Québécois. Qu'elles permettront à chaque citoyenne et à chaque citoyen de développer tout son potentiel. De participer pleinement aux grands mouvements et aux grands moments de l’Histoire.

C'est à vous qu'il appartiendra de trouver les mots et de poser les gestes qui permettront au Parti Québécois de reprendre l’initiative. Ce sera à vous de trouver ce qui peut encore unir les Québécois. C'est à vous, maintenant, de changer le monde.

Lorsque j'ai fait le choix de l'action politique, c'était mon ambition. Aujourd'hui, humblement, très humblement, j'espère y avoir contribué un petit peu...

Ça n'a pas toujours été facile... Il a fallu monter marche après marche. À force de traverser des plafonds de verre, on accumule quelques cicatrices au passage...

D'autres l'avaient fait avant moi, ouvrir la voie et subir le choc d'être la première. Aussi, en ayant ces pionnières en mémoire, permettez-moi de m'adresser à chacune des femmes qui se trouvent dans cette salle et, à travers elles, à toutes les Québécoises. Particulièrement, aux plus jeunes d'entre elles...

Mesdames, allez-y!

Chacune d'entre vous qui foncera, qui s'élèvera, ce sera une récompense et une satisfaction pour toutes celles qui vous auront précédées. C'est à vous de jouer maintenant, les filles!

Et à celles d'entre vous qui hésiteraient, je tiens à dire que je ne regrette rien. Je ne regrette absolument rien. Chaque critique, juste ou injuste, chaque moment de doute, chaque coup dur, ce n'est pas ce qui compte au bout de la route.

Aujourd'hui, ce à quoi je pense, c'est à tout ce que l'action politique m'a permis de réaliser. À mes débuts, je rêvais d'un pays exemplaire, d'un pays généreux. Un Québec qui donnerait la chance à chacun, mais, surtout, à chacune de faire sa place.

Je suis fière de tout ce que nous avons fait pour développer l'économie sociale. Je suis fière d'avoir offert un meilleur départ à nos tout-petits, en leur offrant des services de garde de qualité. Je suis fière d'avoir aidé tant de femmes à retourner sur le marché du travail!

C'est pour ça que j'ai fait de la politique.

Mes chers amis, nous en avons fait, du chemin, ensemble, depuis plus de trente ans. Vous m'avez fait l'honneur de me choisir comme chef en 2007. Je suis encore émue quand je pense à la confiance que vous m'avez donnée. Je suis émue, surtout, de tout ce que nous avons réalisé.

Toujours portés par notre ambition souverainiste, celle qui nous fait rêver pour le Québec. Nous avons été très proactifs, peut-être même hyperactifs. Je pense qu'en dix-huit mois, nous avons laissé au Québec un héritage d'une valeur inversement proportionnelle à la durée de vie de notre gouvernement.

Nous nous étions préparés à assumer le pouvoir. Lorsque je suis devenue chef du Parti Québécois, j'avais indiqué que je voulais remettre la social-démocratie au goût du jour. Je souhaitais que nous gardions les citoyens au cœur de nos préoccupations pour créer plus de richesse. Que la prospérité soit porteuse de générosité.

Et, à ce chapitre, nous avons livré la marchandise. Nous avons tout d'abord rétabli la paix sociale et protéger l'accessibilité aux études en bonifiant l'aide financière!

Avec notre approche solidarité, nous avons aidé les moins chanceux de notre société, nous avons aidé ceux qui les aident et nous avons préparé l'avenir. Nous avons bonifié l'aide sociale et nous avons également présenté des politiques de lutte à l'itinérance et à la violence conjugale.

Nous avons aussi mis en œuvre une vision pour le futur du Québec en redirigeant les nouveaux investissements en santé vers les soins à domicile. Nous avons donné suite à une réflexion courageuse qui a mené à l'adoption, cette semaine, de la loi sur les soins de fin de vie!!!

Jamais un gouvernement n'a fait autant en aussi peu de temps.

Sur le plan économique, nous nous sommes montrés fidèles à l'approche que le Parti Québécois a toujours mise en avant. Nous avons pensé des politiques visionnaires pour favoriser l'innovation et aider nos créateurs d'emplois à se dépasser.

Aide à la modernisation de nos entreprises; soutien aux projets à fort potentiel de croissance; une stratégie pour encourager la recherche et l'innovation; un plan pour augmenter nos exportations; et, surtout, un projet novateur, porteur de bien des possibles : l'électrification des transports!

En somme, nous avons réfléchi et agi pour faire entrer le Québec dans l'économie du futur. Une économie humaine, créative, verte.

Je pense que le nouveau gouvernement gagnerait à construire sur les bases que nous avons posées. D'ailleurs, après avoir dit le contraire en campagne, les libéraux l'ont finalement admis dans leur budget de mercredi dernier : il s'est créé, l'an dernier, 47 800 emplois au Québec!

L'approche économique moderne et sociale-démocrate du Parti Québécois, elle a donné et elle va continuer de donner des résultats!

J'espère que nous continuerons d'assumer notre adhésion au modèle québécois. Outre l'indépendance, c'est la couleur que nous amenons dans le paysage politique québécois.

Nous croyons en un gouvernement qui agit dans l'économie, mais qui souhaite soutenir plutôt que de remplacer les entrepreneurs. Nous croyons à des politiques sociales généreuses, à une approche de compassion, non pas seulement pour prendre soin de notre monde, mais pour lui permettre de s'épanouir pleinement. Nous croyons qu'il faut protéger notre environnement et que cette préoccupation peut justement être source d'enrichissement et de réussite pour nous tous.

Oui, il y a une voie entre le laisser-faire mis de l'avant par certains partis et la baguette magique proposée par d'autres. C'est le parti pris pour l'économie québécoise, le dialogue social et l'innovation portés par le Parti Québécois!

Quand je suis devenue chef, j'ai aussi dit que je voulais remettre la défense de la culture québécoise au centre de notre discours. Je parle de culture dans son sens le plus large. Comme la somme de toutes les manifestations de l'identité de notre peuple.

Je parle du travail de nos créateurs; de notre langue et de l'accent avec lequel nous la parlons; des valeurs que nous voulons établir comme socle de notre vivre-ensemble.

Dans le soutien aux arts et à la création, nous avons livré la marchandise. Nous avons protégé le budget de la Culture et annoncé de nombreux investissements.

En matière de langue et de défense de nos valeurs, j'aurais voulu aller plus loin. Aussi, je tiens à rappeler que ces questions ne sont pas réglées. Cette mission de protéger le français, elle demeurera à jamais indissociable de la réalité québécoise. Elle fait partie de notre essence.

De même, le Québec est loin d'être la seule société au monde à se questionner sur la manière de mieux vivre ensemble. Des questions intimement liées à la modernité.

C'est parce que nous voulons bâtir un Québec ouvert, plus accueillant, un pays métissé serré, que nous devons organiser notre manière de vivre le pluralisme. Aussi, les valeurs d'égalité entre les femmes et les hommes, de laïcité et de neutralité de l'État doivent être constamment réaffirmées et enchâssées dans nos lois et dans nos institutions. Celles et ceux qui régleront cette question rendront un grand service au Québec, ainsi qu'à toutes les femmes et tous les hommes qui y vivent, depuis leur naissance ou parce qu'ils l'ont choisi!

Finalement, il y a une autre question qui est aussi importante pour notre identité et notre avenir collectif. Une préoccupation qui a toujours été au centre de mon engagement politique, mais qui aura pris, lors de mon passage comme première ministre, une importance que je ne pouvais pas soupçonner. Un enjeu qui est intrinsèquement lié à l'histoire de notre parti et à l'héritage de notre fondateur. Il s'agit de la protection de notre démocratie et des institutions qui la font vivre.

Notre démocratie, c'est l'expression de notre volonté collective, notre capacité à nous diriger nous-mêmes et à exister comme nation. George-Émile Lapalme, l'un des pères de la Révolution tranquille, disait que c'était, avec la langue française, notre manière de rejoindre l'universel.

Nos institutions, elles avaient été mises à mal, on s'en souviendra... Aussi, si l'histoire ne devait retenir qu'une seule chose, j'aimerais que ce soit tout ce travail que nous avons fait pour les renforcer.

Souvenons-nous des gestes courageux que nous avons posés pour mettre fin à la collusion, au gaspillage. Nous l'avons fait en réformant l'octroi des contrats publics et le financement des partis politiques.

Surtout, nous avons envoyé un message très puissant. Nous avons donné les ressources et l'indépendance nécessaires aux forces policières et à la commission Charbonneau pour faire leur travail. Sous notre gouvernement, l'intégrité a avancé, la corruption a reculé!

Ce travail pour renforcer notre démocratie, il m'inspire toutefois quelques réflexions concernant le destin du Québec et l'avenir de notre projet de pays. Je crois que dans le contexte actuel, la protection de cette démocratie si chère à nos yeux doit être une préoccupation constante, un enjeu prioritaire. Il n'y a qu'à voir le contexte planétaire dans lequel nous évoluons.

En Europe, certaines nations déjà souveraines se voient limitées dans leur liberté collective par leur niveau d'endettement. Les frustrations que cela engendre chez les peuples conduisent à l'émergence de mouvements politiques que nous avons bien des raisons de craindre. Le Québec n'est pas à l’abri de ce genre de situation.

Si les acteurs politiques responsables et modérés échouent à trouver des solutions à nos problèmes collectifs, s'ils se montrent sourds aux aspirations légitimes de parties importantes de notre population, de plus en plus de nos concitoyens seront tentés de se réfugier dans les marges.

C'est la préoccupation la plus urgente que doivent avoir les militants du Parti Québécois : garder les possibles ouverts.

En fait, ce n'est pas seulement vous qui êtes interpellés par cette question.Tous les souverainistes, tous les penseurs, les innovateurs, les créateurs, les intellectuels, toutes les forces de changement du Québec doivent reprendre le dialogue, cesser de travailler en chapelle et chercher des réponses à ces questions.

Comment le Québec doit-il se comporter face à un État fédéral qui nous est de plus en plus étranger? Un gouvernement auquel les Québécois ne s'identifient plus, qui ne les intéresse plus, mais dont ils n'ont pas encore choisi de se départir?

Comment faire en sorte que les générations continuent de se parler dans un contexte où le simple maintien de l'équité sera un défi?

Comment maintenir notre solidarité et notre cohésion nationale, alors que des clivages menacent de s'installer entre les communautés, entre le Québec urbain et le Québec rural?

Que veulent les Québécois? Quels projets sont encore capables de nous unir? Et, surtout, comment les faire survenir?

Comment garder le changement possible au Québec?

Je me permets une réponse, la seule qui me vienne en tête. Moi, je pense que ça passe encore par l'indépendance!

Une souveraineté qui doit s’appuyer sur de nouvelles bases, sur de nouvelles motivations. Ou, peut-être plutôt, un projet de pays qui a besoin de revenir à l'essentiel, à ses fondements.

Nous avons trop parlé de la souveraineté de l'État du Québec et pas assez de celle du peuple québécois.

Depuis longtemps, nous avons présenté la liberté comme l'aboutissement du projet de souveraineté. Or, c'est peut-être davantage la liberté qui nous mènera au pays. Cette démocratie que nous voulons bâtir, cette capacité de décider pour nous-mêmes et par nous-mêmes que nous voulons obtenir, c'est le chemin vers l'indépendance. Il faut replacer l'idée de liberté au cœur de notre action politique!

Chères militantes, chers militants, j'ai confiance en vous. J'ai vu tout le chemin que nous avons parcouru ensemble. J'ai très hâte de voir tout ce que vous accomplirez dans l’avenir.

Ce que je suis venue vous dire aujourd'hui, c'est que je n'abandonnerai jamais. Je ne VOUS abandonnerai jamais. Je serai toujours à vos côtés, comme je l'ai dit à tous les Québécois, au moment de quitter Québec.

Je resterai toujours cette jeune femme qui veut changer le monde. Et je me battrai toujours pour la liberté. Pour la liberté des jeunes du Québec de se bâtir un avenir meilleur. Pour la liberté des plus démunis de changer leur destin. Pour la liberté des créateurs de s'exprimer et de réaliser leurs idées. Pour la liberté de notre peuple de défendre sa langue, d'affirmer ses valeurs. Pour la liberté des Québécoises et des Québécois de décider par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Pour la liberté de construire un pays dont nous serons fiers!

Je vous remercie! Merci pour tout ce que vous m'avez donné! Merci pour tout ce qu'il vous reste à donner au Québec.

Je vous aime!

Visionnez le discours de Pauline Marois.