Publié le 23 avril 2016 par Pierre Karl Péladeau

Une nouvelle route à défricher

Véronique Hivon et Pierre Karl Péladeau - Respectivement députée de Joliette et responsable de la convergence des forces souverainistes au sein du Parti québécois; et député de Saint-Jérôme, chef du Parti québécois et chef de l’opposition officielle

Austérité, iniquité sociale, amateurisme économique, démantèlement du modèle québécois, manque de vision et insensibilité du premier ministre à l’égard de notre réalité culturelle : depuis deux ans, le Québec est engagé dans une voie de garage. Nous assistons à une déconstruction tranquille, lente et insidieuse. Plus que jamais, nous croyons que le moment est venu de nous unir, leaders et organismes des régions, groupes de la société civile, formations politiques et, au premier chef, les citoyennes et les citoyens, héritiers de notre fierté et de notre réussite collectives, qui rêvent de mieux pour le Québec. Le moment est venu de nous mobiliser et de travailler ensemble pour mettre un terme à cet hiver sans fin dans lequel les politiques du gouvernement libéral nous emprisonnent et, par-dessus tout, de construire ensemble un véritable projet de société, pour bâtir ce pays que nous voulons voir advenir.

Pour y arriver, il nous faut innover, sortir de nos zones de confort.

La force dans la diversité

Au cours de la dernière année, c’est ce que notre formation politique a tenté de faire en commençant, notamment, par reconnaître que le Parti québécois n’a pas le monopole de la souveraineté. C’est un virage important que nous avons emprunté et un signal fort que nous avons voulu lancer aux souverainistes qui militent au sein des autres partis. Terminé l’appel aux « brebis égarées », c’est toute notre approche que nous avons repensée et réinventée, plus que jamais convaincus que cette diversité au sein du mouvement indépendantiste ne constitue pas une faiblesse, mais une véritable force, une étincelle capable de donner un souffle renouvelé à notre grand projet.

Cette diversité est le socle sur lequel il nous faut construire. Parce que c’est en mettant en commun nos forces, en puisant dans les meilleures idées de chacun que nous pourrons enrichir nos propositions et définir, ensemble, les contours de ce projet de pays que nous voulons présenter aux Québécoises et aux Québécois.

Rebâtir les ponts

Tranquillement, une nouvelle dynamique s’installe. Rebâtir les ponts, nouer le dialogue est une tâche ambitieuse, qui exige temps et patience. Il nous faut nous parler et, surtout, nous écouter pour réapprendre à nous faire confiance et repartir sur des bases solides. Le dialogue est à la base de la reconnaissance et du respect de nos différences. Parce que, oui, des divergences, il y en a — et il est normal qu’il en soit ainsi ! — et il y en aura toujours. La convergence ne vise pas à gommer ces différences, pas plus que l’union n’entraîne la fusion, comme l’ont bien compris nos amis catalans.

Il s’agit plutôt de mettre nos différends de côté et de miser enfin sur ce qui nous unit. Rassemblons-nous, dans le respect des différences de chacun, et travaillons ensemble sur l’essentiel, pour façonner le visage d’un Québec que l’on sait apte à assumer pleinement sa différence et son ambition.

Terrains d’entente

Des points de convergence, il y en a.

• Les valeurs qui nous sont chères : justice sociale, égalité des chances, équité intergénérationnelle, développement durable, égalité entre les hommes et les femmes, intégrité.

• Nos programmes politiques se recoupent également, à plusieurs égards. En février dernier, notre formation politique a ouvert la porte à une révision du mode de scrutin, afin que la diversité des opinions soit mieux reflétée au sein de nos institutions démocratiques.

• Sur la démarche : notre volonté de faire l’indépendance est claire. Sur le « comment », nous entendons respecter le processus démocratique qui a toujours caractérisé notre formation politique et notre volonté de rassembler les forces souverainistes.

• Plusieurs ignorent que la plateforme actuelle du Parti Québécois prévoit la création d’une assemblée constituante — article 1.3 — à laquelle pourront être conviés à siéger tous les secteurs et les régions de la société québécoise ainsi que les Premières Nations et les Inuits du Québec, afin d’écrire la constitution d’un Québec indépendant.

• Nous pensons que ce texte, fondamental, pourrait intégrer une version amendée de la Charte des droits et libertés de la personne de façon à ce que, dans son interprétation et son application, il soit tenu compte du patrimoine historique, de l’importance des Premières Nations et des Inuits, du rôle des régions et, bien sûr, des valeurs phares de la nation québécoise : la protection et la promotion de la langue française, l’égalité entre les femmes et les hommes et la laïcité des institutions publiques.

Enfin, nous croyons, nous aussi, que le projet de pays ne trouve sa pleine valeur que s’il permet d’apporter des réponses progressistes et novatrices aux défis qui sont les nôtres.

La révision du programme du PQ, qui se concrétisera au Congrès de juin 2017, pourra, et nous l’espérons, être influencée par nos collègues des autres partis et par les acteurs de la société civile. Ce sera une occasion exceptionnelle de redéfinir notre vision politique afin qu’elle soit au diapason des priorités des Québécoises et des Québécois.

« Le commencement est la moitié de tout »

Nous savons que la route sera encore longue, parfois même sinueuse. Il nous arrivera de trébucher. Mais comme l’a si bien dit Pythagore, « le commencement est la moitié de tout ». Alors, nous pouvons considérer que nous avons déjà fait un bon bout de chemin en acceptant de nous asseoir ensemble autour de la table des OUI Québec.

Certains se plaisent déjà à imaginer toutes sortes de scénarios ou parlent d’alliances électorales. Nous pensons qu’avant de parler d’alliances, il faut se parler tout court ! La volonté est là et la discussion, bien amorcée. Nous avons multiplié les panels multipartites pour aller à la rencontre de la population. Cette démarche d’ouverture suscite un grand intérêt. Nous le sentons partout où nous allons. C’est un grand pas en avant.

Et nous croyons que la prochaine avancée que nous souhaitons faire ensemble, soit de travailler sur une feuille de route commune, est emballante. Nous croyons surtout que ça vaut la peine d’essayer. En effet, que perdons-nous à essayer ? Le risque, il réside dans l’inaction, dans le fait de penser que les mêmes formules produiront des résultats différents. Alors, essayons ! Continuons à avancer, un pas à la fois, sur cette nouvelle route que nous sommes à défricher. Qui sait, nous pourrions trouver tout au bout un nouveau pays ?

  • Mouvement souverainiste
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  • Véronique Hivon