Lors de son discours d'ouverture au XVIe congrès national du Parti Québécois, la chef Pauline Marois a exposé les échecs de Jean Charest devant les 1700 délégués réunis au Palais des congrès de Montréal.
Sur un ton franc, honnête et inspirant, elle a mentionné le désir de proposer aux Québécois une nouvelle vision pour la prochaine génération. Cette vision doit tenir compte du contexte économique, des enjeux sociaux et environnementaux. Elle assure également qu'une commission d'enquête sur la construction est plus que jamais nécessaire.
Un peuple aussi fort et courageux mérite, selon elle, de prendre enfin sa destinée en main. Madame Marois semble définitivement dans la bonne voie afin de gagner la confiance de tous les Québécois : «Nous voulons offrir à nos enfants, un pays libre, un pays souverain!»
La version lue fait foi.
Bonsoir!
Merci d’être là!
Je suis contente de vous retrouver! Nous voilà enfin à ce grand rendez-vous, ce XVIe congrès national du Parti Québécois, le parti de toutes les Québécoises et de tous les Québécois.
Un parti qui, pendant des mois, a débattu avec des milliers de femmes et d’hommes de partout à travers le Québec. Je vous ai vus studieux, engagés. Vous avez posé un regard réaliste sur le Québec de 2011. Vous avez pensé à ce que vous vouliez pour le Québec de 2020.
Ce soir, les Québécois nous regardent. Ce qu’ils vont voir, c’est quelque chose comme un grand parti! Un parti qui marche vers la victoire, un parti qui porte en lui les espoirs de liberté du peuple québécois, un parti qui va faire du Québec un pays!
En fin de semaine, nous ferons des choix. Des choix qui confirment les virages que nous avons pris pour répondre aux attentes et aux besoins des Québécois. Aujourd’hui, à l’occasion de ce congrès national, il est important de poser un regard sur le chemin que nous avons déjà parcouru.
Il y a bientôt quatre ans que je suis devenue la septième chef du Parti Québécois. Nous étions confinés au rang de deuxième opposition à l’Assemblée nationale, de troisième force politique du Québec.
Notre parti était mal en point. Les risques de la division nous guettaient et, avec eux, ceux de la marginalisation, de l’éparpillement, non seulement pour notre parti, mais aussi pour notre option.
Déjà, certains prophètes de malheur ne pouvaient cacher leur plaisir en annonçant « l’inévitable » disparition du mouvement indépendantiste, celle qu’on nous annonce depuis 35 ans… mais c’était sans compter sur la formidable ténacité des militants de la souveraineté. C’était oublier que ce désir de liberté que nous portons est enraciné dans les rêves de centaines de milliers de Québécois. Mes amis, ces faux prophètes, nous leur avons donné tort et aujourd’hui, le Parti Québécois est de retour!
Nous avons reconstruit notre parti. Nous sommes toujours la formation politique qui compte le plus de membres au Québec. Nous avons remis nos finances en ordre pour préparer les élections avec les moyens de nos ambitions, mais, plus important encore, ce qui a fait la différence, c’est vous, c’est nous. Parce que, comme disait René Lévesque, nous devons combiner deux choses qui sont en apparence contradictoires : « la liberté d’expression de chacun et l’unité d’action de tous ». Et c’est ce point d’équilibre que nous atteindrons en fin de semaine.
Nous avons relevé la tête. En proposant des idées fortes pour renforcer notre langue et notre identité, nous avons affirmé notre vision d’un Québec fort et francophone en Amérique. Nous avons réfléchi à une société qui est à la fois capable de créer la richesse de façon équitable et de la partager de façon efficace. Surtout, nous avons agi pour remettre notre projet de pays du Québec sur la voie de la réalisation. Nous avons décidé de rompre avec l’attentisme!
Nous nous sommes rassemblés autour des valeurs qui sont au cœur de notre engagement et nous avons gagné! Nous avons gagné, en formant l’opposition officielle qui compte le plus grand nombre d’élus depuis la Révolution tranquille! Nous avons gagné parce que notre équipe s’est renouvelée de façon remarquable. Nous avons gagné, en démontrant que tant et aussi longtemps que la souveraineté ne sera pas faite, nous serons la force de changement la plus puissante du Québec. La preuve est faite : nous ne sommes pas le parti d’une seule génération, nous sommes le parti de toutes les générations!
Galvanisés par ces progrès, nous sommes retournés à l’Assemblée nationale animés d’une volonté indéfectible, forts de l’expérience de nos députés les plus aguerris et de la fougue de nos nouveaux élus. Ce que nous y avons trouvé, toutefois, est complètement désolant.
Depuis cette élection du 8 décembre 2008, nous avons devant nous un gouvernement usé, qui descend en vrille vers une fin de régime interminable. Jean Charest a abdiqué devant chacune de ses responsabilités de premier ministre du Québec. Ce gouvernement a perdu le contrôle. Trop de promesses ont été brisées, le lien de confiance est rompu.
Jour après jour, vos 52 députés sont montés au créneau. Un à un, nous avons exposé chacun des échecs de ce gouvernement. Et parce que je les ai vus à l’œuvre, je peux vous le dire : vous pouvez être très fiers! Vos députés ont fait un travail extraordinaire! Nous avons tenu bon grâce à vous et parce que nous portions le message des citoyens de tout le Québec.
Encore une fois, nous avons gagné. Nous avons gagné parce que nous nous sommes rassemblés autour de nos principes démocratiques et de nos convictions souverainistes. Nous avons gagné parce qu’aujourd’hui, les Québécois savent qu’il n’y a plus rien à attendre du Parti libéral. C’est le gouvernement du passé, le gouvernement de l’imparfait!
Nous avons démontré qu’il y avait une alternative, une autre façon de faire, mais surtout, nous sommes redevenus un parti gagnant. Nous sommes à l’offensive, à l’assaut des forteresses libérales et nous avons gagné dans Kamouraska Témiscouata!
Il y a huit ans, le 14 avril 2003, le Parti libéral prenait le pouvoir. Huit ans que le Québec s’enfonce dans la morosité. Je suis inquiète. Je suis très inquiète. Jamais n’a-t-on vu la population québécoise aussi désabusée. Les Québécois sont en colère, ils ont perdu foi en leurs institutions.
Dans toutes les sociétés du monde, la démission politique et électorale est un phénomène inquiétant, mais pour un peuple dont la survie dépend de sa mobilisation, c’est une issue fatale.
Soyons conscients d’une chose : entre l’élection de 2003 et celle qui s’en vient, environ 1 500 000 nouveaux électeurs auront atteint l’âge légal de voter. Malheureusement, ils sont de plus en plus nombreux à s’abstenir et, le moins qu’on puisse dire, c’est que ce gouvernement libéral n’a pas agi de manière à renverser cette tendance.
Ramener les jeunes à l’action politique : voilà un grand défi, un défi à notre mesure. Pour y arriver, nous devons rassembler les Québécois autour d’une vision. Une vision durable, une vision d’espoir et de fierté pour le Québec de nos enfants. Nous devons proposer des idées et des projets pour mobiliser la jeunesse. Pour qu’elle participe, elle aussi, à bâtir un pays à son image. Nous avons le devoir de ramener les jeunes du Québec vers la politique! Le Parti Québécois en est capable.
Nés dans la foulée de la Révolution tranquille, nous avons été à l’origine des plus importants changements de l’histoire du Québec moderne. Ce qui fait notre force, ce qui nous a permis de résister au passage du temps, de traverser toutes les épreuves, c’est que nous sommes habités par le désir de bâtir un pays.
En même temps, les attentes des Québécois à notre égard sont à la hauteur de notre ambition. Parce que nous portons un idéal, les Québécois se montreront toujours plus exigeants à notre égard. Et, je vais vous le dire sincèrement, c’est notre meilleur atout, notre meilleur rempart contre une manière de faire de la politique que nous rejetons.
Après huit ans, le procès du Parti libéral est fait, la cause est entendue, la sanction viendra aux prochaines élections! Mais quand on veut conquérir la liberté d’un peuple, il ne suffit pas de s’en remettre à l’alternance. Nous devons gagner la confiance des Québécois, ramener l’espoir. Pour faire naître un pays, il faut de l’enthousiasme.
Les Québécois veulent plus qu’un programme pour la prochaine élection. Nous devons leur proposer une vision pour la prochaine génération! Nous sommes un grand parti. Le Parti Québécois, c’est 40 ans de progrès pour le Québec. Et parce que nous voulons rester cette puissante force de changement pour les Québécois, ces 40 ans de victoires nous inspirent pour imaginer l’avenir.
Imaginez le Québec sans toutes les réformes démocratiques de René Lévesque. Rappelez-vous le Québec avant la loi sur le financement des partis politiques, avant la loi d’accès à l’information et les règles d’éthique les plus avancées au monde. En fait, ça ressemblait un peu au Québec actuel des libéraux.
Maintenant, imaginez le Québec lorsque nous aurons ramené la probité et la transparence dans la gestion de l’État; lorsque nous aurons restauré l’intégrité et la confiance, parce que nous du Parti Québécois, nous plaçons les intérêts du Québec avant les intérêts partisans!
Imaginez le Québec lorsque nous aurons fait toute la lumière en tenant une commission d’enquête publique sur l’industrie de la construction!
Que serait le Québec sans les centres de la petite enfance? Une politique qui réussit une synthèse parfaite entre la justice sociale et la création de la richesse. Des milliers de femmes sont retournées au travail, les familles se sont enrichies et nous offrons à nos enfants le meilleur départ possible.
Imaginez maintenant ce que sera le Québec lorsque nous aurons complété ce réseau; lorsque nous aurons enfin « un enfant, une place! »
Imaginez encore tout ce que nous pourrons faire lorsque nous aurons tous les moyens d’un pays, lorsque nous ferons nos propres choix, sans avoir à nous défendre des invasions du fédéral dans nos champs de compétence! Que serait le Québec si nous n’avions pas créé le ministère de l’Environnement et adopté la loi sur la protection du territoire agricole?
Imaginons l’avenir lorsque nous aurons des transports collectifs dignes du XXIe siècle, que nous aurons fait du développement des énergies alternatives une priorité et que l’électrification des transports sera devenue une réalité.
Imaginez lorsque nous aurons récupéré tous nos impôts, que nous n’aurons plus à subventionner les sables bitumineux de l’Alberta, l’industrie de l’automobile de l’Ontario ou la concurrence de Terre-Neuve; lorsque l’indépendance énergétique rejoindra l’indépendance politique!
Imaginez le Québec sans la nationalisation de l’électricité. Imaginez le Québec sans la fierté que René Lévesque nous a léguée. Maintenant, imaginez le Québec lorsque nous aurons repris le contrôle de nos ressources naturelles; lorsque l’industrie forestière sera redevenue un joyau de l’économie québécoise.
Imaginez le Québec lorsque nous nous enrichirons grâce à nos ressources que nous exploiterons de façon responsable, sécuritaire et durable; lorsque plus de la moitié des richesses créées par l’exploitation des hydrocarbures reviendra dans les poches des familles du Québec.
Imaginez lorsque nous serons un pays, que nous serons les seuls à décider, sans demander de permissions à personne!
Imaginez aussi l’avenir du Québec lorsque nous nous serons dotés d’une charte de la laïcité et d’une vraie constitution québécoise.
Imaginez la fierté des Québécois, de toutes les origines, qui pourront dire haut et fort, « je suis Québécois, je suis citoyen du Québec ».
Imaginez le jour où nous serons libres d’accueillir et d’intégrer les immigrants avec toute la générosité dont nous sommes capables, comme un pays libre!
Rappelez-vous de quoi avait l’air le Québec avant que nous adoptions la Charte de la langue française. Maintenant, imaginez le Québec lorsque nous aurons adopté une nouvelle loi 101; que nous aurons restauré la place du français comme langue de travail, comme langue d’enseignement et surtout comme langue commune de tous les Québécois!
Imaginez lorsque nous serons les seuls à décider pour notre langue et pour notre culture parce que nous aurons enfin notre pays!
C’est ça une vision d’avenir pour toutes les générations.
Depuis plus de 40 ans, le Parti Québécois est le porteur d’une idée qui prend racine dans notre histoire. Nous avons le courage et l’audace de tous ceux qui ont choisi de venir faire leur vie au nord de l’Amérique. Dans notre accent, on entend la volonté de continuer de vivre en français qu’ont eue nos ancêtres au lendemain de la conquête.
La communauté historique anglophone et les Premières Nations font partie de ce que nous sommes. Nous croyons que notre culture s’enrichit du dynamisme qu’apportent les nouveaux arrivants. C’est pour ça que nous sommes si fervents à défendre notre identité et nos valeurs communes.
Oui, c’est dans l’histoire de notre peuple que se trouvent les sources de nos rêves de liberté, mais c’est pour l’avenir, pour que les jeunes du Québec puissent, eux aussi, connaître l’espoir et l’idéal que nous y croyons toujours. Nous voulons offrir à nos enfants un pays libre, un pays souverain!
Par deux fois, nous avons tenté de mener ce grand chantier à son terme. Malheureusement, les Québécois ont été trompés par les mensonges, les promesses brisées, les trahisons, les tricheries et la lâcheté du camp fédéraliste. Ces revers ont pu nous démobiliser, mais aujourd’hui, ce temps est fini. Notre désir de liberté est intact. Notre volonté est farouche et nous avons un plan pour que notre projet devienne une réalité.
Lors des prochaines élections, nous proposerons aux Québécois un gouvernement qui ne reculera devant rien; qui va défendre les besoins et les aspirations du Québec, sans égard à ce que le Canada veut ou ne veut pas. Le Québec est libre de décider de son destin et nous allons libérer cette énergie. Nous récupérerons tous les pouvoirs qui sont essentiels à l’épanouissement d’un peuple libre.
Notre légitimité viendra de la volonté démocratique de nos concitoyens et quelle que soit la réponse que nous recevrons du gouvernement fédéral, c’est aux Québécois qu’il reviendra de juger.
Il y aura un moment décisif, un moment de liberté, de souveraineté. Un gouvernement souverainiste mettra tout en œuvre pour le préparer. Notre projet sera dans chacun de nos gestes, notre vision sera dans chacune de nos politiques. De cette manière, en étant clairs, déterminés, audacieux et unis, nous allons gagner!
Je suis fière d’être la chef du Parti Québécois. Je suis fière de diriger ce parti alors que nous nous trouvons à un moment déterminant de notre histoire. Fière de constater, en regardant notre caucus, que c’est dans la cause souverainiste que la relève politique talentueuse choisit de s’engager.
Je suis fière d’être celle à qui on a confié la responsabilité de diriger ce grand changement. Et pour tout ce que nous avons réalisé ensemble, pour tout le chemin déjà parcouru, ce soir, je veux vous dire merci.
Vous savez, quand je me suis engagée pour le Québec, alors que j’étais encore une jeune femme, je ne pensais pas que j’allais vivre une aventure aussi extraordinaire. J’ai fait des rencontres marquantes. J’ai été appuyée par des militants convaincus, des militants convaincants. J’ai servi de grands chefs, des hommes de grande vision, qui, encore aujourd’hui, continuent de m’inspirer.
Aujourd’hui, c’est à mon tour de me tenir devant vous. Je vous regarde et je me dis que j’ai bien fait de répondre à votre appel et de revenir en politique. Ensemble, nous avons déjà accompli de grandes choses, mais je n’ai pas l’intention de m’arrêter là.
D’abord comme militante, puis comme députée et ministre, j’ai participé à deux campagnes référendaires sur la souveraineté, mais le référendum le plus important, celui que nous gagnerons, il est encore à venir. Si je suis ici, aujourd’hui, c’est pour cette raison. La prochaine fois, j’ai envie de le mener en première ligne, j’ai envie de le gagner. Je veux qu’ensemble nous fassions du Québec un pays, notre pays!
J’aime ce parti. Nous sommes le grand parti de tous les Québécois. C’est la mission que René Lévesque nous a confiée et c’est ce qu’a rappelé Jacques Parizeau en lançant cette phrase que je reprends à mon tour : « Que le dernier entré laisse la porte ouverte! »
Vous m’avez confié la direction de ce parti. Nous l’avons rebâti ensemble. Nous avons démontré que le Québec n’a plus rien à attendre du Parti libéral.
Nous avons gagné et nous allons gagner encore. Nous allons gagner la confiance des Québécois. Nous allons gagner en faisant passer la souveraineté du rêve à la réalité.
Voilà où en est notre parti. Voilà le seul destin possible pour le Québec. Voilà, comme l’a dit un de nos plus grands poètes : Je ne suis pas revenue pour revenir, je suis arrivée à ce qui commence!