Nouvelle - 11 novembre 2011
Plus de trois siècles après le Treaty of Union de 1707, jamais l’Écosse n’a été si près de son indépendance et d’ajouter son nom à la longue liste des pays membres des Nations Unies. Depuis 2007, la montée du Scottish National Party (SNP), parti indépendantiste dirigé par Alex Salmond, impressionne. D’abord porté au pouvoir en 2007 comme gouvernement minoritaire, son parti vient d’être réélu avec une remarquable majorité. En obtenant 45 % des voix en mai dernier, à l’issue d’une campagne électorale où le débat sur la place de l’Écosse au sein du Royaume-Uni a été un enjeu important, le mouvement nationaliste vit entre l’espoir et la frénésie.
La promesse électorale de tenir un référendum sur la question de l’indépendance au cours du premier mandat fait désormais partie des priorités du gouvernement. Lors du congrès du SNP à Inverness, en octobre dernier, l’organisateur en chef du mouvement indépendantiste, Angus Robertson, a d’ailleurs annoncé le début de la campagne référendaire.
La victoire électorale a eu un effet mobilisateur sans précédent pour le mouvement nationaliste. Considéré comme hautement improbable par ses adversaires il y a à peine quelques années, le projet d’indépendance de l’Écosse carbure maintenant au réalisme et à la confiance. La progression des intentions de vote en appui au projet d’indépendance de l’Écosse est fulgurante. En 2007, le projet de pays recueillait entre 25 % et 30 % d’appuis favorables. Aujourd’hui, les récentes enquêtes d’opinion révèlent qu’entre 39 % et 49 % des Écossais appuient l’idée. Les jeunes semblent les plus favorables et sont considérés comme la génération de l’indépendance. Plusieurs d’entre eux n’ont pas connu l’Écosse sans son Parlement (créé en 1999) et il est donc naturel pour eux d’avoir leurs propres institutions. Au prochain référendum, l’âge pour voter sera fixé à 16 ans.
Le contexte actuel est favorable au SNP. Non seulement vient-il de remporter l’élection avec un appui sans précédent, mais il profite également d’une opposition désorganisée et dont la légitimité politique en Écosse est à son plus bas. Les trois partis d’opposition à Édimbourg se sont lancés dans une course à la chefferie après leur défaite du printemps dernier. Au Parlement de Westminster, c’est le premier ministre conservateur David Cameron qui mène la charge contre le mouvement souverainiste. Son statut de gouvernement minoritaire dont très peu d'élus proviennent de l'Écosse complique sa tâche et rend précaire sa situation. Les libéraux-démocrates de Nick Clegg, vice premier ministre du gouvernement de coalition, partagent aussi la tribune contre le projet souverainiste. Ce parti a toutefois payé cher son alliance avec les conservateurs en obtenant, en mai dernier, seulement 5 des 129 sièges du Parlement écossais. Le SNP semble donc avoir tout l’espace politique nécessaire pour faire avancer son projet.
Pour le premier ministre Salmond, il est temps de mettre fin à l’isolement des Écossais et de s’affirmer sur la scène internationale. Le succès économique et social des pays scandinaves et leur mise en commun d’enjeux nationaux et internationaux inspirent le chef du SNP. Il donne en exemple la capacité des Danois, des Suédois et des Norvégiens d’être des leaders en matière d’aide internationale et de processus de paix en plus de relever les défis sur les enjeux diplomatiques, d’arrangements militaires, d’espace aérien et de sujets plus locaux.
L’idée de tenir un référendum comportant deux questions continue à cheminer. La première question porterait sur l’indépendance de l’Écosse et l’autre réclamerait plus de pouvoirs pour le Parlement d’Édimbourg. Selon la dernière enquête sur les comportements sociaux des Écossais, 74 % de la population considère que c’est Édimbourg et non Londres qui devrait être le centre de décision politique de l’Écosse. Avec un tel appui en faveur de la prise de décision en Écosse, on est en droit de penser que le premier ministre Salmond gagnera son pari sur au moins un enjeu et que peu importe le résultat à la question sur l’indépendance, l’Écosse se rapprochera plus que jamais de sa pleine liberté.
D’autres peuples de l’Occident partagent ce grand espoir de se donner un pays. Alors que le Québec est une source d’inspiration pour le mouvement indépendantiste écossais, force est de constater qu’aujourd’hui nous pouvons aussi nous inspirer de ce qui se passe de l’autre côté de l’Atlantique. N'y a-t-il pas plus grand projet collectif que de se donner un pays?
Pour en savoir plus...
Sur le Scottish National Party (en anglais seulement) : snp.org
Sur l'Écosse : fr.wikipedia.org/wiki/Écosse