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Nouvelle - 1er octobre 2009

Texte d'opinion de Pierre Curzi : « Montréal français »

L’exode des francophones hors de l’île de Montréal risque de faire couler le fait français dans la métropole. Pierre Curzi, député de Borduas et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’Éducation primaire et secondaire ainsi qu’en matière de langue, a toujours été préoccupé par cette question, même avant de se lancer en politique.

Ce texte a été publié ce matin dans le quotidien La Presse sous le titre « Un trou béant » et dans le quotidien Le Devoir sous le titre « Protégez le français, revenez sur votre île ! ».

Son auteur l’a intitulé « Montréal français » et publié sur son site Internet. Nous le reproduisons ici pour vous.



 

Montréal français

Texte de Pierre Curzi
Député de Borduas
Porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire
et secondaire ainsi qu’en matière de langue


L’anglicisation de Montréal est un phénomène qui me préoccupe grandement. Je ne suis pas seul à m’en inquiéter : selon un sondage Léger Marketing paru dans Le Devoir du 22 juin 2009, près de 90 % des Québécois francophones estiment que la langue française est menacée à Montréal.

Dans les faits, le poids démographique des individus de langue maternelle française recule sans cesse à Montréal depuis 40 ans. Il est passé de 61 % en 1971 à 50 % en 2006. Malgré cela, certains nous disent qu’il n’y a pas de problème, car l’immigration que nous contrôlons en partie n’a jamais été aussi francophone et la loi 101 nous assure une francisation permanente des jeunes allophones. Si tout va bien, pourquoi tant de francophones ont-ils l’impression que Montréal s’anglicise ?

On constate que ce recul du français est dû à plusieurs facteurs. Le plus important, à mes yeux, c’est le fait que les francophones de l’île ont quitté massivement Montréal pour s’établir en banlieue. Entre 1986 et 2006, sur l’île de Montréal, le solde migratoire des individus de langue maternelle française a été déficitaire de 184 000 personnes (53 000 entre 2001 et 2006). C’est plus qu’une fuite dans la coque du navire, c’est un trou béant qui risque de couler le fait français à Montréal ! Ce sont près de 200 000 francophones de moins, des milliers de familles, qui ne vivent pas en français sur l’île et qui n’entrent pas en contact quotidiennement avec les allophones.

À l’opposé, les anglophones sont grandement concentrés sur l’île de Montréal, ce qui donne beaucoup de vitalité à la culture anglophone. Les allophones ont donc le choix et la possibilité de vivre dans les deux cultures. D’ailleurs, un allophone sur deux vit dans la culture anglophone à Montréal : 50 % d’entre eux fréquentent les cégeps et les universités anglophones, 38 % travaillent uniquement ou principalement en anglais et un grand nombre d’entre eux consomment surtout des médias anglophones.

Vivre dans la culture anglophone pour un allophone augmente le risque de transfert linguistique intergénérationnel vers l’anglais et le rend exponentiel s’il y a union avec un ou une anglophone. Donc, moins il y a de francophones sur l’île de Montréal, plus les allophones vont fonder des familles avec des anglophones. Si l’on veut que les allophones s’intègrent majoritairement à la culture francophone, nous devons vivre avec eux et nous devons être nombreux à le faire !

Dans ce contexte, il ne faut pas seulement légiférer sur l’affichage, sur la langue d’enseignement au collégial, sur la langue de travail, sur la langue de l’administration publique et sur l’immigration. Il faut travailler au développement des politiques pour garder sur l’île de Montréal les francophones qui y habitent déjà et créer les conditions de retour vers Montréal pour les francophones souhaitant y demeurer.

Cependant, avant d’identifier les raisons pour lesquelles les francophones quittent l’île et avant de développer des politiques de retour vers Montréal, il faut établir un consensus parmi tous les Québécois qui ont à cœur la survie de la langue française : le retour des francophones à Montréal est une condition nécessaire pour renverser l’anglicisation du cœur économique du Québec.

Je crois profondément que la francisation de Montréal doit devenir aussi prioritaire que l’environnement, que le développement économique, que l’éducation ou la santé. Le jour où Montréal basculera vers l’anglais de façon définitive, c’est tout le Québec qui basculera.