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Nouvelle - 22 septembre 2011

Qui est maître chez les libéraux : le député de Sherbrooke ou le peuple québécois?

Mercredi 21 septembre, tel que promis, Pauline Marois a déposé une motion réclamant une enquête publique sur l'industrie de la construction. Bien sûr, ce n'était pas la première motion sur le sujet. Évidemment, le gouvernement libéral de Jean Charest s'y est opposé. Pauline Marois a insisté d'autant plus pour que les députés libéraux puissent voter librement sur cette motion, afin de voter en faveur de cette dernière et de respecter les citoyens qui les ont élus!

La motion déposée par Pauline Marois se lit comme suit:

Que l'Assemblée exige la tenue d'une commission d'enquête publique et indépendante sur l'industrie de la construction, sur l'octroi de contrats publics, de permis ou de subventions ainsi que le financement des partis politiques; et que cette motion devienne un ordre de l'Assemblée.

À la suite du dépôt de la motion, Pauline Marois s'est adressée aux députés de l'Assemblée nationale du Québec. Voici ce qu'elle a dit.


« Monsieur le président,

« Je m’adresse aujourd’hui à chacun et à chacune des députées de cette chambre.

« Nous sommes assemblés ici en vertu d’un principe très simple : les Québécois nous ont élus pour les représenter.

« Bien sûr, nous avons été élus sous la bannière d’un parti, sur la base d’un programme de parti. Il est donc tout à fait normal de voter selon une ligne de parti dans certaines circonstances. Cependant, aucun de nous n’a été élu pour s’opposer à la population. Nous demandons aujourd’hui aux élus québécois de voter en faveur de la tenue d’une commission d’enquête sur l’industrie de la construction et le financement des partis politiques.

« Ce vote est très important. Il ne s’agit pas d’un vote de confiance envers le gouvernement. Il s’agit d’un vote de conscience. Nous le faisons alors que le Québec est plongé dans une crise: une crise d’État.

« Contrairement à ce qu’a affirmé le premier ministre, le rapport de M. Duchesneau est destiné au gouvernement. Le fait que le premier ministre ait refusé de le lire avant d’y être obligé était indigne de sa fonction. Ce rapport gouvernemental souligne en effet la gravité de la situation. Je cite :

Nous avons découvert un univers clandestin et bien enraciné, d’une ampleur insoupçonnée, néfaste pour notre société aussi bien sur le plan de la sécurité et l’économie que sur celui de la justice et de la démocratie.

« C’est la démocratie québécoise elle-même qui est touchée.

« Nous savons que le crime organisé a infiltré des pans entiers de notre économie et de nos institutions. Nous le savons tous et malgré ses dénégations, même le premier ministre le sait.

« Dans un moment semblable, les élus de la population doivent dépasser les lignes partisanes et agir selon leur conscience. J’oserais parler de conscience nationale. Ce sont toutes les forces de notre nation qui doivent être mises dans la balance pour combattre la corruption.

« Malheureusement, le premier responsable, celui qui voulait avoir les deux mains sur le volant, s’y refuse. Le premier ministre a choisi de mettre les deux pieds sur le frein.

« Dans une séquence de lapsus en série, il s’est échappé plusieurs fois en parlant “d’industrie de la corruption”. C’est ce qui me fait croire qu’au plus profond de sa conscience, le premier ministre lui-même réalise l’ampleur de la crise. Malgré tout, il refuse de prendre ses responsabilités et de prendre la seule décision qui s’impose.

« Nous savons qu’il s’obstinera jusqu’au bout. Il l’a dit et répété. Mais le député de Sherbrooke n’est qu’un sur 125.

« Comme une très vaste majorité de la population, chacun des députés élus sous la bannière du Parti Québécois, de l’ADQ et de Québec Solidaire demande une enquête publique. Les députés indépendants aussi le demandent. Et je suis convaincue que dans leur for intérieur, plusieurs députés libéraux n’en peuvent plus de se taire et de voter contre la population.

« Nous avons tous été élus par les Québécoises et les Québécois. En dernière instance, notre ultime loyauté doit aller à la population du Québec. Je demande à chacune et à chacun de réfléchir en son âme et conscience.

« Voulons-nous, oui ou non, combattre la corruption? Voulons-nous, oui ou non, faire toute la lumière, aller au fond des choses ?

« Voulons-nous, oui ou non, faire obstacle à la mafia?

« Voulons-nous, oui ou non, refaire du Québec un exemple en matière d’intégrité dans le monde?

« Je réponds oui à ces quatre questions et en conséquence, je vais voter en faveur de la motion.

« J’implore nos collègues libéraux de bien réfléchir, car l’élu qui votera contre cette motion devra payer un lourd prix politique. Voter contre cette motion, c’est voter contre la volonté populaire, contre ceux-là mêmes qui nous ont élus pour les représenter.

« Je cite un autre extrait du rapport Duchesneau :

Un grand nombre d’entreprises québécoises du domaine de la construction entretiennent des liens avec des organisations criminelles. On présume donc fortement que certains jouent d’influence sur les contrats octroyés par le gouvernement, voire qu’elles ont déjà mis les pieds sur les chantiers mêmes du ministère.

« Les élus libéraux doivent bien saisir que de voter contre cette motion équivaut à garder le couvercle sur cette réalité criminelle. En ce moment, du fait de l’absence d’une commission d’enquête, les gens ont peur, les criminels font régner la loi du silence.

« Je lis un autre extrait du rapport :

Dans le milieu de la construction, ceux qui seraient tentés de dénoncer des situations douteuses sont parfois victimes d’intimidation. Certains reçoivent aussi des menaces de mort.

« Des menaces de mort… C’est ça qui est en cause! Tant qu’une enquête publique n’aura pas eu lieu, la loi du silence va régner, les menaces vont planer.

« Voter contre cette motion équivaut donc à perpétuer la loi du silence.

« La semaine dernière, j’ai dit qu’en s’obstinant dans le déni, le premier ministre cherchait manifestement à protéger des intérêts qui autrement seraient mis en cause. Tout le monde comprend qu’il protège le parti libéral. Mais en protégeant le parti libéral, il protège le crime organisé, la mafia. Je comprends que certains d’entre eux pensent qu’en empêchant la tenue d’une enquête publique, ils réussiront à protéger le parti libéral. C’est une grave erreur.

« En agissant ainsi, vous êtes en train de détruire votre parti pour une génération. En bloquant la tenue d’une commission, le premier ministre laisse s’installer un climat pourri, qui détruit la confiance des gens envers tous les élus. Vous n’y gagnerez rien.

« Une commission d’enquête, il y en aura une, tôt ou tard.

« Je le dis en tout respect aux députés libéraux : il est encore temps pour eux de se hisser à la hauteur de leurs responsabilités, de faire échec à la corruption, de faire preuve de courage.

« Dans un document gouvernemental de 2004 (pdf) dans la série Briller parmi les meilleurs, il est écrit en toute lettre qu’il « convient d’alléger la discipline de parti pour permettre aux députés de tenir compte des attentes des électeurs de leur circonscription et des impératifs de leur de leur conscience. »

« Les députés libéraux peuvent passer de zéro à héros. Il suffit d’agir et de voter en toute liberté, en toute liberté de conscience.

« Je leur dis de se souvenir de cet instant, dans un de leur congrès, quand un délégué libéral a demandé un appui pour initier un débat sur la commission d’enquête. Pas un, pas un seul délégué n’a voulu l’appuyer. C’est la loi du silence qui régnait au parti libéral. Il est temps pour les députés libéraux de briser la loi du silence.

« Votre vrai patron, ce n’est pas le premier ministre, c’est le peuple québécois. Le peuple québécois, voilà notre seul vrai patron, à nous tous!

« Face à la corruption, face au crime organisé, face à la mafia, notre arme la plus puissante, la seule capable de les contrer durablement, c’est la démocratie!

« J’écoutais les libéraux et j’avais un peu de peine pour eux. Ça peut vous surprendre, mais j’ai pensé que ce devait être très pénible de réciter, comme ils le font depuis des mois, la même cassette préparée au Bureau du premier ministre. J’ai pensé à ce qu’ils s’apprêtaient à faire, tous ensemble, en refusant de briser cette loi du silence qui apparaît de plus en plus comme la marque de commerce libérale.

« Si chacun des députés libéraux vote contre cette motion, nous pourrons marquer cette journée d’une pierre blanche. Nous nous souviendrons du 21 septembre 2011 comme de ce jour fatidique pour eux. Le jour où les députés libéraux auront creusé leur tombe politique.

« Je pensais tout à l’heure à leurs jumeaux fédéraux. Je pensais au scandale des commandites. Et je me disais : ce sont les mêmes, les mêmes libéraux - ce sont les mêmes comportements, le même entêtement. Les libéraux québécois subiront le même sort que les libéraux fédéraux. Ils vont payer le prix politique. Ils recevront la sanction aux prochaines élections. Sauf s’il y en a parmi eux qui retrouvent leur courage, leur dignité, leur conscience.

« Je leur lance un dernier appel. Demandez-vous ce qui est pire: être sanctionné par le député de Sherbrooke ou être sanctionné par le peuple québécois? Demandez-vous : qui est votre maître? Le député de Sherbrooke ou le peuple québécois?

« Pour nous, du Parti Québécois, c’est très clair. Notre seul maître à nous, ce sont les Québécoises et les Québécois! »

 

Dossier : Enquête publique sur l'industrie de la construction

Forts de l’appui de la majorité des Québécois, nous continuons à réclamer une commission d’enquête publique sur la construction. C’est le seul moyen de faire toute la lumière sur les allégations qui entachent la réputation de toute une industrie.

Pendant que le gouvernement Charest investit des milliards dans les infrastructures, il continue de tolérer qu’environ 30% des sommes soient détournées par des activités de collusion et de corruption.

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