Nouvelle - 22 novembre 2009
À l’occasion du colloque Gouvernement souverainiste et développement culturel qui se tenait à Montréal en fin de semaine, la chef du Parti Québécois, Pauline Marois, a insisté sur l’urgence d’agir pour protéger la langue française et l’identité québécoise. Se faisant, comment ne pas dénoncer l’inertie du gouvernement libéral ? Impossible. « À Montréal, le français recule. Nous avons le devoir de prendre tous les moyens de nous dire québécois en français. Nous n’avons pas le luxe de nous permettre plus longtemps l’attitude tiède, timorée, l’attitude de frilosité et de peur du gouvernement Charest ».
Plus de 500 militants ont débattu, lors de ce colloque, des enjeux cruciaux reliés à l’identité québécoise et à la protection de notre langue commune : le français ! Les orientations préconisées serviront à alimenter le comité chargé de la rédaction de la proposition principale en vue du prochain congrès national du parti.
« Les réflexions que nous avons eues et que nous aurons au cours des prochains mois permettent et permettront de moderniser notre parti, de moderniser le Québec. Les Québécois doivent savoir que le Parti Québécois est de retour avec des idées neuves et avec une volonté de fer », a affirmé Pauline Marois en conférence de presse au terme du colloque.
Jugement de la Cour suprême
Les militants ont dénoncé la décision de la Cour suprême du Canada d’invalider la loi 104, permettant ainsi un retour des écoles passerelles. « Au nom d’une Constitution que le Québec n’a jamais signée, des juges nommés par une autre nation veulent nous empêcher de défendre ce qu’il y a de plus précieux pour la nation québécoise. La Cour suprême nous dit que notre manière de défendre le français ne lui convient pas. Eh ! bien, au Québec, c’est la Constitution canadienne qui ne nous convient pas », a conclu Pauline Marois.
Discours de clôture de Pauline Marois
Juste avant la conférence de presse, la chef du Parti Québécois a livré un discours senti sur l’identité et les valeurs québécoises.
Pour participer au débat, visitez le blogue de Jonathan Valois et laissez vos commentaires.
Pour les curieux, voici le texte du discours de Pauline Marois.
La version prononcée fait foi.
Chers amis,
Nous voici au terme de deux jours de réflexion, des réflexions qui nous ont plongés au cœur de ce que nous sommes.
Discuter de culture, de langue et d’histoire, c’est se questionner sur ce qu’il y a de plus fondamental dans notre existence nationale.
Au fil de nos discussions, nous avons retrouvé quelque chose qui est gravé dans notre âme, quelque chose que nous portons à la fois comme un héritage et comme une promesse. Cet héritage, ce sont ces quatre siècles d’une histoire qui nous a faits tel que nous sommes aujourd’hui.
Et cette promesse, c’est de prolonger notre histoire dans la souveraineté du Québec ! Cette promesse, nous la tiendrons parce que notre langue, notre culture et notre histoire attendent que nous leur donnions un pays ! Mais cela ne nous empêche pas de réfléchir aux actions à poser dans l’immédiat.
J’aime à dire que l’histoire du Québec est un train en marche et qu’il est possible de monter à bord depuis plusieurs gares. Certains se trouvaient au point de départ de ce voyage. D’autres sont montés plus loin, mais nous sommes tous embarqués vers une même direction. Aujourd’hui, je vous dis que ce train, il est chargé de tout ce dont nous avons débattu en fin de semaine.
La langue française y occupe une place centrale. C’est notre langue publique commune. Là où elle a pu s’affirmer, elle doit garder sa place et là où elle peine encore à faire sa place, elle doit s’imposer. Nous agirons avec beaucoup de fermeté lorsque nous formerons le prochain gouvernement. Il le faut.
Imaginez : au nom d’une Constitution que le Québec n’a jamais signée, des juges nommés pas une autre nation veulent nous empêcher de défendre ce qu’il y a de plus précieux pour la nation québécoise.
La Cour suprême du Canada nous dit que notre manière de défendre le français au Québec ne lui convient pas. Eh ! bien, au Québec, c’est la Constitution canadienne qui ne nous convient pas !
Nous avons aussi beaucoup parlé de la culture et du désir que nous avons de la diffuser et de la faire partager. Cette culture, elle est riche de tout ce que nous avons pu y mettre depuis les premiers jours de la Nouvelle-France et de son métissage avec les Premières Nations, mais aussi de l’apport de générations d’Anglo-Québécois et de Québécois venus d’ailleurs.
Elle s’est exprimée d’abord dans la tradition orale de nos pères, puis dans la langue de nos poètes. Elle a retenti dans des créations audiovisuelles d’avant-garde. Elle circule aujourd’hui par le truchement des technologies de l’information.
Ces nouveaux médias dont nous avons discuté offrent à notre culture de formidables possibilités de diffusion. En même temps, ils nous ouvrent à l’infinie richesse des autres cultures. Mais pour rencontrer le reste de la planète, il est souhaitable de maîtriser d’autres langues que la nôtre. Plusieurs, en fait.
Ce qu’il faut souhaiter, c’est que les Québécois puissent dire ce que nous sommes dans toutes les langues du monde. Les Québécois ont beaucoup à apporter à cette scène culturelle mondialisée. Ils ne manquent pas d’y faire valoir leurs talents et nous rendent tous très fiers.
C’est pour ça que nous désirons parler de « rayonnement » culturel et non pas simplement de protection ou de défense. Parce que lorsque nous dessinons le programme de l’avenir, que faisons-nous au fond ? Nous nommons un à un les éléments de notre identité nationale.
La langue française n’est pas seulement un véhicule de communication qu’il nous faut protéger. C’est à travers elle que nous entrons en rapport avec ceux qui se joignent à nous et elle est aussi le moyen privilégié pour eux de participer pleinement à notre vie nationale.
La langue française, c’est notre maison commune. Quand on constate qu’il y a encore des Québécois obligés de travailler en anglais ; quand on constate que le français recule à Montréal et qu’un allophone sur deux choisit le cégep anglophone ; quand on réalise que ce peuple ne constitue que 2 % de la population nord-américaine ; nous avons le devoir de prendre tous les moyens pour continuer de nous dire québécois en français.
Nous n’avons pas le luxe de nous permettre plus longtemps l’attitude tiède, timorée, l’attitude de frilosité et de peur du gouvernement Charest.
Lorsque nous parlons de développement de la culture et des communications, c’est la même chose. Lorsque nous voyons le gouvernement fédéral utiliser son soi-disant pouvoir de dépenser à hauteur de 1,2 milliard de dollars par année pour se mêler de notre culture, sans même la reconnaître, on a un sérieux problème.
Il faut comprendre que notre culture exprime une manière bien à nous d’être en Amérique. Ce qu’elle propose au monde, c’est une vision unique de cette expérience qui est la nôtre. Celle d’un parcours tout à fait singulier sur ce continent.
Notre culture exprime au passé une condition de minoritaire, mais elle dit au présent et au futur la créativité débordante de celles et ceux qui, parce qu’ils sont les enfants d’une histoire particulière, parlent d’une voix unique et si reconnaissable. Elle a donc besoin pour exister et pour grandir encore d’être pensée, rêvée et surtout soutenue par ceux qui ont conscience de cette valeur inestimable.
Dans ce contexte de mondialisation, il n’a jamais été aussi essentiel d’abriter notre culture nationale. Et le meilleur moyen, non seulement de l’abriter, mais aussi de la faire rayonner, ça demeure de se donner un pays !
Mes amis, deux mots me viennent à l’esprit au terme de cette réflexion : accueillir et transmettre !
Accueillir d’abord. Lorsque nous nous penchons sur l’intégration des personnes immigrantes, nous nous posons en réalité la question de notre maison commune. Nous voulons que tous les Québécois s’approprient véritablement cet espace.
Pour qu’ils y arrivent, il faut les appuyer. Nous leur devons de pouvoir accéder à un emploi. Nous devons leur procurer les ressources leur permettant d’apprendre le français et les aider à s’établir. En retour, nous sommes en droit d’espérer qu’ils nous rejoignent dans ce que nous avons de plus précieux : notre langue, nos valeurs et notre manière de vivre l’Amérique.
Il n’y a rien d’excessif ni de honteux à attendre de ces nouveaux arrivants qu’ils s’inscrivent dans ce que nous avons fait du Québec au fil du temps. Accueillir, c’est s’ouvrir à la différence de l’autre, mais pas au prix de l’effacement de soi !
Au Québec, on rejette le multiculturalisme canadien : ce qu’on veut, ce n’est pas que les communautés vivent chacune de leur côté dans des ghettos culturels. Notre volonté, c’est de vivre ensemble, de vivre vraiment ensemble. Notre conviction, c’est qu’on ne peut pas accueillir et intégrer si nous ne sommes pas assurés de nous-mêmes.
Si nous ne sommes pas capables de dire « nous » avec assurance devant ceux et celles qui désirent nous rejoindre, comment pouvons-nous espérer ensuite qu’ils se sentent solidaires de notre aventure ? Pour accueillir, il faut d’abord exister.
Encore là, nous allons agir en gouvernement souverainiste, en allant aussi loin que possible pour atteindre nos objectifs et faire naître une véritable citoyenneté québécoise. Nous voulons accueillir donc, mais également transmettre.
Le rayonnement de la culture, la promotion du français, l’affirmation des valeurs fondamentales de notre nation, tout cela renvoie à l’idée d’une certaine continuité de nous-mêmes, à l’idée de ce que nous voulons transmettre aux générations à venir.
Nous avons vécu longtemps dans la peur de disparaître. Pour nos ancêtres, transmettre signifiait survivre en se rabattant sur ce qui nous distinguait alors : la langue, la religion, la tradition. Dans le Québec d’aujourd’hui, transmettre veut dire affirmer ce que nous sommes et être fiers de le partager. L’enseigner autant aux enfants qui naissent ici qu’à ceux qui font le choix du Québec, mais transmettre implique aussi une responsabilité devant l’histoire. L’histoire que l’on enseigne en ce moment dans nos écoles renie notre parcours historique marqué par des luttes.
Oui, nous avons eu à mener des batailles motivées par notre volonté de durer. Ces luttes et cette volonté, elles sont encore celles de la nation que nous formons aujourd’hui !
Mes amis, nous avons constaté en fin de semaine qu’il y a beaucoup à faire pour donner à notre culture les moyens de ses ambitions. Eh ! bien, j’en prends l’engagement devant vous, au Parti Québécois, nous le ferons !
La peur d’affirmer nos valeurs, la peur de raconter notre histoire, la peur d’imposer la prédominance du français et la peur de prendre les moyens pour faire rayonner notre culture, ces peurs-là, on va les laisser aux libéraux !
Les Québécois doivent savoir que le Parti Québécois est de retour avec des idées neuves et avec une volonté de fer. Le Québec doit reprendre l’initiative sur le terrain de son identité. Il nous faut un gouvernement qui va prendre ses responsabilités face à l’histoire, au nom des prochaines générations.
Ayons l’audace de nous définir, ayons l’audace de raconter notre histoire, d’affirmer nos valeurs et de prendre en charge notre propre culture.
Ayons l’audace d’accueillir l’énergie et le talent d’où qu’ils proviennent.
Voilà ce que nous proposons à tous les Québécois, parce que nous sommes le Parti Québécois !
MERCI !