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Nouvelle - 22 juin 2010

Pauline Marois souligne l'élection du gouvernement de Jean Lesage et du début de la Révolution tranquille : « Pour la première fois, les Québécois se sont mis au pouvoir » (texte)

Il y a 50 ans aujourd'hui, le 22 juin 1960, survenait l'élection du gouvernement de Jean Lesage et de son « équipe du tonnerre ». Les parlementaires ont souligné cet événement, le 9 juin dernier.

Comme le soulignait Pauline Marois à l'Assemblée nationale, « la Révolution tranquille n'appartient pas à un parti politique en particulier, mais bien à tous les Québécois ».

Point tournant de l'histoire du Québec, le 22 juin 1960 représente le moment où le peuple a embrassé les réformes à venir. « Pour la première fois, les Québécois se sont mis au pouvoir. »

 


Discours prononcé par Pauline Marois à l'Assemblée nationale, le 9 juin 2010, pour souligner les 50 ans de l'élection du gouvernement Lesage.

Visionnez aussi la vidéo du discours.

 

Il convient, aujourd'hui, de souligner ensemble un événement déterminant de l'histoire du Québec non seulement afin de commémorer cet événement en lui-même, mais aussi pour nous rappeler de ce qu'il porte, comme témoin de son époque, ainsi que pour célébrer les nombreux possibles de ses lendemains.

L'élection du gouvernement de Jean Lesage en 1960 fait figure de pivot dans l'histoire du Québec. Pourtant, nombreux sont ceux qui soulignent à très juste titre que la Révolution tranquille qu'il amorce avait déjà été amorcée un peu avant par le «désormais» de Paul Sauvé. Si les murs qui nous entourent pouvaient parler, ils nous raconteraient sans doute ces 100 jours épiques où furent débattus, en cette Chambre, pas moins de 31 projets de loi; gratuité scolaire, protection des travailleurs, projet d'assurance hospitalisation. Déjà, le décor était planté. Le 22 juin 1960, toutefois, c'est un événement fondateur qui survient. Les Québécoises et les Québécois embrassent, par la voie des urnes, l'avènement d'une ère des grandes réformes et de grandes mobilisations qui marqueront notre histoire de façon irrémédiable. Je pense que tous les collègues de chaque côté de la Chambre seront avec moi. La Révolution tranquille n'est pas le simple fait d'un parti politique, c'est celui de toute la collectivité québécoise.

Il faut se remettre en contexte. Le peuple québécois était prêt pour le changement. Il l'a dit à travers son cinéma, sa télévision naissante. Pensons à Pierre Perrault, Gilles Carle, deux cinéastes de grande envergure que nous avons honorés dans la dernière année. Il le crie dans la rue à travers de grandes mobilisations ouvrières qui surviennent en cette époque où le mouvement syndical se bâtit. On ne peut l'oublier alors que notre nation porte encore le deuil de Michel Chartrand et Pierre Vadeboncoeur.

Il le pense, le rêve, l'imagine dans les écrits de ses intellectuels, la colère de ses polémistes et les mots de ses poètes: en forme d'insolences quand il s'agit de Jean-Paul Desbiens; sur un ton éditorial sous la plume d'André Laurendeau et, plus tard, de Claude Ryan. N'est-ce pas d'ailleurs un beau clin d'oeil de l'histoire que le siècle du Devoir rejoigne le demi-siècle de cette révolution? Dans une revue intitulée Cité libre, dont quelques noms de contributeurs, tels Trudeau, Lévesque, Pelletier, Vallières... suffit à nous démontrer comment cette révolution pas si tranquille n'était pas le fait d'un seul parti politique, mais celle de toute la société québécoise. Et c'est bien ce qui se produit en 1960.

En appuyant largement « l'équipe du tonnerre » de Jean Lesage, ce sont les Québécoises et les Québécois qui, pour la première fois, se sont mis au pouvoir. Imaginez, un cabinet composé notamment de Georges-Émile Lapalme, le patient penseur de ce programme de gouvernement, de Gérin-Lajoie, dont nous célébrerons, oui, les 90 ans la semaine prochaine, de René Lévesque, quelque peu troublé par les méthodes électorales dont il aura été l'objet et qui n'aura de cesse par la suite de civiliser l'ensemble de ces processus, un cabinet qui comprendra plus tard une première femme, Claire Kirkland-Casgrain, qui aura à abattre l'ouvrage des défricheuses. Imaginez encore tous les talents, les cerveaux, la force vive du Québec mobilisés pour servir cette mission confiée par les Québécois; les Michel Bélanger, Claude Morin, Éric Gourdeau, Jacques Parizeau, tous ces hommes qui, dans l'ombre des acteurs politiques, ont bâti la SGF, la Caisse de dépôt, nationalisé l'électricité.

Mme la Présidente, on pourrait certainement discuter longuement des conclusions idéologiques que chacune des personnes que nous avons nommées ont tirées de l'expérience vécue à cette époque, des constations et des évidences qui sont ressorties de leur contact avec la réalité du pouvoir québécois, mais il importe de reconnaître que cette époque aura fait ressortir la ligne de fracture fondamentale du débat politique qui nous anime depuis lors. Rien de plus normal, c'est aussi l'époque où le Québec, sous l'impulsion des d'Allemagne et Bourgault... naîtra un mouvement dont la fulgurance de l'ascension n'a toujours pas connu d'égale.

Il n'est pas permis d'en douter, le mouvement indépendantiste a été l'un des ressorts aussi de cette dynamique. Une autre ligne de fracture s'ajoute aujourd'hui, indissociable de la précédente, entre ceux qui, d'une part, pensent qu'il faut rompre avec le modèle édifié lors de la Révolution tranquille pour mieux nous conformer aux façons de voir des autres et ceux qui, d'autre part, pensent qu'il faut justement nous rassembler autour des idéaux véhiculés par cette révolution sur les plans démocratique, identitaire, social, économique pour nous recentrer vers l'essentiel et propulser le Québec vers de nouveaux sommets. Nous ne réglerons pas ces questions épineuses aujourd'hui, Mme la Présidente, mais ce sur quoi, je le pense, tous les députés présents en cette Chambre pourront se mettre d'accord, c'est sur le fait que cette élection a fait en sorte que de Canadiens français nous sommes, oui, devenus des Québécois et que par conséquent ce gouvernement de la nation québécoise n'agirait plus jamais autrement que dans l'intérêt des Québécois, pour les Québécois et par les Québécois. C'est ce que nous souhaitons tous, toutes et chacune d'entre nous en cette Chambre, c'est ce que nous souhaitons retenir de l'élection du 22 juin 1960.

En terminant, Mme la Présidente, j'aimerais remercier le comité d'honneur du 50e anniversaire de la Révolution tranquille qui, chacun à leur façon, ont oeuvré à cette même révolution. Il est présidé par M. Jean-Paul L'Allier, composé de Mmes Bacon, Bertrand, de MM. Béland, Bolduc, Castonguay, Derome, Godbout, Jedwab, Gérin-Lajoie, Rivest, Tremblay et Vaugeois. Merci pour cet apport à la société québécoise.

 

Source : le Journal des débats de l'Assemblée nationale, 9 juin 2010