Nouvelle - 1er octobre 2011
Dans le cadre du conseil national du Parti Québécois du 1er octobre 2011 à Drummondville, Pauline Marois s'est adressée aux quelque 500 délégués présents. Voici ce qu'elle a dit.
La version prononcée fait foi.
Chers amis, il s’en est passé des choses depuis la dernière fois qu’on s’est vus tous ensemble.
Il y a eu des élections fédérales. Il y a eu des démissions. Il y a aussi eu des inondations dans la Vallée du Richelieu. Un morceau du tunnel Ville-Marie s’est effondré. Les transports à Montréal sont redevenus un cauchemar. Des parents ont été incapables de trouver une place en garderie pour leur enfant. Des familles ont dû se résoudre à laisser aller leurs vieux parents dans un CHSLD, faute de soins à domicile. Des travailleurs ont perdu leur emploi. À Montréal, le français recule. Dans nos écoles, des enfants décrochent. Dans le Nord, nos ressources sont offertes à rabais.
Les gens sont stupéfaits de voir le premier ministre qui se promène dans le monde entier pour dire aux compagnies : « Venez vous servir chez nous, c’est pas cher. »
Le pire : c’est que les Québécois ont eu la confirmation que le crime organisé avait infiltré l’économie officielle. Les gens sont exaspérés par l’attitude du premier ministre. C’est ça qui se passe sur le terrain.
Depuis le début d’août, j’ai rencontré des milliers de Québécoises et de Québécois. Dans la rue, les festivals, les centres d’hébergement, les garderies, les assemblées citoyennes ou les cégeps, partout les gens m’ont parlé de leurs inquiétudes et de leurs espoirs. Ils m’ont dit qu’ils voulaient un gouvernement qui met les citoyens au cœur de ses préoccupations.
Beaucoup m’ont demandé : « Mme Marois, qu’est-ce qui se passe au Parti Québécois? On a besoin de vous. »
J’ai aussi rencontré des centaines de militants et tous les présidents de circonscription. Et sauf pour une poignée, tous sont conscients, comme mon ami Gilles Duceppe, que la souveraineté, ça passe par un Parti Québécois uni.
Vous avez été très nombreux à m’appuyer et à me dire de persévérer. Je vous en remercie.
Depuis plus de trois mois, je suis sur le terrain, dans les médias, je suis au front. J’ai encaissé toutes les critiques, tous les commentaires, toutes les caricatures. J’ai défendu notre parti, nos députés et vous, les militants. Heure après heure, jour après jour, je n’ai jamais lâché, je ne vous ai jamais lâchés.
Des fois, je me demande pourquoi je fais tout ça. Dans ces moments-là, je pense aux Québécois. Je pense à ceux qui ont de la misère avec leurs fins de mois, je pense à celles qui élèvent seules deux ou trois enfants et qui travaillent si fort, je pense à nos aînés qui voudraient tellement pouvoir vieillir chez eux, avec leurs proches, je pense à ce que nous pouvons faire pour les Québécois.
Et puis, je pense à vous, les militants, tout le travail que vous accomplissez bénévolement, les soirées et les fins de semaine sacrifiées pour faire avancer notre projet. Je pense à vous et je me rappelle pourquoi je fais de la politique.
Les gens ont toujours été au cœur de mes préoccupations. C’est pour eux que je veux faire un pays. C’est pour eux que je veux faire un pays généreux.
Le temps a passé. Le Bloc regarde maintenant vers l’avant. Nos députés forment encore, et de loin, la meilleure équipe à Québec. Et vous, les militantes et les militants du Parti Québécois, vous formez toujours le plus grand mouvement politique du Québec.
Ceux qui ont voulu détruire le Parti Québécois ont échoué! À partir de maintenant, toutes nos énergies doivent être dirigées vers les gens qui comptent sur nous. Les Québécois doivent être au centre de toutes nos préoccupations et le pays au cœur de notre action.
Nous avons un programme de gouvernement à proposer aux Québécois. Le programme d’un gouvernement résolument souverainiste! Nous proposons des changements majeurs, qui vont nous permettre de répondre aux inquiétudes et aux espoirs des Québécois.
Nous allons renforcer la place du français en adoptant une nouvelle loi 101, plus cohérente, plus forte. Nous allons poser des gestes qui sont nécessaires pour l’avenir de notre peuple. Il y aura une citoyenneté québécoise; il y aura une charte de la laïcité; nous allons ramener l’histoire nationale dans nos écoles et mettre en place une politique culturelle ambitieuse. Nous allons mettre de l’avant notre identité, celle du peuple québécois.
On va relever la tête avec fierté. Nous allons reprendre le contrôle de notre économie et de nos ressources naturelles. Nous allons augmenter le niveau des redevances, imposer les profits excédentaires des compagnies qui exploitent nos ressources naturelles; prendre des participations dans certains projets; développer l’économie de nos régions.
Les ressources naturelles, c’est à nous et aux générations qui nous suivent. C’est la propriété des Québécois. Fini, la vente à rabais!
Nous proposons de lancer un dernier grand chantier social. Un chantier de solidarité pour assurer la dignité à nos aînés et à nos malades chroniques.
Il y aura une politique ambitieuse de soins et de services à domicile. Cela va nous permettre d’économiser des milliards de dollars à long terme. Mais surtout, ça permettra aux gens de demeurer chez eux, dans leur environnement, près des leurs. Nous allons enfin soulager les proches aidants.
Nous voulons un Québec de partage. Voilà le Québec qu’on aime! Nous voulons aussi un État efficace et compétent au service des gens. Nous avons des solutions concrètes.
En santé, tous les professionnels – infirmières, pharmaciens et thérapeutes – pourront accomplir plus et désengorger les urgences. Il faut en finir avec l’attente inacceptable à chaque fois qu’un de nos enfants a une otite, qu’une grand-mère a la grippe.
En éducation, nous allons aider les enseignantes, mettre les professionnels au service des enfants, réduire la bureaucratie, amincir le ministère, et mettre les ressources dans les écoles, là où ça compte.
Nous allons répondre aux besoins des familles : ce sera un enfant une place! Nous voulons un État proche des besoins des Québécois.
Nous devons aussi renforcer l’expertise de notre État. Les contribuables ne doivent plus être les otages d’un groupe organisé d’intérêts privés.
Les libéraux ont assez affaibli l’État : nous allons le renforcer!
Notre priorité, depuis deux ans, c’est de refaire du Québec un exemple en matière d’intégrité. Sur cette question, les Québécois doivent demeurer unis en exigeant une enquête publique. Tous les partis doivent demeurer unis là-dessus.
Y compris le futur parti de la coalition de MM. Legault et Sirois. Ils avaient omis de faire d’une enquête publique une de leurs priorités. Ils ont manifestement changé d’avis après le rapport Duchesneau. Malheureusement, François Legault s’est ensuite mis à louvoyer. Enquête publique, enquête à huis clos, enquête semi-publique / semi-privée…
Soyons clairs : nous ne voulons pas d’une commission à l’abri des regards du public, derrière des portes closes.
En demeurant dans le flou, M. Legault commet une erreur. Il fait le jeu du gouvernement, car Jean Charest cherche justement à nous diviser làdessus. Je le dis à François Legault et Charles Sirois : « Ne jouez pas le jeu de Jean Charest ».
Les Québécois ont perdu confiance et cacher la vérité ne va qu’empirer les choses. C’est rendu que tout le Québec se demande : « Coudonc, qu’est-ce qu’ils ont tous à cacher? »
Moi, je veux que ce soit bien clair : le Parti Québécois, lui, n’a absolument rien à cacher. Moi, je n’ai absolument rien à cacher et je ne suis pas achetable!
À l’Assemblée, à part les libéraux, tous les députés se sont prononcés en faveur d’une commission d’enquête avec un mandat large. Elle doit porter sur l’industrie de la construction, l’octroi de contrats, de permis ou de subventions et le financement de tous les partis politiques. Tout le monde doit également être clair sur la portée du mandat. Et puis, il faut débattre dès maintenant des solutions.
Par exemple, pour éloigner les vautours, comme les appelle M. Duchesneau, nous proposons que le financement des partis devienne essentiellement public en plafonnant les dons à 100 dollars par personne.
Au Parti Québécois, nous sommes clairs. Nous n’avons pas changé d’avis depuis deux ans. Un gouvernement du Parti Québécois créera une commission d’enquête publique dans les 100 premiers jours de son mandat.
Nous allons limiter les dons aux partis politiques à 100 dollars par personne, nous allons faire le ménage. Pour nous, c’est clair et net. Élections à date fixe, limitation des mandats et vote libre. Nous sommes les porteurs du changement.
Et ce n’est pas fini : notre prochain conseil national portera sur le renouveau démocratique. Plusieurs de nos députés ont fait un travail de consultation poussé et je les en remercie.
Le renouveau, c’est au Parti Québécois que ça se passe! Intégrité, confiance, démocratie, liberté.
Mes amis, nous allons construire une nouvelle majorité en faveur de la liberté politique, de la souveraineté. Nous allons construire avec le matériau sur lequel se bâtissent les pays : la fierté. Construire une majorité souverainiste, c’est aussi ça notre tâche!
Ce n’est certainement pas en mettant la question nationale de côté pendant dix ans – comme François Legault – ou pour l’éternité – comme les libéraux – qu’elle va se régler.
Écoutez, c’est rendu que le gouvernement conservateur de Stephen Harper veut mettre en prison des Québécois qui ne voudraient pas que le drapeau canadien soit affiché. Le portrait de la reine est accroché partout à nos frais. Le Code criminel est amendé contre nos jeunes.
Ottawa refuse d’admettre qu’il nous faut un nouveau pont Champlain. Est-ce qu’on va devoir attendre le nouveau pont encore 20 ans, comme pour la taxe de vente?
Les lois fédérales et la Constitution canadienne sont des obstacles à notre rayonnement culturel, international, linguistique.
Il faut agir sans attendre, en toute liberté. Partout, sur tout et tout le temps! C’est ce que fera un gouvernement du Parti Québécois.
Nous avons une lourde responsabilité, mes amis. Nos amis du Bloc sont bien seuls en ce moment. Québec solidaire a choisi un parti canadien. L’ADQ est devenue fédéraliste. Les libéraux fatalistes. Et François Legault, défaitiste!
Nous sommes les seuls capables de défendre les intérêts du Québec face au gouvernement fédéral de Stephen Harper. Nous sommes les seuls à nous tenir debout face à Ottawa!
Est-ce qu’on peut vraiment se permettre de laisser la question nationale de côté pendant 10 ans? La réponse est non. François Legault l’affirmait lui-même en 2007. Il disait ceci : « À partir du moment où on fait la démonstration que le Québec, comme province, est ingouvernable, il faut être cohérent. Il ne faut pas s'engager à gouverner l'ingouvernable ».
C’est vrai, je suis parfaitement d’accord avec cette affirmation. Comme simple province, le Québec stagne. Faut être cohérent, François. Ce n’est jamais une bonne idée en politique de mettre nos convictions de côté, de virevolter au gré du vent.
Au Parti Québécois, on garde le cap sur nos convictions. L’avenir réside dans la liberté. Notre objectif est clair : nous voulons un pays, un pays généreux, un pays québécois!
S’il y a une chose sur laquelle la grande majorité des Québécois que j’ai rencontrés s’entend, c’est sur la nécessité de changer de gouvernement. La prochaine étape consistera à choisir un nouveau gouvernement. Nous avons un programme audacieux et très clair à offrir.
Face à nous, il y a les libéraux. Il y a aussi ce parti fantôme… On ne fera pas semblant : tout le Québec sait bien que François Legault et Charles Sirois se sont associés pour créer un nouveau parti. Dans l’avenir, j’aurai bien d’autres questions à leur poser. Par exemple : c’est quoi exactement la différence entre le Parti libéral et la coalition? Pour moi, ce n’est pas clair et je ne suis pas la seule.
Comme l’a dit l’ancienne députée libérale Nancy Charest le 12 septembre : « Les valeurs exprimées par M. Legault correspondent, en tous points, à ce que les libéraux ont toujours préconisé. »
Wouaoh!
Je ne suis pas certaine que ce soit un compliment…
Mes amis, dans leur très grande majorité, les Québécois veulent se débarrasser du gouvernement actuel et changer d’air. Nous avons donc le devoir de proposer une alternative. Nous avons un programme audacieux qui répond aux inquiétudes et aussi aux espoirs des Québécois.
Nos concitoyens doivent demeurer au centre de nos préoccupations. Nous devons être obsédés par cette idée de répondre aux attentes concrètes des gens, des familles, des aînés, des enfants.
Nous ne sommes pas le parti des intérêts privés. Nous ne sommes pas le parti d’une idéologie de gauche ou de droite. Nous ne sommes pas non plus le parti d’une élite. Nous sommes le parti des Québécois!
Nous allons faire le ménage; nous allons rénover notre démocratie; renforcer l’identité québécoise; défendre les intérêts de notre peuple face au gouvernement de Stephen Harper; reprendre le contrôle de notre économie et de nos ressources naturelles; remettre l’État au service des Québécois.
Nous allons bâtir le Québec du 21e siècle avec l’indépendance énergétique. Nous allons miser sur la fierté. Nous allons bâtir une majorité en faveur de la souveraineté du Québec.
Nous avons un programme formidable. Nous avons une équipe fantastique. Nous avons un parti extraordinaire. Nous sommes des porteurs de changement, des porteurs d’espoir. Nous avons une lourde responsabilité face à l’histoire.
Alors, retroussons nos manches et allons nous battre pour passer de l’espoir à la réalité.
Merci!
Écoutez la vidéo intégrale du discours de Pauline Marois.