Nouvelle - 4 juin 2009
La crise provoquée par des tests de laboratoire possiblement erronés dans le traitement du cancer du sein a représenté un test important pour le ministre de la Santé, Yves Bolduc. Cette épreuve pour des milliers de femmes a mis à l’épreuve les habiletés de gestion de crise et de communications du ministre, son ouverture et sa capacité s’élever au-dessus de la partisanerie politique, sa vision globale et intégrée des besoins en pathologie. Hélas, au grand dam des millions de Québécoises et de Québécois, c’est un échec lamentable sur toute la ligne dans ce dossier.
La crise a été déclenchée le 27 mai au soir lorsque les résultats d’une étude ont révélé que le Québec n’était pas à l’abri des erreurs de test de diagnostic du cancer du sein. Le même jour, le ministre admet que le taux d’erreur est préoccupant mais insiste sur la nécessité d’avoir l’heure juste avant d’agir. Pourtant, plusieurs sources affirment que le ministère était au courant et que Québec aurait fait la sourde oreille à des demandes d’intervention répétées dans le dossier.
En effet, au Québec, environ 6000 femmes par an reçoivent un diagnostic de cancer du sein. « Le vrai scandale, ce n’est pas qu’on ameute la population, le vrai scandale, c’est qu’on ne s’en est pas occupé depuis 2005 », disait le 30 mai Dr Barette, le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Après avoir remis en doute la crédibilité de l’étude et les intentions de ses auteurs, le ministre se rallie et reconnaît finalement que certains tests devront sans doute être refaits pour assurer que les patientes aient obtenu le bon diagnostic. Mais pas avant d’avoir obtenu l’opinion de pathologistes pour déterminer le plan de match à adopter ! Le ministre s’adresse à des gens de mêmes professions pour valider l’étude remise en doute... Paradoxal.
Trois jours après le déclenchement de la crise, le ministre et médecin de surcroît, n’est toujours pas en mesure de rassurer les milliers de femmes inquiètes. Il a plutôt fait tout le contraire. Qui plus est, le traitement d’autres cancers pourrait être remis en cause aussi ! Le ministre Bolduc, en furie, va jusqu’à dire que la crise est exagérée.
Le ministre s’est complètement discrédité avec son attitude de girouette. L’étude n’est pas valide, puis elle l’est, et finalement tout le monde a exagéré. Quoi penser ? Bernard Drainville, député de Marie-Victorin et porte-parole de l’opposition officielle en matière de Santé, trouve que le ministre a tout embrouillé avec ses interventions publiques, rendant plus confuses et inquiètes les femmes atteintes de cancer du sein et leur famille.
Alors que les médecins ont un plan, et qu’un débat d’urgence bat son plein sur la question à l’Assemblée nationale, de plus en plus de voix s’élèvent pour dire que le ministre de la Santé a échoué au test... Mardi, donc, le ministre finit par prendre une décision : un comité d’expert se prononcera... d’ici la fin de la semaine. Malgré cette décision, le ministre n’a encore rien fait !
Le Parti Québécois a bien critiqué le ministre Bolduc pour sa gestion de la crise, n’empêche que le gouvernement libéral a ignoré depuis 2005 tous les signaux que lui envoyait le réseau de la santé, que ce soit les pathologistes, le Collège des médecins, les technologistes médicaux ou encore l’AETMIS.
Le ministre Bolduc a caché le fait que lui et son gouvernement étaient au courant depuis longtemps que la fiabilité des tests en laboratoire était remise en cause.
« Plutôt que d’agir dans l’intérêt de tous les Québécois, le gouvernement libéral a voulu étouffer l’affaire la semaine dernière en discréditant l’étude et la sortie du président de la Fédération des médecins spécialistes, Dr Barrette. Résultat : c’est en catastrophe qu’un comité d’experts doit aujourd’hui recommander ces mesures, notamment la reprise de plus de 2000 tests ! Une chose est certaine, sur cette importante question, nous faisons plus confiance aux spécialistes qu’au ministre », a ajouté M. Drainville.
Le ministre de la Santé doit agir de manière transparente et s’engager à faire part des résultats des recommandations au fur et à mesure qu’elles seront mises en œuvre. « Nous allons nous assurer que le ministre Bolduc ne se défile pas et rende compte à la population du suivi de son plan, déjà qu’il ait trop tardé à agir. Nous le devons pour les femmes du Québec », a conclu Bernard Drainville.