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Nouvelle - 13 novembre 2009

Le français est le ciment du Québec, il faut colmater les brèches!

Depuis que la Cour suprême a invalidé la loi 104, Jean Charest et son gouvernement ont clairement démontré, malgré toutes leurs belles paroles, que la protection et la promotion de la langue française ne sont pas aussi importantes qu’elles devraient l’être. Pourtant, la loi 104 avait été adoptée à l’unanimité en 2002 par les députés de l’Assemblée nationale du Québec...

Aujourd’hui, Pierre Curzi, député de Borduas et porte-parole de l’opposition officielle en matière d’éducation primaire et secondaire et de langue, mènera le bal durant une interpellation à l’Assemblée nationale, vendredi, de 10 h à midi. La ministre responsable de la Charte de la langue française, Christine St-Pierre, devra enfin fournir des réponses. Elle expliquera peut-être pourquoi elle a traité le député de fils d’immigré...

La semaine dernière, publiait un texte, Le poids du nombre, pour mettre en contexte la situation de la langue française et l’urgence d’agir ! En publiant le texte dans ses pages, le vendredi 12 novembre, le quotidien La Presse a titré « Un strict minimum ».

Voici ce texte, que nous vous invitons à commenter sur Facebook.


 

Le poids du nombre

par Pierre Curzi

Entre 2002 et 2009, le nombre d’immigrants reçus par année est passé de 37 500 à 47 000. Dans un très proche avenir, le Québec a pour objectif d’accueillir 55 000 nouveaux arrivants. Proportionnellement à la population totale du Québec, c’est trois fois plus que la France et deux fois plus que les États-Unis. Il y aura donc, en 2010, 17 500 nouveaux arrivants de plus qu’en 2002 à accueillir et à intégrer à la culture francophone québécoise dont un quart parle seulement le français. Dans le contexte actuel, que je résume à grands traits dans les lignes qui suivent, l’intégration de ces nouveaux arrivants représente un défi majeur.

Il faut d’abord rappeler que 83 % de tous les immigrants élisent domicile dans le grand Montréal et que 90 % des immigrants allophones s’établissent sur l’île de Montréal. Ensuite, comme je l’ai démontré dans une lettre parue dans La Presse et dans Le Devoir le 1er octobre dernier, il faut aussi noter l’exode massif des francophones de l’île dont le solde migratoire est déficitaire de 200 000 individus depuis 1986. J’ai aussi fait état du fait qu’un allophone sur deux vit dans la culture anglophone. Un article de The Gazette du 11 avril 2007 confirme d’ailleurs les chiffres suivants : il y a sur l’île de Montréal 410 000 anglophones, 320 000 allophones anglicisés, 945 000 francophones et 320 000 allophones dont on croit qu’une bonne partie vit dans la culture francophone. Somme toute, il y a 730 000 personnes qui vivent en anglais sur l’île de Montréal pour 945 000 francophones. Même en additionnant aux francophones tous les allophones francisés, il n’y a pas deux individus de culture francophone pour un individu de culture anglophone sur l’île de Montréal. Le poids du nombre semble trop lourd à porter pour les francophones et les allophones francisés si l’on souhaite une intégration réussie dont le succès repose, nous le savons, sur un environnement d’immersion réelle.

Quel avenir ce portrait actuel de la langue à Montréal nous laisse-t-il entrevoir ? Chaque année, il y a 13 000 étudiants dans les cégeps anglophones qui proviennent du secteur des écoles secondaires francophones. Les études de Charles Castonguay nous montrent que tout le progrès de la francisation des allophones au cours du passage à l’école primaire et secondaire est annulé par ce passage au cégep anglophone. Le transfert linguistique précoce vers le français serait donc temporaire pour beaucoup d’allophones puisqu’un deuxième transfert s’effectue vers l’anglais au cégep.

Avec l’ajout, dans la seule région de Montréal de plus d’un demi-million de nouveaux Québécois nous arrivant de l’étranger au cours des 10 prochaines années, légiférer en matière de langue d’enseignement dans le cas des écoles passerelles ou au niveau collégial s’impose comme un strict minimum si l’on veut sauvegarder le fait français à Montréal. Et légiférer ne représente qu’une parmi les nombreuses avenues que nous devrons emprunter. À la lumière de la situation actuelle et à venir, peut-on cataloguer de « paranoïaques de la langue » ou de « radicaux péquistes » celles et ceux qui considèrent nécessaire d’agir promptement et significativement sur la question linguistique ? Allons-nous toujours trop loin pour ceux qui ne veulent aller nulle part ?