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Nouvelle - 12 avril 2010

« Jean Charest décrète une enquête publique sur… la nomination des juges », par Yves Chartrand

C’est un Jean Charest visiblement ébranlé, se disant affecté par les attaques de son ancien ministre Marc Bellemare, qui a annoncé ce matin la création d’une commission d’enquête publique pour faire toute la lumière sur le processus de nomination des juges et les allégations.

« C’est nécessaire pour dissiper tout doute sur ce processus et préserver l’intégrité du système judiciaire », dit le premier ministre.

Après avoir refusé depuis un an de décréter une commission d’enquête sur les présumés cas de collusion et de corruption dans le domaine de la construction, Jean Charest estime qu’il ne peut cette fois éviter un processus d’examen public sur les allégations de Bellemare.

Ce dernier a affirmé avoir nommé au moins trois juges pour plaire aux bailleurs de fonds du Parti libéral, qui ont exigé ces nominations comme des « retours d’ascenseur » à leurs généreuses contributions. Qui plus est, Bellemare a indiqué que Jean Charest avait cautionné cette pratique, ce qui équivaut à dire que le premier ministre s’est fait le complice d’un trafic d’influence, une illégalité qui relève du Code criminel.

« Je ne peux accepter que ma réputation soit entachée de cette façon ni qu’un ex-ministre de la Justice jette des doutes sur l’intégrité du processus de nomination des juges », réplique Jean Charest, qui demandera à Marc Bellemare de se rétracter.

« Je vais recommander demain au conseil des ministres de décréter la tenue d’une enquête publique relative aux allégations de Marc Bellemare sur le processus de nomination des juges », a-t-il annoncé.

Quant aux autres accusations concernant le financement du PLQ, Jean Charest a réitéré qu’aucun citoyen n’est au-dessus des lois. Il a demandé à Marc Bellemarre de rencontrer le directeur général des élections « sans délai pour dire ce qu’il a à dire ».

Crédibilité du système

Le premier ministre a justifié une enquête publique sous le seul angle de la nomination des juges par le fait qu’un ancien ministre de la Justice « remette en question ce processus. Cela a un effet sur la crédibilité du système judiciaire au Québec », juge-t-il, précisant qu’une personne sera mandatée par le conseil des ministres dès mercredi.

Jean Charest a nié à plusieurs reprises les allégations de Marc Bellemare, soutenant que tout est faux dans ses prétentions, dont celle qu’il ait cautionné personnellement des nominations de juges téléguidés par des collecteurs de fonds ou de gros donateurs du PLQ.

Sur le plan personnel, Jean Charest n’a pas caché qu’il trouvait ce moment « très dur ».

« On est vulnérable en politique dans la mesure où l’on devient une cible pour des gens qui décident de nous attaquer. Je l’accepte, mais ça ne veut pas dire que j’aime cela », a-t-il confessé dans un rare moment depuis 2003 où il s’est laissé aller devant les journalistes.

« Il y a une perception que parce qu’on est premier ministre, on est gros et fort et que ces choses ne nous dérangent pas. Ce n’est pas vrai. Oui, ça nous dérange. Mais ultimement, ma responsabilité, c’est de me lever tous les matins et de gouverner du mieux que je le peux pour tous les Québécois », a-t-il dit avec des yeux que l’on a cru voir s’embuer.

 

Source : Rue Frontenac

 

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