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Nouvelle - 13 mars 2010

Discours de Pauline Marois en ouverture du colloque Gouvernement souverainiste et création de la richesse : pour des Québécois plus riches! (texte)

Chers amis, bienvenue à Lévis.

Nous sommes dans un excellent endroit pour tenir ces débats sur la création de richesse. Lévis, c’est le berceau d’une grande aventure de coopération, marquée à la fois par la solidarité et par la création de richesse. Je parle de Desjardins, bien sûr, une institution qui montre que la création et le partage de la richesse ne s’opposent pas : ils se renforcent mutuellement.

Et si nous avons choisi de nous réunir ici, c’est pour démontrer le sérieux de notre démarche aux citoyens de Lévis, comme à ceux de tout le Québec!

Je l’ai dit, je souhaite que notre formation politique amorce un virage important. Certains ont affirmé que le Parti Québécois faisait un virage à droite et d’autres, que nous faisions un virage à gauche… Eh bien! les étiquettes et les corridors idéologiques, on va laisser ça aux autres…

Nous ne sommes pas le parti d’une idéologie de gauche ou de droite, nous sommes beaucoup plus que ça, nous sommes un parti souverainiste! Le parti de tous les Québécois. Nous allons continuer à prendre ce virage souhaité par la population : un virage qui nous ramène sur le chemin de ce qui est fondamental.

L’automne dernier, nous nous sommes penchés sur ce qui fait la force d’une nation : la vigueur de son identité, de sa langue et de sa culture. La force d’une nation, c’est aussi sa force économique.

Ce colloque de réflexion que nous entamons aujourd’hui porte sur la création de richesse de tous les Québécois. La richesse individuelle et collective.

Depuis la Révolution tranquille, nous avons effectué un rattrapage impressionnant en reprenant le contrôle de nos leviers économiques. On a réussi en bonne partie grâce à l’action de l’État québécois. Le Québec doit maintenant franchir une nouvelle étape. Il ne s’agit plus de rattraper les autres, mais de nous dépasser nous-mêmes.

Ce n’est plus l’État qui doit être au cœur de notre enrichissement national, ce sont les Québécoises et les Québécois qui doivent en être les fers de lance. On ne fera pas table rase du passé. L’État continue d’être un formidable outil de développement économique et de partage de la richesse. On ne se privera pas de l’utiliser à bon escient, mais pour l’avenir, nous devons créer les conditions qui permettront aux Québécois d’être maîtres de leur enrichissement.

La richesse individuelle, c’est un moyen d’épanouissement des individus, des familles, de toutes les régions et, au bout du compte, de la nation québécoise. Nous allons montrer, une fois encore, que le vrai parti de l’économie, c’est le Parti Québécois.

C’est notre parti qui a innové en créant, par exemple, le Régime d’épargne actions.

C’est le Parti Québécois qui nous a sortis de la récession de 1980 et qui a lancé le Québec sur la voie de la diversification économique et des hautes technologies, un virage dont nous bénéficions aujourd’hui.

C’est un gouvernement du Parti Québécois qui a équilibré les finances publiques après le gâchis financier laissé par le Parti libéral il y a 15 ans.

Ce que je vous demande, maintenant, c’est de préparer la venue d’un gouvernement du Parti Québécois. Un gouvernement doté d’un programme de création de richesse. Un gouvernement souverainiste qui va nous propulser dans l’avenir et qui nous permettra de nous enrichir durablement.

Si elle se construit à partir d’une vision axée sur le développement durable, cette richesse nous offrira les moyens de notre épanouissement collectif et individuel d’une génération à l’autre.

Notre force économique nous offrira aussi les moyens de renforcer notre identité et notre solidarité. Notre force économique nous offrira plus de liberté.

C’est pourquoi nous nous efforcerons de développer une vision qui porte loin en avant que nous proposerons aux Québécois dans trois ans. Ça ne m’empêche pas, dans l’immédiat, d’être très inquiète de ce qui se passe, comme le sont d’ailleurs beaucoup de Québécois.

Je suis inquiète parce qu’on se retrouve avec un gouvernement qui a fait la preuve de son incompétence, de sa négligence et de son manque d’intégrité. Quand on traverse une crise, on voudrait pouvoir faire confiance à nos dirigeants.

Or, en matière de gestion de nos finances publiques, le gouvernement de Jean Charest est le pire de l’histoire du Québec.

Jamais un gouvernement n’avait autant endetté les Québécois.

Jamais la Caisse de dépôt et placement n’avait perdu autant d’argent.

Jamais un gouvernement n’avait laissé les finances du Québec atteindre un tel état de fragilité.

Les Québécois se demandent pourquoi ils devraient accepter de faire des sacrifices. Pourquoi ils devraient piger dans leur poche pour confier leur argent au pire gouvernement de l’histoire du Québec.

M. Charest voulait avoir les deux mains sur le volant, mais avec le gâchis financier qu’il a causé, il veut plonger ses mains dans les poches de la classe moyenne. Malheureusement, seul le gouvernement peut poser les gestes qui sont nécessaires, mais nous, ce qu’on peut faire, c’est le talonner sans relâche.

Les Québécois peuvent compter sur nous : nous allons surveiller les mains de ce gouvernement qui sont partout, sauf sur le volant!

Si au moins le gouvernement Charest commençait par essayer de récupérer notre argent à Ottawa! Essayer pour vrai, je veux dire…, mais non, il fait preuve d’une négligence jamais vue en ce qui a trait à la défense des intérêts économiques et financiers du Québec.

Les Québécois envoient des milliards de dollars à Ottawa. Jean Charest pourrait s’en occuper un peu, il me semble.

Parlez-en aux gens des régions forestières, eux dont les impôts servent à sauver l’industrie de l’automobile en Ontario alors qu’ils ne reçoivent que des miettes d’Ottawa.

Dans le dernier budget fédéral, les chiffres sont très clairs : il y a près de 10 milliards pour l’automobile. 10 000 millions! Et il y a seulement 170 millions pour l’industrie forestière. C’est 59 fois moins.

Le pointage de Jean Charest : Québec 1 – Ontario 59.

Jean Charest se vantait d’être en mesure de défendre les intérêts du Québec, parce qu’il est fédéraliste. Il n’est même pas capable d’aller chercher les 2,2 milliards de dollars qui nous reviennent pour l’harmonisation de la taxe de vente!

Pendant que ce gouvernement libéral va demander aux Québécois de se sacrifier, les Ontariens, eux, vont recevoir plus de 4 milliards de dollars d’Ottawa pour l’harmonisation de leur taxe de vente. Trouvez-vous ça normal vous?

Le pointage de Jean Charest c’est : Québec zéro, Ontario 4 milliards!

Une chance que ce n’est pas Jean Charest qui représentait le Québec aux olympiques! Parlant d’olympiques, le Canada a bien beau ignorer l’existence du français et la présence du Québec lors des cérémonies d’ouverture et nous noyer dans une mer de drapeaux, ça n’a pas empêché nos athlètes Québécois de rayonner. Et je peux vous dire que nous sommes très fiers d’eux.

Cinquante de nos athlètes se sont rendus à Vancouver. Ils sont montés sur le podium à treize reprises, sept fois pour l’or, trois fois pour l’argent, trois fois pour le bronze. Ça comprend les autres athlètes avec qui ils formaient équipe, mais à titre indicatif, ça nous placerait au huitième rang des nations pour le nombre de médailles et au cinquième pour le nombre de médailles d’or.

D’ailleurs, j’ai bien hâte de voir ce que nos athlètes paralympiques nous réservent dans les prochains jours. En tout cas, ça fait rêver. De rêver du jour où nos athlètes pourront aller aux Jeux olympiques en portant les couleurs de l’équipe Québec!

En termes d’émotion, à tout le moins, ce serait certainement mieux que les info pubs préenregistrées de Jean Charest… On aurait été beaucoup mieux de remettre aux athlètes tout cet argent dépensé!

Les mains du premier ministre ne sont pas sur le volant, il est passager dans un avion et ne cherchez pas le pilote : il n’y en a pas!

Le Québec se fait avoir par le gouvernement fédéral et tout ce que trouve à faire Jean Charest, c’est de voyager autour du monde, pour fuir la réalité. Comprenons-nous bien : c’est important qu’un premier ministre du Québec effectue des séjours à l’étranger et assure notre présence dans le monde, mais ce serait beaucoup mieux s’il en obtenait des résultats. Si Jean Charest veut voyager, qu’il aille à Ottawa et qu’il y reste tant qu’il n’aura pas récupéré les milliards des Québécois!

Ce gouvernement libéral a causé un énorme gâchis dans nos finances publiques et il est incapable de défendre nos intérêts face à Ottawa. Comme si ça ne suffisait pas, les fonds publics fuient de partout dans la collusion, quand ce n’est pas carrément dans la corruption.

Comme l’immense majorité des Québécois, je suis inquiète quand je vois le manque navrant d’intégrité de ce gouvernement libéral. Alors qu’il s’apprête à faire payer les Québécois pour réparer ses erreurs, il se refuse à agir pour empêcher des crapules de se remplir les poches avec notre argent. On se retrouve avec un gouvernement qui permet aux amis du Parti libéral de piger jusque dans la cagnotte de nos garderies. Il y a quand même des limites!

Comment voulez-vous que les Québécois fassent confiance à ce gouvernement et à ce premier ministre? Je vous donne un exemple : M. Charest reçoit 183 000 dollars comme premier ministre, un salaire qui lui est versé par la nation québécoise qui devrait être son seul patron. Mais depuis dix ans, M. Charest a aussi empoché trois quarts de millions versés par le Parti libéral.

La question que tout le Québec se pose est celle-ci : M. Charest, pour qui travaillez-vous? Travaillez-vous pour les Québécois qui payent votre salaire de premier ministre ou pour les amis du Parti libéral qui payent votre autre salaire?

Serait-ce possible que Jean Charest hésite à mordre la main qui le nourrit? Ça expliquerait pourquoi le premier ministre refuse de déclencher une enquête publique. Tant que le gouvernement ne fera pas la lumière sur les scandales dans la construction, cette odeur tenace de corruption qui flotte sur le gouvernement ne s’effacera pas.

Tant que les Québécois n’auront pas l’assurance que leur argent ne disparaît pas à coup de millions dans les poches des amis du Parti libéral, ils ne pourront pas accepter de se sacrifier en payant des tarifs et des taxes plus élevés.

Disons les choses telles qu’elles sont!

Un ministre qui dit que les entreprises ont le droit de financer un parti politique, on peut appeler ça un lapsus.

Deux ministres, ça commence à être inquiétant.

Mais trois ministres, on appelle ça un système!

Encore que selon Mme Normandeau, on appelle plutôt ça une petite tape sur l’épaule…

Si Jean Charest pense qu’il va réussir à s’en sortir en créant ceci ou cela, comme cette unité d’enquête au sein de Transports Québec, il se trompe. Ce dont on aurait vraiment besoin, en plus d’une enquête publique dans la construction, c’est d’une unité d’enquête sur le Parti libéral!

Nous avons un travail très important à accomplir comme opposition officielle. Nous devons tout faire pour limiter les dégâts causés aux finances publiques par le pire gouvernement de l’histoire du Québec.

Nous devons pousser ce gouvernement mollasson à se tenir debout face à Ottawa.

Nous devons forcer celui qui prétendait régler les problèmes en santé du jour au lendemain à regarder dans les yeux les Québécois qui attendent une opération depuis plus de six mois à trouver des solutions plutôt que des excuses.

Nous devons débusquer, dénoncer et prévenir autant que nous le pourrons les dérives éthiques de ce gouvernement qui ne sait plus ce que veut dire le mot intégrité.

Nous devons sortir les amis du Parti libéral de nos garderies.

Nous devons empêcher les libéraux de gérer au cas par cas les demandes d’accommodements religieux et de laisser les gestionnaires de l’État sans balises claires.

Nous devons obliger ce gouvernement à faire obstacle aux accommodements linguistiques de la Cour suprême du Canada. Qu’il applique la loi 101 aux écoles privées non subventionnées et qu’il utilise la clause dérogatoire pour se soustraire à la Charte canadienne. Quand il a les moyens de s’y soustraire, le Québec n’a pas à se plier à des règles qui lui ont été imposées de force!

Nous avons donc beaucoup de travail devant nous.

Parallèlement à ce travail d’opposition que nous avons le devoir d’accomplir de notre mieux, nous devons préparer le changement que les Québécois méritent. Nous avons commencé à faire nos devoirs sur le fondement même de notre existence : la langue française, la culture et la citoyenneté québécoises.

Je vous invite maintenant à réfléchir et à débattre, comme seul le Parti Québécois en est capable, pour nous préparer à offrir aux Québécois un vrai gouvernement économique. C’est possible de gérer les finances publiques rigoureusement, de créer et de partager la richesse en même temps.

Nous, on l’a déjà fait! Comme ministre des Finances, en 2001, j’ai réduit la dette, j’ai baissé les impôts et j’ai mis en place les conditions pour que le Québec s’enrichisse, sans laisser personne en arrière.

Je le rappelle : nous allons former un gouvernement souverainiste. Un gouvernement déterminé à prendre tous les moyens pour faire avancer les intérêts individuels et collectifs des Québécois.

Une nation fière, riche, généreuse où il fait bon vivre.

Une nation libre : voilà ce que je veux pour le Québec!

Merci!

 

Vous pouvez aussi visionner le discours.