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Nouvelle - 23 octobre 2010

Allocution de Pauline Marois en ouverture du conseil national (texte)

Quelle semaine nous avons vécue mes amis!

Pour moi, il n’y a pas meilleure façon de la terminer que de me retrouver avec vous aujourd’hui à Saint-Hyacinthe dans la circonscription de mon ami Émilien Pelletier. Une ville qui représente un fleuron pour tout le Québec avec son expertise agricole. On y trouve d’ailleurs l’Institut de technologie agroalimentaire qui compte aussi un campus à La Pocatière.

Justement, quelqu’un qui est bien placé pour vous en parler, c’est André Simard, ancien directeur général de l’ITA et sommité du monde agricole québécois. Il a décidé de s’engager et de rejoindre le Parti Québécois en se portant candidat à l’investiture en vue de l’élection partielle dans Kamouraska – Témiscouata. C’est une candidature de très haut niveau qui ferait un excellent député, autant pour les citoyens de sa région que pour notre équipe à l’Assemblée nationale. Alors André, bienvenue chez nous et, sans doute, à bientôt! Il en faut des gens qui s’engagent en politique, même si c’est loin d’être toujours facile.

Cette semaine, nous avons vécu un des épisodes les plus tristes de l’histoire des gouvernements au Québec. Le gouvernement de Jean Charest a abdiqué devant ses responsabilités historiques à l’égard de la langue. Il a mis le bâillon sur cette question fondamentale. Il l’a fait sans gêne et sans scrupule. En tentant de faire diversion, animé par cet esprit partisan qui est devenu sa marque de commerce.

Cette semaine, le français a reculé. Au bout d’une longue et funeste nuit, le gouvernement le plus radicalement fédéraliste de l’histoire du Québec a imposé sa vision. Les libéraux ont permis qu’on affaiblisse l’école française.

Et si cette loi inique devait rester en place, des centaines de personnes à chaque année pourront s’acheter un droit et se le passer entre frère et sœur et de génération en génération. Aucun gouvernement du Québec n’a le droit de laisser le français reculer en s’écrasant ainsi devant la Cour suprême du Canada. De faire passer la loi 101 après une constitution que nous n’avons jamais signée.

Et on apprend ce matin que Jean Charest a livré un vibrant plaidoyer pour le français au Sommet de la Francophonie à Montreux. Laissez-moi rire. Ça doit être pour ça que ça urgeait tant de nous bâillonner mardi matin avec la loi 115!

« Incohérent »! « Une entorse énorme »! « Épouvantable »! C’est ce qu’a dit hier un homme qui connaît le poids des mots, l’auteur Luc Plamondon, au sujet de ce premier ministre.

Jusqu’ici, comme future chef du gouvernement, je n’avais pris qu’un seul engagement formel auprès de la population : celui de tenir une enquête publique sur la construction. Tous les Québécois doivent le savoir, il y aura une enquête publique transparente et indépendante dès l’élection d’un gouvernement souverainiste!

Cette semaine, j’ai pris un autre engagement et je vous garantis que je vais le tenir : sous ma direction, un gouvernement souverainiste va appliquer la loi 101 aux écoles anglaises privées non subventionnées. Nous allons fermer la passerelle, je m’y engage personnellement. Nous, on va se tenir debout pour le français!

Intégrité et éthique

Dans cette affaire, Jean Charest s’est montré à la hauteur de ce qu’on connaît de lui. Avec lui, tout s’achète! Un contrat de construction! Un permis de garderie! Un poste de juge! Et maintenant, on peut même s’acheter un droit. (extrait vidéo)

La ministre St-Pierre dit qu’elle s’inquiète pour la réputation du Québec à l’étranger s’il fallait qu'on se tienne debout. Elle préfère se mettre à genoux devant la Cour suprême du Canada, mais la ministre va peut-être finir par se réveiller et se rendre compte que la réputation du Québec à l’étranger a déjà été salie par son gouvernement! Elle n’a qu’à lire le Maclean’s.

Ce n’est pas le Québec qui est corrompu, ce n’est pas le Québec qui croule sous les allégations, c’est le Parti libéral du Québec. Ce ne sont pas les règles et les institutions québécoises qui ne fonctionnent pas, c’est le Parti libéral qui en a pris le contrôle pour servir ses intérêts partisans. Il faut bien constater les faits : les scandales que nous avons vécus dans les dernières années sont tous rattachés au Parti libéral, celui du Canada comme celui du Québec.

Ce ne sont pas les autres partis politiques, ce n’est pas le Parti Québécois qui est en cause. Il faut dire les choses comme elles sont : au Québec, scandale, ça rime avec libéral!

Il y aura un grand ménage à faire quand nous changerons de gouvernement. Je vous le garantis, on va le faire, le ménage. Le Parti Québécois, lui, n’est pas à vendre. Écoutez, on peut dire bien des choses à mon sujet (et on en dit!!!), mais moi, en tout cas, je suis pas achetable! (extrait vidéo)

Ressources naturelles (vidéo)

Un autre dossier qui porte la signature du gouvernement libéral, c’est celui des ressources naturelles. C’est géré de la même manière que notre identité et nos institutions. Immobilisme, improvisation, priorités aux intérêts des amis libéraux. Une des championnes de cette approche, c’est la ministre Normandeau. Une excellente vendeuse, à ce qu’on dit. Une vendeuse d’illusions, si vous voulez mon avis, parce qu’en matière d’énergie particulièrement, son bilan est rien de moins que catastrophique.

Premièrement, il y a le dossier des gaz de schiste qui sème l’inquiétude dans la population. Parlez-en aux gens de Saint-Hyacinthe où nous nous trouvons aujourd’hui. Ils en ont appris plus sur l’avancement des forages dans les reportages d’Infoman que dans les réponses de Nathalie Normandeau!

Deuxièmement, il y a le dossier du gisement pétrolier Old Harry où le gouvernement libéral vient de se réveiller; presque huit ans qu’ils sont au pouvoir et rien ne s’est encore passé.

Troisièmement, il y a la gestion d’Hydro-Québec que les libéraux ont politisée à outrance au point même où on en est rendu à cacher les contrats. Moi qui croyais qu’Hydro-Québec était la propriété de tous les Québécois.

Quatrièmement, la ministre Normandeau a capitulé devant Shell, une entreprise qui pense qu’elle ne doit rien aux Québécois.

Cinquièmement, l’éolien qui divise des communautés et qui nous rapporte tellement moins que ce qu’on serait en droit d’attendre.

Et sixièmement, le mirage du Plan Nord, la grande promesse électorale de 2008 qui s’estompe de plus en plus.

Ça n’a pas de bon sens.

Avant, les ressources naturelles, c’était une source de fierté au Québec. Maintenant, ça rime avec échec et déception. Il est urgent d’en finir avec la vente de feu libérale. Il est temps que nous soyons de nouveau maîtres de nos ressources!

Au Parti Québécois, on va faire les choses correctement, dans l’ordre. Il y a certains paramètres qui sont incontournables. Qu’on soit bien clair sur ceci : les ressources naturelles du Québec appartiennent aux Québécois. Et lorsqu’on accorde à des entreprises le privilège de les exploiter, ça doit être d’abord et avant tout au profit de tous les Québécois. C’est fini le temps du fer à une cenne la tonne!

Ensuite, quand il y a exploitation des ressources, cela doit se faire dans le respect de l’environnement, de la santé des gens, des prochaines générations et de l’acceptabilité sociale. En un mot : dans un esprit de développement durable. Pour résumer, donc, oui à l’exploitation des ressources naturelles, mais pas à n’importe quel prix et pas n’importe comment. C’est donc la mission que je vous confie en fin de semaine.

Il faut développer et faire connaître la vision des souverainistes sur l’exploitation de nos ressources naturelles. Sur cette question, comme en matière d’identité ou d’intégrité, la volonté de faire du Québec un pays, ça change tout.

Nouveau parti

Ça me fait penser qu’on a entendu, ces derniers temps, une idée pour le moins intrigante. On dit que le Québec aurait peut-être besoin d’un nouveau parti. Un nouveau parti qui, selon certains, devrait mettre de côté la question nationale. Je pensais pourtant que pour ça, y avait déjà le Parti libéral…

Sinon, faudrait-il un nouveau parti pour faire payer les Québécois, faire payer la classe moyenne, pour les erreurs libérales? Parce que si c’est le cas, Raymond Bachand s’en est déjà occupé avec son budget.

Il faut être sérieux : mettre de côté la question nationale, ça veut dire qu’on refuse de défendre les intérêts et les valeurs du Québec. Évacuer la question nationale, ça signifie abdiquer. Qu’il soit bien clair que le Parti Québécois n’entrera jamais dans ce jeu, nous n’allons jamais renoncer à défendre les intérêts du Québec!

Avec le Plan pour un Québec souverain, nous avons rompu avec l’attentisme. Nous agissons pour placer la question nationale au centre de chacune de nos positions, de chacune de nos actions. C’est comme ça qu’on combat l’immobilisme qu’il y a au Québec.

L’incompétence du gouvernement libéral, incapable de faire aboutir un seul projet d’envergure, ça crée de l’immobilisme. La précipitation, l’improvisation libérale, ça met de l’eau dans le gaz, ça crée des schismes.

Mais il y a une autre forme d’immobilisme, encore plus dangereuse pour le Québec et c’est l’immobilisme sur la question nationale. C’est l’attitude des fédéralistes québécois qui ont abdiqué leurs responsabilités nationales face à Ottawa.

On entend des gens dire qu’il faut s’occuper des « vraies affaires ». La loi 101 est charcutée par la Cour suprême. L’avenir du français au Québec, ce n’est pas une vraie affaire, ça?

Ottawa refuse de nous rendre nos deux milliards pour l’harmonisation des taxes comme il l’a fait pour l’Ontario. Deux milliards de dollars, ce n’est pas une vraie affaire?

Le gouvernement fédéral a dépensé dix milliards de dollars pour l’industrie de l’auto en Ontario, dont au moins deux milliards venaient de nos poches, mais notre industrie forestière n’a eu que des miettes.

La crise forestière, les régions du Québec, des milliards de dollars, ce n’est pas important peut-être?

Québec a besoin d’un amphithéâtre multifonctionnel, mais Ottawa refuse de faire sa part. Cet été pourtant, Stephen Harper n’a pas hésité à dépenser un milliard en sécurité pour les sommets de Toronto, dont 200 millions qui venaient du Québec. Un milliard qui a notamment servi à emprisonner des Québécois sans aucune justification. Donc, un milliard pour trois jours à Toronto, OUI, mais 180 millions pour 40 ans à Québec, NON! C’est aussi ça la question nationale.

Pire encore, Terre-Neuve a donné des permis d’exploration pour le gisement Old Harry sous le nez du gouvernement libéral. Ça veut dire que la sécurité environnementale des Madelinots est présentement entre les mains du premier ministre de Terre-Neuve. Danny Williams qui, comme chacun le sait, pense beaucoup de bien des Québécois.

Pendant ce temps, les libéraux regardent passer le train. Et voilà que, coup de théâtre, le premier ministre du Canada nous annonce cette semaine qu’il consentira peut-être à permettre au Québec d’exploiter ses ressources. Juste de penser que c’est à Stephen Harper qu’il faut s’en remettre pour faire respecter nos droits, il me semble que ça montre à quel point la question nationale est importante!!!

Le Québec est une nation à part entière, mais le Canada refuse de le reconnaître dans les faits et il faudrait évacuer cette question? On ne peut pas évacuer la souveraineté sans du même coup renoncer à défendre nos intérêts, nos valeurs, nos droits, notre langue, ce que nous sommes.

La pire situation pour la nation québécoise, c’est justement le statu quo. Le changement est nécessaire, oui. Il est impératif. On a besoin d’un changement, d’un gouvernement souverainiste qui va provoquer le changement. Il faut relancer le Québec, nous tenir debout et nous battre pour notre avenir. C’est ce que va faire un gouvernement souverainiste!

Conclusion

L’article 1 du programme que nous adopterons en avril prochain énoncera très clairement ce que nous avons pour objectif, c’est-à-dire réaliser la souveraineté du Québec.

Ce qui a changé, c’est que nous allons rompre avec l’attentisme. Nous avons adopté à l’unanimité le Plan pour un Québec souverain. Nous sommes sur le terrain pour en parler dans chacune de nos tournées.

Nous préparons le monde à accueillir un nouveau pays. Encore récemment, je l’ai fait en Catalogne, Alexandre Cloutier et Louise Beaudoin l’ont fait en France, avec beaucoup de succès d’ailleurs, et Gilles Duceppe en a parlé avec brio à Washington. Et ce n’est qu’un début!

Donc, d’un côté, nous préparons la souveraineté. De l’autre, nous allons utiliser tous les moyens à notre disposition pour briser le blocage fédéral auquel se heurte le Québec. Le Québec doit cesser d’être sur la défensive et passer à l’attaque.

Nous allons faire des propositions qui rassemblent les Québécois, pour faire avancer le Québec et répondre aux besoins concrets des gens. Nous le faisons parce que tout ce qui renforce le Québec nous rapproche de la souveraineté.

En agissant sur tous les fronts, en préparant la souveraineté, en utilisant tous nos pouvoirs et en nous battant pour les faire grandir, nous arriverons à un moment décisif, un moment décisif où la population québécoise aura à tirer ses propres conclusions. À ce moment-là, il y aura un gouvernement souverainiste au pouvoir, prêt à réaliser la souveraineté.

Voilà le chemin que nous prenons : le chemin de notre liberté.


Merci.